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« Justice pour les femmes » : la Charte olympique à l’eau

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Par JacPé, auteur de l’album “Burqamania” (Editions de l’Arbre)

A la veille du coup d’envoi des Jeux olympiques, des associations ont manifesté à Londres pour rappeler « les principes d’égalité et de neutralité inscrits dans la Charte Olympique ». Human Rights Watch considère par ailleurs la première participation de Saoudiennes aux JO comme un pas insuffisant.

(Voir aussi notre dossier JO 2012)


 

La Charte olympique a pris l’eau. Ses funérailles ont eu lieu jeudi 25 juillet à Londres ; la Charte a été placée dans un cercueil, ensuite jeté dans la Tamise. Plusieurs représentantes d’associations et féministes de tous pays – des Britanniques, des Françaises, des Afghanes, des Indiennes ou des Iraniennes – participaient à cette action de protestation.

Des manifestantes réunies en un collectif baptisé « Londres 2012 : Justice pour les femmes », emmené par Annie Sugier, présidente de la Ligue du Droit International des Femmes (LDIF) et soutenu par le LEF (Lobby Européen des Femmes, qui regroupe près de 2000 associations).

Le sport étant « un miroir grossissant de nos sociétés », selon Annie Sugier, cet enterrement de la Charte olympique était une façon de dénoncer les discriminations persistantes envers les femmes dans le monde du sport. Si la manifestation est apparue festive, sur des airs de jazz, les revendications du collectif en matière de parité, à l’égard du Comité international olympique (CIO) sont ambitieuses. Une lettre reprenant les sept impératifs de la campage a ainsi été remise à chacun des membres du mouvement olympique réunis ce même après-midi en session dans un hôtel londonien.

162 médailles d’or pour les hommes, 132 pour les femmes

Le collectif souligne que son « objectif est de rappeler au CIO que sa mission première est d’appliquer les principes d’égalité et de neutralité inscrits dans la Charte Olympique »… et qui semblent écartés lorsqu’il s’agit des femmes. Aux Jeux de Londres, elles pourront certes participer aux 26 sports programmés – avec notamment pour la première fois des boxeuses. Mais le nombre total des épreuves reste plus élevé pour les hommes : 162, contre 132 pour les femmes. La participation de Saoudiennes, pour la première fois, n’est qu’un simple pas en avant (voir encadré ci-dessous) tandis que la question du voile soulève de graves questions en matière de stigmatisation des femmes.

Sur cette question justement, le collectif maintient que la présence de femmes voilées est en contradiction avec la règle de neutralité du sport. Selon Maryam Namazie, activiste iranienne, il faut aller plus loin et appliquer des règles fortes. Elle rappelle que la Charte olympique a pourtant été amendée afin de contenir des engagements clairs : « Le rôle du CIO est d’encourager et soutenir la promotion des femmes dans le sport, à tous les niveaux et dans toutes les structures, dans le but de mettre en œuvre le principe de l’égalité entre hommes et femmes » (Règle 2, paragraphe 7). Elle réclame en conséquent l’exclusion des pays qui imposent à leurs athlètes femmes le port du voile.

Symbolique et concret

Annie Sugier réclame elle aussi des sanctions à la mesure des discriminations. Elle rappelle qu’il faut envisager d’« exclure les pays qui interdisent, placent des contraintes et/ou cachent la pratique du sport féminin ». Alors que le gouvernement sud-africain a été banni par le Comité olympique pendant plus de trente ans car il pratiquait la ségrégation raciale, la stigmatisation des femmes n’a pas les mêmes conséquences.

Selon la présidente de la LDIF, les femmes doivent « investir tous les domaines d’activité parce que ce n’est que justice. Le sport, quelles que soient les critiques qu’on lui apporte, est le phénomène culturel le plus populaire au monde. » Les athlètes féminines méritent donc d’y avoir la même place que leurs homologues masculins. Le collectif se bat pour une véritable reconnaissance des performances réalisées par les femmes, qu’elles cessent d’être suspectes ou reléguées au second plan1. Parmi ses revendications, il en est une aussi symbolique que concrète : que le Président du CIO remette la médaille d’or à la gagnante du marathon comme il le fait pour le gagnant lors de la cérémonie de clôture.  

Saoudiennes aux JO : premier pas insuffisant

Pour la première fois, des femmes feront partie de la délégation d’Arabie saoudite aux Jeux Olympiques. Après de longues négociations, qui ont failli ne pas aboutir, deux athlètes porteront les couleurs saoudiennes à Londres : Wodjan Shahrkhani en judo et Sarah Attar sur 800m.

Selon le Comité international olympique (CIO), elles ont été invitées à participer au nom de la « clause d’universalité », qui permet de faire concourir « pour des raisons d’égalité » des athlètes qui n’ont pourtant pas atteint les minima qualificatifs.

C’est « un premier pas important mais il ne suffit pas à régler les problèmes de discrimination de genre dans le royaume », estime Human Rights Watch, jeudi 26 juillet. L’ONG rappelle que la pratique du sport par les femmes reste quasi-impossible dans le royaume. Sarah Attar vit et s’entraîne aux Etats-Unis. Quant à Wodjan Shahrkhani, le comité olympique saoudien a indiqué qu’elle devrait, à Londres, « s’habiller avec modestie, être accompagnée par un gardien mâle et ne pas se mêler aux hommes ».
(Lire aussi sur Global Voices : « Les premières représentantes du pays aux Jeux Olympiques traitées de prostituées »
)

« Les femmes saoudiennes ne peuvent pas pratiquer de sport – et ne peuvent même pas se rendre dans les stades », souligne Minky Worden, une responsable de HRW qui appelle le CIO à obliger l’Arabie saoudite à se conformer aux valeurs olympiques en ouvrant aux filles et aux femmes la pratique du sport. Et donc à « exprimer clairement pour les prochains Jeux que si l’on ne respecte pas les règles, on ne joue pas ».

 


1 Lors des Jeux de 1992, à Barcelone, la chinoise Zhang Shan obtient la médaille d’or à l’épreuve mixte de tir en skeet, une discipline à rapprocher du ball-trap. La Fédération internationale de tir a depuis lors décrété que les femmes concourraient séparément des hommes dans cette discipline.
 
 

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4 commentaires

Lora 29 juillet 2012 - 10:18

 » Aux Jeux de Londres, elles pourront certes participer aux 26 sports programmés – avec notamment pour la première fois des boxeuses. Mais le nombre total des épreuves reste plus élevé pour les hommes : 162, contre 132 pour les femmes. « 

Je ne comprends pas, vous pouvez préciser la différence entre « sport » et épreuve? Et y a t-il alors des « épreuves » interdites aux femmes? Ou bien des épreuves où aucune femme ne se présente?

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arnaudbihel 29 juillet 2012 - 20:33

@Lora : Un sport peut comporter plusieurs épreuves. Pour reprendre l’exemple de la boxe, il y a aux JO de Londres 10 catégories de poids – donc 10 médailles d’or en jeu – pour les hommes. Et 3 pour les femmes.

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Lora 30 juillet 2012 - 07:07

« arnaudbihel »
@Lora : Un sport peut comporter plusieurs épreuves. Pour reprendre l’exemple de la boxe, il y a aux JO de Londres 10 catégories de poids – donc 10 médailles d’or en jeu – pour les hommes. Et 3 pour les femmes.

D’accord, merci, donc, si j’ai bien compris, :/, ce n’est pas que certaines épreuves sont interdites aux femmes, mais que « on » n’a pas jugé utile d’ouvrir toutes les catégories aux femmes.
C’est subtil comme méthode discriminatoire.

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arnaudbihel 30 juillet 2012 - 13:49

« Lora »

D’accord, merci, donc, si j’ai bien compris, :/, ce n’est pas que certaines épreuves sont interdites aux femmes, mais que « on » n’a pas jugé utile d’ouvrir toutes les catégories aux femmes.
C’est subtil comme méthode discriminatoire.[/quote]

Voilà. D’ailleurs, une canoéiste britannique s’est attaquée en justice à cette forme de discrimination. A lire en anglais : http://london2012.blogs.nytimes.com/2012/07/20/a-female-canoeist-files-a-discrimination-claim/

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