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L’architecte de villes hautes en couleurs

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Marie FournierLa coloriste-architecte Marie Fournier, arpente les villes et leur redonne identité et dynamisme par les teintes. Entre traditions et histoires fantasmées, les couleurs parlent des sols, des climats et de la luminosité du ciel qui façonnent une cité. « A Limoges, où nous travaillons en ce moment, les habitants demandent plus de luminosité et de gaieté ! Nous allons composer avec la nature granitique de la région…» Lorsque l’architecte-coloriste Marie Fournier entreprend de redonner des couleurs à une ville, elle consulte toujours les premiers intéressés.


  

« Notre travail a un effet sur l’humeur » souligne-t-elle. Les coloristes peuvent ainsi faire rêver lorsqu’ils s’emparent des cités. Du rêve, elle en offre depuis toujours. « J’aime composer des gammes de couleurs, en papeterie comme en architecture. J’ai dessiné très tôt et j’ai toujours eu l’œil … comme le parfumeur a un nez, » Diplômée en architecture d’intérieur, elle a su faire d’une passion de jeunesse son métier. L’évocation de son activité ressemble à un essai pictural : les « terres siennes », « bleus givrés » et autres « pastels grisés » se bousculent dans sa bouche. A 45 ans, elle cogère 3D Couleur, avec Philippe Roaldès, après avoir mené la barre seule pendant deux ans. Cet atelier de colorisme du Xème arrondissement parisien a été fondé en 1978 par le designer-coloriste Jean-Philippe Lenclos. « Entrer ici était un rêve » se souvient-elle. Elle se dit donc « coloriste architecte. » Dans cet ordre !

Dans les années 1990, elle participe à la rénovation de la façade classée du Printemps, rue du Havre à Paris, à la restauration de la façade de la Villa Médicis à Rome ou à la création de la première gamme de maquillages Nivéa. Mais les temps d’arrêt privilégiés des années 2000 sont les métropoles et les villages. Ici ou à l’autre bout du monde.

Sur les traces de la coloriste

Depuis qu’elle a été associée en 1997 avec l’architecte Jean-Michel Willmotte sur le projet d’aménagement de l’aéroport d’Incheon, au Sud de Séoul, le vert céladon domine la façade. Il se veut l’écho direct des teintes des porcelaines traditionnelles coréennes. Cuivre et verre ont été inclus dans les matériaux. Le rouge fait référence aux laques précieuses. Des touches de modernité venant en clin d’œil à la tradition. Avant de se décider, l’atelier a, en effet, étudié les symboles et couleurs des costumes, des céramiques et de l’architecture locale. immeuble séoul

L’Atelier va rapidement retourner en Corée. La firme Hyundai commande des gammes de couleurs et des concepts graphiques pour un immense projet immobilier dans la banlieue de Séoul. Un remake en version « gigantisme » asiatique des grands ensembles construits en France dans les années 60 et 70. L’Atelier n’hésite pas : leurs concepts graphiques et coloriels font la différence par leur aspect moderne, floral et graphique. De grandes feuilles empliront certaines façades. « On s’est vraiment fait plaisir, ce genre de projet ne passerait plus en France depuis longtemps, » explique la coloriste impressionnée par l’audace des Coréens en matière de couleurs et la variété d’applications de leurs concepts. Des murs aux grilles d’arbres en passant par les entrées de parkings, chaque gamme sera déclinée de façon systématique. Un projet parfaitement optimisé, parfois poétique, pour un univers sans aléa cette fois.

Renouer les fils de l’histoire

Plus près de nous, en 2008, la petite ville médiévale de Joigny avait « perdu ses couleurs. » Sous le gris des façades, les coloristes retrouvent la tradition bourguignonne des ocres de Puisaye : «Des ocres jaunes et rouges, des oxydes jaunes, des ombres brûlées…, » détaille Marie Fournier, « Toute cette coloration locale disparaissait sous des gris clairs et gris bleus, imposés dans les années 70 par l’architecte des bâtiments de France. »

L’agence a su renouer le fil d’une histoire rompue, comme elle l’avait fait quelques années plus tôt dans le Nord. « A Dunkerque, en 2003, dans le quartier de la Place du Casino, il n’y avait plus aucun indice des teintes traditionnelles. Les briques étaient peintes dans des couleurs anarchiques. On s’est donc inspiré du paysage, du ciel et de la mer, de la luminosité, on est parti de l’histoire d’un quartier balnéaire pour en faire un lieu lumineux d’aquarelles. » Les bleus, de l’azur à l’outremer, sont donc retenus, des jaunes doux et des roses minéraux. L’une des sources d’inspiration des nuanciers de couleurs créés pour la municipalité a été la villa malouine, présente dans les environs. Cette maison typique aux accents Art Nouveau combine des façades pastels avec des éléments plus vifs ou inversement : les briques vernissées se teintent de cyan, de vert frais ou de turquoise. Les encadrements arborent des bleus Majorelle ou de Berlin, des rouges grenat ou groseille. Façon de combiner douceur et bonne humeur !

 

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2 commentaires

salih 25 juillet 2009 - 02:09

bel article qui met de la couleur dans le journalisme:lol:

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Sur Femen, Amina… et Louise Bourgeois, Rédaction par Joumana Haddad | Collectif féministes pour l'égalité 9 décembre 2020 - 17:09

[…] (1) Le magazine trimestriel Jasad (« Corps », en arabe), spécialisé dans l’art corporel, la science et la littérature, fondé en 2008 au cessé de paraître après 8 numéros, faute de ressources. […]

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