Laurence Rossignol, une féministe à la Famille… pas traditionnelle

par Arnaud Bihel
LaurenceRossignol

Laurence Rossignol. Photo © Philippe Grangeaud – Parti Socialiste sur Flickr

Au lendemain de sa nomination comme Secrétaire d’État chargée de la Famille et des Personnes âgées, Laurence Rossignol doit déjà faire face à la colère des « anti-genre »… qui ne date pas d’hier.


 

Proche de Martine Aubry, la sénatrice Laurence Rossignol a fait mercredi son entrée au gouvernement, en tant que Secrétaire d’État chargée de la Famille et des Personnes âgées. Une nouvelle qui dérange ceux qui se veulent les défenseurs de la « famille » dans son sens le plus traditionnel. Sympathisants de la Manif Pour Tous, mouvement du Printemps français, ils s’indignent.

Le député UMP, et féroce opposant au mariage homosexuel, Hervé Mariton crie à la « provocation » face à l’annonce de la nomination de celle que Ludovine de la Rochère, présidente de la Manif Pour Tous, qualifie de « féministe radicale ». Laurence Rossignol, elle, se définit sur le même réseau social comme « féministe vigilante ».

« C’est qui cette nana ? »

Lors de l’examen du texte instituant des binômes femme/homme pour l’élection des conseillers départementaux, Laurence Rossignol a décerné la palme du « misogyne beauf » à un député qui avait demandé, goguenard, pendant qu’elle parlait « c’est qui cette nana ? ». De quoi refroidir les ardeurs des misogynes de tous poils. (voir : Au Sénat, « la palme du misogyne beauf »)

 

En dehors de l’hémicycle, aussi, Laurence Rossignol a l’habitude de dégainer les phrases assassines, comme le 6 mars 2013 devant la une de L’Express consacrée au « Sexe, l’arme des femmes ». Elle lançait sur Twitter : « Misogynie, l’arme des ventes des magazines et des salopards qui les dirigent ».

 

Après sa nomination au gouvernement, elle a promis sur Public Sénat de se montrer plus mesurée sur le réseau social : « Mon compte risque d’être un peu plus sobre qu’il ne l’a parfois été ! »

 

Le retour de la citation manipulée

Sur Twitter toujours, la nouvelle Secrétaire d’État a été la cible du Printemps français, ce mouvement né de la contestation anti-mariage homosexuel. On peut y lire un lacunaire « « Les enfants n’appartiennent pas à leurs parents. Ils appartiennent à l’Etat » : L. #Rossignol, secrétaire d’état à la famille… #ÇaPromet ». Un tweet largement partagé… mais manipulateur. Cette phrase n’a en effet jamais été prononcée telle quelle par Laurence Rossignol.

La première partie de la phrase, « les enfants n’appartiennent pas à leurs parents », a bien été dite, mais pas la seconde, ajoutée à l’occasion d’une campagne de désinformation menée par un autre mouvement, celui de la « Journée du retrait de l’école », au moment de la polémique autour du genre fin janvier (Voir : « Anti-genre » : les manipulations passent les frontières).

« Cette citation est une falsification et une manipulation comme l’est la campagne d’opinion menée contre le soi-disant enseignement de la théorie du genre qu’elle est censée illustrer. Le mensonge est au service du mensonge », écrivait à l’époque Laurence Rossignol sur son blog. Elle soulignait alors son intention de poursuivre en justice les organisations qui lui attribueraient cette fausse citation.

IVG… et prostitution

Si Laurence Rossignol est la cible des activistes les plus traditionalistes, ce n’est sans doute pas que pour cette phrase. C’est elle aussi qui est à l‘origine de l’extension du délit d’entrave à l’IVG. L’amendement déposé par la sénatrice entend interdire les manifestations devant les centres IVG. Il vise aussi à sanctionner le fait d’empêcher de s’informer sur l’avortement. Une déclaration de guerre en somme, contre ceux qui, à son sens « n’ont jamais renoncé à empêcher les femmes à accéder à l’IVG ».

Reste une question posée par la nomination de Laurence Rossignol au gouvernement : qui pour faire porter sa voix sur la prostitution ? La sénatrice s’était fortement impliquée dans le débat sur la proposition de loi « renforçant la lutte contre le système prostitutionnel ». Le texte, adopté en décembre par les députés, est censé être examiné au Sénat avant l’été… et c’est Laurence Rossignol qui avait été nommée rapporteure de la commission spéciale chargée de l’examiner. Un nouveau rapporteur sera désigné le 16 avril, a annoncé le Sénat.

 

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