Accueil Politique Le cas Assange divise les « salopes »

Le cas Assange divise les « salopes »

par Arnaud Bihel

SlutWalk

Pour des motifs géopolitiques, des militantes contre le viol soutiennent le fondateur de WikiLeaks, accusé de viol. D’autres féministes s’indignent de cette prise de position.


 

Héros anti-impérialiste et violeur présumé. Peut-on dissocier deux aspects d’une même personne ? Autour de Julian Assange, la question n’en finit pas de diviser. Depuis le mois de juin, le fondateur de WikiLeaks est réfugié à l’ambassade d’Équateur à Londres pour éviter son extradition vers la Suède, où il est poursuivi pour viol. Pour ses défenseurs, il risquerait alors une autre extradition, vers les États-Unis cette fois, où la divulgation de documents secrets par WikiLeaks pourrait lui valoir la peine de mort.

A la fin du mois d’août, l’association britannique « Femmes contre le viol » (« Women against rape ») choisissait de prendre parti en faveur de Julian Assange, jugeant que les poursuites à son encontre sont avant tout motivées par « des raisons politiques ».
Le 25 septembre, l’organisation de la SlutWalk (1) de Londres s’est prononcée dans le même sens via twitter : « Nous soutenons « Women against rape » : nous pensons qu’Assange doit être poursuivi, mais pas extradé ». Et de préciser : « Il est clair que les autorités ne poursuivent pas Assange en raison des accusations de viol. Il n’y a qu’à voir comment elles traitent les victimes de viol : elles s’en fichent. » (Une position déjà adoptée par certaines féministes au déclenchement de l’affaire, fin 2010. Lire  : ‘WikiLeaks… et le viol devient grave‘)

« Manipulation »

Mais cet engagement est loin de faire l’unanimité. L’organisation canadienne initiatrice du mouvement SlutWalk, a vivement réagi, exprimant dans un communiqué ses « préoccupations à l’égard de ces déclarations ». SlutWalk Toronto explique encore « Qu'[Assange] soit poursuivi avec un zèle qui, malheureusement, ne s’applique pas à toutes les victimes d’agression sexuelle, et qui pourrait avoir des motivations politiques, n’altère en aucun cas la gravité de ce dont il est accusé ». Et de conclure : « Peu importe qui est Assange, son engagement politique et son statut n’ont pas à être utilisés pour discréditer ou semer le doute sur ses victimes, ou lui éviter de rendre des comptes. Suggérer autre chose va à l’encontre de ce que, pour nous, représente SlutWalk ».

Même réaction de la journaliste Sarah Ditum dans The Guardian. Elle dénonce une position « contradictoire », d’autant plus que le samedi précédent, la SlutWalk défilait dans les rues de Londres pour réclamer la fin de l’impunité pour les violeurs. Sarah Ditum y voit alors une « manipulation » de l’organisation de la SlutWalk London, qui enrôle ainsi ces manifestantes, contre leur gré, en faveur de Julian Assange.

Lettre à Mélenchon

Cette affaire complexe, naviguant entre droit et géopolitique, a également eu récemment des échos en France. Le 13 septembre, des féministes adressaient une lettre ouverte à Jean-Luc Mélenchon, pour lui demander de revenir sur son soutien public à Julian Assange. « Si la justice suédoise poursuit Julian Assange, ce n’est pas parce qu’il a publié sur WikiLeaks des documents politiques confidentiels. En réalité, c’est parce que deux femmes affirment qu’il leur a imposé des relations sexuelles non protégées, ce qui en Suède comme en France, est un crime », rappelaient les signataires.

 

 

 


(1) « SlutWalk », littéralement « Marche des salopes », est un mouvement mondial initié en avril 2011 pour dénoncer la culpabilisation des victimes de viol. Le déclencheur a été la remarque d’un policier canadien, pour qui « les femmes devraient éviter de s’habiller comme des salopes ». La prochaine SlutWalk en France aura lieu le 6 octobre 2012.

 

 

 

Photo © David Shankbone « Quand je dis non, c’est non ». SlutWalk à New York City, octobre 2011.

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2 commentaires

Tony Roberts 29 septembre 2012 - 06:28

It faut ajouter Naomi Klein à la liste. Dans ses articles, elle cite une bonne dizaine de facteurs donnant à croire que J.Assange fait l’objet d’une « corrupt prosecution ». Elle ajoute qu’elle n’a jamais vu a cas poursuivi avec le même zèle dans 22 ans d’expérience avec des victimes de viol.

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Romane 29 septembre 2012 - 13:44

@tony robersle
Vous confondez avec Naomi Wolf.

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