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Le cybersexisme, angle mort de Pharos

par Léa Bousquet

A l’occasion du Safer Internet Day, l’association Stop Fisha réclame davantage d’efforts pour lutter contre le cyberharcèlement sexuel.

Quelle case cocher sur Pharos, la plateforme de signalement de contenus illicites sur Internet, lorsqu’une jeune fille est victime de diffusion de photos ou vidéos intimes sans son consentement ? C’est la question que pose l’association « Stop fisha ». Ce collectif a été créé en 2020 pour lutter contre la diffusion de « nudes » (photos dénudées) de jeunes filles, à leur insu, sur les réseaux sociaux et messageries cryptées via des comptes « fisha » (« affiche » en verlan). Un phénomène qui s’est amplifié pendant les confinements… sans réaction énergique des pouvoirs publics.

Alors le collectif a profité de la 19ème édition du Safer Internet Day, le 8 février, pour appeler à agir. Stop fisha observe que Pharos, police du net français, n’inclut pas le cyberharcèlement sexuel dans son formulaire de signalement. Sur son compte instagram, le collectif écrit : « Il est temps que Pharos prenne en compte la diffusion de contenus intimes sans notre consentement, et d’une manière générale, toutes les cyber violences sexistes et sexuelles. » Car ne pas reconnaître un acte illégal, c’est aussi priver les victimes de protection.

Et les victimes sont nombreuses ! Selon les chiffres de l’association, 73 % des femmes ont déjà été victimes de violences sexistes ou sexuelles en ligne, et les femmes sont 27 fois plus susceptibles d’être cyberharcelées que les hommes.

Pour le  Safer Internet Day 2022, pas d’alerte sur ce thème. L’angle choisi par le site du ministère de l’Intérieur est celui de la sensibilisation des enfants aux usages numériques, qualifié de « sujet primordial ». Certes, l’accroche « Enfants connectés, tous concernés ! » et les « six conseils pour naviguer sur internet avec vos enfants en toute sécurité » sont nécessaires. Mais pourquoi ne pas faire un focus sur le cyberharcèlement subi par les filles ?
« Aujourd’hui encore, il n’y a que trop peu d’outils d’aide » écrit Stop fisha qui déplore que ces violences soient invisibilisées par l’Etat, et a l’impression de se substituer à lui. Grâce à son travail, en un an et demi de lutte, plus de 850 comptes fisha ont été supprimés et plus de 1000 victimes ont été accompagnées.
Depuis sa création en 2020, le collectif dénonce l’impunité ambiante face au phénomène grandissant de “revenge porn”. Selon des données du ministère de la Justice, pour 3000 plaintes déposées sous ce motif, moins de 200 condamnations ont été prononcées en 2020.
Comment peut-on rendre internet plus “safe” en mettant de côté ces violences sexistes ? Pourquoi ne figurent-elles pas dans la liste des cyberviolences du ministère de l’Intérieur au même titre que les mentions « terrorisme », « escroquerie » ou « menaces » ? Le harcèlement sexuel serait-il toujours dans l’angle mort des politiques publiques ?

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