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Le Grand Hôtel d’Anderson

par Arnaud Bihel

The Grand Budapest HotelColoré, fantaisiste, sautillant et peuplé d’une armée d’acteurs de talent, The Grand Budapest Hotel de Wes Anderson est une expérience jubilatoire. C’est la fin d’une époque dorée et la montée du totalitarisme dans l’Europe de l’Est des années trente. La critique du mardi de Valérie Ganne.


 

Des histoires dans des boites contenant d’autres boites qui proposent d’autres histoires : c’est le nouveau film de Wes Anderson. Ce cinéaste, sans doute le plus européen des réalisateurs américains (avec Jarmusch dont on parlait la semaine dernière), nous raconte l’histoire d’un vieil écrivain qui se souvient de sa villégiature de jeunesse dans le Grand Budapest Hôtel de Zubrowka, lieu imaginaire entre Autriche et Pologne. Dans les années 50, cet écrivain alors jeune rencontre le mystérieux propriétaire de l’hôtel, qui va lui raconter à son tour son propre parcours. Il fut le Lobby boy attitré du talentueux concierge de l’hôtel, Mr Gustave, à la veille de la seconde guerre mondiale.

Inutile de vous en dire davantage, le plaisir consistant à se laisser emporter dans ce conte moderne aux couleurs vives et au rythme trépidant. Sachez seulement qu’un tableau de prix est l’objet de tous les appétits et que d’autres boites jouent un rôle important : les délicats emballages de gâteaux du pâtissier Mendl, œuvres d’art cartonnées contenant des œuvres d’art sucrées.

Ce qui est passionnant et sympathique chez Wes Anderson, c’est à quel point son univers de pacotille a des accents de vérité et suscite l’émotion. D’autant que les acteurs, du premier au dernier rôle, sont tous des pointures. Nourri par les écrits de Stefan Zweig et Irène Némirovsky, Anderson a recréé un lieu qui résume à lui seul le parcours de l’Europe de l’Est, du début XXème étincelant à l’avènement du totalitarisme et de la guerre, pour finir sur le communisme transformant jusqu’à la décoration de l’hôtel désormais déserté.

Sous ses airs fantaisistes et légers, The Grand Budapest Hotel met en scène la fin d’une époque, le réalisateur prouvant une fois de plus que l’humour (et l’élégance, pourrait-on ajouter) est la politesse du désespoir.

The Grand Budapest Hotel de Wes Anderson, avec tant de wonderful acteurs qu’on manque de place pour les lister ici et que leurs noms tiennent à peine sur les affiches, produit par Fox Searlight/Indian Paintbrush/Studio Babelsberg, distribué par la Twentieth Century Fox, sortie le 26 février 2014. Grand prix du jury au festival de Berlin 2014.

Bande annonce : http://www.thegrandbudapesthotel-lefilm.com/video-1.html

Pour une petite visite de Zubrowka, n’hésitez pas à vous promener sur le site de la Zubrowka Film Commission : http://zubrowkafilmcommission.tumblr.com/

Parmi les autres sorties de la semaine :

Les bruits de Recife est une œuvre à part, qu’il ne faut pas hésiter à tenter pour un voyage à peu de frais dans le Brésil d’aujourd’hui. Pas un Brésil de touristes, mais celui de la classe dite supérieure se réfugiant dans des immeubles à codes et à vigiles. L’architecture de cette ville moitié futuriste, l’onirisme de certaines scènes et le travail sur le son ajoutent à l’effet de dépaysement de cette réussite de Kleber Mendonca Filho. Il aura sans doute peu de salles, à surveiller donc.

Et si vous vous sentez plutôt d’humeur pour une œuvre française de bonne facture, l’actrice Marylin Canto dresse un joli portrait d’un couple formé d’une femme blessée élevant seule son fils, couple apprivoisé par un homme pour reconstruire… une famille. Son premier film s’appelle Le sens de l’humour, sans doute parce que c’est le meilleur argument masculin pour se faire aimer.

 

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1 commenter

robert 5 mars 2014 - 08:31

c’est vrai ce film nostalgique de la « mitteleuropa » ,complétement loufoque mérite d’être vu voire revu …

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