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Le Mali veut retrouver son Histoire

par auteur

Djingareiber

L’Unesco et la France ont lancé cette semaine un plan d’action pour la « réhabilitation de l’héritage culturel et la sauvegarde des manuscrits anciens » du Mali.


 

Malgré l’incertitude qui pèse encore sur le conflit en cours, le Mali entend reconstruire et sauvegarder son héritage culturel. C’est ce qu’a souligné le ministre de la Culture malien, Bruno Maïga, présent à Paris pour une « journée de solidarité » organisée lundi 18 février au siège de l’Unesco. L’événement a rassemblé des responsables politiques, des experts culturels, des artistes et universitaires afin d’évaluer les dégâts causés aux sites du patrimoine culturel malien et à ses manuscrits historiques, et d’élaborer un plan d’action.

« Les jihadistes, en brûlant des manuscrits, en interdisant les pratiques traditionnelles, l’écoute de musique, dans les régions qu’ils occupaient, entendaient briser notre esprit, notre essence culturelle », a souligne Bruno Maïga.

Le ministre espère que cette journée marque « le vrai début » de la reconstruction de l’héritage malien. « J’espère qu’il y aura des actions concrètes, et c’est pour cela que je suis venu, malgré toutes les difficultés », a-t-il indiqué à IPS.

Ce sont seize mausolées et trois mosquées de la ville de Tombouctou qui ont été inscrites sur la liste du Patrimoine mondial de l’Unesco en 1988. Le Tombeau des Askia de la ville de Gao, qui date de 1495, a rejoint cette liste en 2004. En juillet dernier, ce tombeau ainsi que les biens de Tombouctou ont été placés sur la liste du patrimoine « en péril » après la destruction de 11 mausolées et des portes de la mosquée Sidi Yahi.

Numériser les manuscrits

Ces destructions, attribuées aux islamistes, se sont déroulées au cours des premiers mois du conflit qui a débuté dans le nord du Mali en janvier 2012. Alors que les forces françaises et maliennes reprenaient Tombouctou, un an plus tard, les combattants islamistes ont mis le feu à l’Institut Ahmed Baba, détruisant de précieux manuscrits anciens qui y étaient entreposés.

Selon Bruno Maïga, entre 2000 et 3000 de ces manuscrits ont été perdus. Mais environ 300 000 autres ont été gardés en lieu sûr. Il a refusé de précisé où, pour des raisons de sécurité (Lire à ce sujet l’article de Telerama : « La fabuleuse histoire des manuscrits sauvés de Tombouctou »). La plupart de ces textes sont datés des 13è au 16è Siècles.

La directrice générale de l’Unesco, Irina Bokova, qui s’est rendue au Mali au début du mois au côté de François Hollande, a souligné avoir vu de ses yeux les restes brûlés de certains manuscrits. « Pour nous, Tombouctou, Gao, le patrimoine malien, vont bien au-delà de leur simple inscription sur la liste du Patrimoine mondial. Car ils sont les témoins du développement de la civilisation islamique et du dialogue entre les cultures. Les manuscrits sont la mémoire de la science, de la médecine, de l’astronomie, de la spiritualité, de la philosophie islamiques ».

Ces manuscrits étaient sur le point d’être numérisés, mais les islamistes ont détruit tout le matériel qui était destiné au processus, a indiqué Bruno Maïga. Pour le ministre, la relance de la numérisation doit être la priorité dès que le retour de la paix sera acquis.

Appel aux donateurs

« Le Mali a une culture et une histoire très riches, qui servent de ciment à la cohésion sociale », souligne Bruno Maïga. « Pendant des centaines d’années, des communautés différentes ont vécu dans le respect de la diversité. C’est cette diversité, cet esprit de tolérance, et cette créativité que les islamistes ont voulu détruire ».

Après une journée de débats, le Mali et ses partenaires ont adopté un projet de plan d’action pour la « réhabilitation de l’héritage culturel et la sauvegarde des manuscrits anciens ». Selon Lazare Eloundou, responsable de l’unité Afrique du Patrimoine mondial de l’Unesco, le coût de la numérisation des manuscrits et de la reconstruction des mausolées est estimé à 11 millions de dollars.

L’agence a ouvert un compte spécial pour accueillir les fonds destinés à ces futurs travaux. Cette journée de solidarité étant par ailleurs un moyen d’attirer l’attention d’éventuels donateurs, publics ou privés.

Aurélie Filipetti a indiqué que la France participerait à la formation d’experts culturels maliens dans les zones de conservation et de restauration du patrimoine. « Le Mali est une source artistique, culturelle et spirituelle majeure, et le rôle de la France, de l’Unesco et de l’ensemble de la communauté internationale est d’aider le peuple malien à retrouver la dignité et la fierté de sa culture », a déclaré la ministre française de la Culture.

Menace du trafic d’art

« Si la France est intervenue militairement, c’est pour préserver l’intégrité territoriale du Mali, et avant tout pour protéger le peuple malien. Et le peuple malien a besoin de son héritage culturel. Aucun principe, qu’il soit spirituel ou temporel, ne peut justifier qu’on prive un peuple de son histoire », a ajouté Aurélie Filipetti. Des institutions comme le musée du Quai Branly et la Bibliothèque Nationale de France vont apporter leur expertise, a précisé la ministre.

Alors que le conflit se poursuit, les experts craignent par ailleurs que des artefacts, notamment des fétiches du pays Dogon, fassent l’objet d’un commerce illicite. La valeur du trafic d’art international est estimée à plus de 6 milliards de dollars par an.

Selon des responsables de l’Unesco, des objets seraient déjà sur le marché, mais l’agence compte sur les pays voisins du Mali pour empêcher leur dissémination. La directrice générale de l’Unesco,a indiqué que l’agence va travailler avec ses partenaires et avec Interpol pour stopper la vente de ces objets d’art.

Irina Bokova a en outre souhaité profiter de cette journée pour « envoyer un message fort quant à l’importance de la culture et du patrimoine ». Et d’ajouter : « Lorsqu’un site du patrimoine est détruit, victime de la bêtise et de la violence, c’est toute l’humanité qui ressent qu’on la prive d’une partie d’elle-même, et qui est blessée ».

© 2013 IPS-Inter Press Service

 

Photo : Cour de la mosquée de Djingareiber, Tombouctou Par KaTeznik via Wikimedia Commons


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