Accueil CultureCinéma Le paradis perdu de Chloé Mazlo

Le paradis perdu de Chloé Mazlo

par Valérie Ganne

Avec Sous le ciel d’Alice, la jeune franco-libanaise signe un premier film singulier de beauté, mêlant prises de vue réelles et animation, pour nous inviter dans le Liban de ses grands-parents.

Ce sont les années 50, une jeune suisse arrive à Beyrouth en tant que nurse. Voici la grand-mère de la réalisatrice, incarnée par l’italienne Alba Rohrwacher, blonde à la peau diaphane et au joli accent. Alice tomba amoureuse de ce pays et de Joseph, physicien rêvant de construire une fusée pour envoyer le premier libanais dans l’espace.  Sous le ciel d’Alice nous raconte vingt ans de ce couple, les débuts de la guerre civile, jusqu’à l’exil de leur fille qui deviendra la mère de la cinéaste. Racontée avec pudeur et humour, cette histoire est sans doute moins dramatique que ne le fut la réalité. L’appartement-nid d’Alice et Joseph, recréé en studio avec soin et imagination, devient un paradis, un refuge pour tous les membres de la famille, où l’on dîne, dort ensemble, où l’on s’engueule aussi. Et puisqu’il était impossible de filmer Beyrouth, la ville est recréée par un mélange d’images en prise de vue réelle et d’animation, dessins ou volume. Les mots manquent pour décrire l’ambiance poétique de cet ovni filmique, regardez plutôt la bande annonce ici :

C’est un film « labellisé Cannes » il y a plus d’un an, à la semaine de la critique, c’est dire s’il a attendu longtemps sa sortie en salles. A découvrir vite, pour comprendre la nostalgie du déracinement des libanais, partager l’amour de ce pays mélancolique à nouveau meurtri par une crise économique sans précédent et l’explosion du port de Beyrouth…

Sous le ciel d’Alice de Chloé Mazlo, scénario : Chloé Mazlo et Yacine Badday, avec Alba Rohrwacher et Wajdi Mouawad, produit par Moby Dick, distribué par Ad Vitam, 1h30, sortie le 30 juin 2021

Chloé Mazlo et la double culture

Chloé Mazlo par Maxime Chanet

On l’a découverte avec Les petits cailloux, César du court métrage d’animation en 2015, délicat portrait d’une jeune femme prénommée… Chloé, encombrée de mystérieux cailloux qui lui empoisonnent la vie. Formée aux arts graphiques, à Strasbourg, Chloé Mazlo a très vite risqué la mixité des techniques pour construire un monde et un ton qui n’appartiennent qu’à elle. Cette poésie malicieuse reste sans doute la  meilleure façon d’évoquer le passé de sa famille : « Enfant, je m’abreuvais d’anecdotes sur le Liban, je fantasmais complètement la guerre, cette famille et ce pays inconnu. Quand je suis allée à Beyrouth pour la première fois à l’âge de huit ans, ce fut comme si j’atterrissais dans le décor d’un livre de contes dont les personnages étaient mes grands-parents. »

Dans Sous le ciel d’Alice, la jeune cinéaste rend ainsi hommage à la richesse de sa double culture. « Avec ce film, j’ai pu approcher ce qu’avaient ressenti mes grands-parents durant le conflit. J’ai pu découvrir d’où venait la culpabilité que mes parents avaient éprouvée et conservée en quittant leur pays. Alors forcément, comprendre ces blessures familiales et les mécanismes de protection qui se sont mis en place permet d’en réparer certains. »

 

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