Accueil CultureCinéma « Les éblouis » : un film salutaire

« Les éblouis » : un film salutaire

par Valérie Ganne

 Récit de l’enrôlement d’une famille dans une communauté religieuse, « Les Eblouis », premier film réussi de la comédienne Sarah Suco, révèle une jeune actrice et dénonce les dérives sectaires.

Etre ébloui signifie aussi être aveuglé et c’est sans aucun doute le sens du titre choisi par Sarah Suco pour son premier film. Vous avez pu croiser cette comédienne d’une trentaine d’années notamment dans « Discount » et « Les invisibles ». Jamais avare d’une blague, Sarah Suco a choisi de réaliser une oeuvre autobiographique et dramatique dans une communauté de croyants catholiques, rappel du lieu où elle a grandi. Une famille nouvelle, parents et quatre enfants, est peu à peu accueillie, pour ne pas dire dévorée par la communauté catholique de « La Colombe ». Tous vivent ensemble, sur la base de la charité chrétienne, les membres bêlent pour accueillir leur prêtre, on rend service aux personnes isolées du quartier, on se promène dans la nature en chantant : « promenons-nous dans les bois quand le diable n’y est pas ». Mais cette ambiance bon enfant est de plus en plus pesante, cachant une dictature peu bienveillante.

Peut-être parce que la réalisatrice est comédienne, le casting est parfait avec des enfants qui sonnent toujours juste, des adultes à contre-emploi (Camille Cottin méconnaissable en mère fragile et aveuglée, Eric Caravaca en père tendre et dépassé, Jean-Pierre Darroussin en prêtre-berger inquiétant). Mais le cœur battant du film, c’est la jeune Céleste Brunnquell (Camille, photo ci-dessus), une découverte. Seule à ne pas être éblouie, l’adolescente aînée de sa famille est écartelée entre son amour pour ses parents et sa lucidité. Camille devient adulte à la place des adultes pour protéger ses petits frères et sœurs. Son point de vue – celui de la cinéaste – et sa ténacité tendent le récit comme un arc jusqu’au dénouement, bouleversant.

« Les éblouis » de Sarah Suco (France 1h39) avec Céleste Brunnquell, Camille Cottin, Eric Caravaca, Jean Pierre Darroussin. Prix cinéma 2019 de la Fondation Barrière. Produit par Mon Voisin, distribué par Pyramide. En salle le 20 novembre 2019.

Ce qu’en dit la réalisatrice, Sarah Suco :

« Contrairement aux clichés et aux idées reçues, la plupart des gens qui entrent dans ces communautés sont intelligents et cultivés et trouvent dans ces lieux des personnes capables de répondre à leurs aspirations. Ces communautés et leurs responsables sont très doués pour mettre en valeur vos compétences, s’infiltrer dans vos manques et dans vos failles. Le film raconte à quel point il est simple de se faire embrigader lorsque les besoins sont présents en nous et qu’un groupe nous attire de belle manière. » 

« On estime entre 50 000 et 60 000 le nombre d’enfants victimes de dérives sectaires dans ce genre de communautés chaque année en France. Des communautés qui ont pourtant pignon sur rue et sont légales. Je n’ai pas l’impression d’avoir fait un film à charge contre ces communautés et encore moins contre l’Eglise catholique. Mais j’ai fait pour sûr un film de combat. »

 

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sandrine goldschmidt 22 novembre 2019 - 17:32

Bel article et très beau film !

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