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En Égypte, les harceleurs harcelés

par auteur

Tahrir

Face au fléau des agressions sexuelles en Égypte, des militant-e-s ont choisi d’agir en rendant aux agresseurs la monnaie de leur pièce. Tandis que les autorités semblent enfin décidées à répondre.


Un jeune homme en jeans délavés, les cheveux gominés soigneusement coiffés en crête, se retrouve soudain encerclé par un groupe d’autres jeunes hommes. Eux portent des blousons vert fluorescent bardés de logos dénonçant le harcèlement sexuel.

Surpris, le jeune homme se retrouve immobilisé. Il est alors frappé légèrement sur les deux joues et son visage est marqué de noir. Après des remontrances sur son mauvais comportement, on note son signalement et le jeune homme est relâché, très embarrassé, tandis qu’une foule de curieux s’assemble autour de lui.

Cette scène se passe dans le centre du Caire. De nombreuses autres comme celle-ci ont été rapportées et filmées récemment. Certains des hommes ainsi « interpellés » étaient déjà marqués au mercurochrome, que leur avaient jeté des jeunes femmes armées de pistolets remplis de ce liquide, comme d’autres ont des bombes lacrymogènes.

Patrouilles

En raison du fléau du harcèlement sexuel, auquel les autorités égyptiennes ne semblent pas prêtes à répondre, les femmes égyptiennes ont pris les choses en main en organisant des campagnes anti-harcèlement. Au mois d’août, le Conseil national des femmes a lancé une campagne nationale de « Patrouilles contre le harcèlement sexuel ». Et ces actions sont soutenues par un nombre croissant de jeunes hommes qui ont formé des équipes anti-harcèlement.

Selon la police égyptienne et le ministère de l’Intérieur, pas moins de 172 hommes ont été arrêtés sur des motifs de harcèlement ou agression sexuelle pendant les deux premiers jours de l’Aid Al Adha, l’une des fêtes les plus saintes de l’Islam. La majorité de ces arrestations ont eu lieu au Caire, mais d’autres parties du pays étaient également concernées.

Selon les militants derrière l’initiative « Témoin de harcèlement », plus de 60% des femmes qui étaient dans le centre du Caire vendredi 26 octobre, premier jour de l’Aid, ont subi une forme de harcèlement sexuel. Les périodes de fête entraînent une recrudescence de ces actes.

Pour l’Aid, des lignes téléphoniques ont été mises en place pour les femmes, et des équipes anti-harcèlement patrouillaient dans les zones sensibles du Caire. Ils ont rapporté de nombreuses situations où des groupes d’hommes s’en prenaient à des femmes. L’une d’elle impliquait une quarantaine d’hommes, qui attaquaient une cinquantaine de jeunes filles.

Le voile ne protège pas

L’intimidation sexuelle est un problème récurrent en Égypte Selon une enquête réalisée en 2008 par le Centre Égyptien des Droits des Femmes, 83% des Égyptiennes et 98% des étrangères dans le pays ont été confrontées au moins une fois au harcèlement sexuel.

Anticipant la période de l’Aid, des membres du mouvement « Arrêtez un harceleur » et de l’Institut démocratique égyptien de Baharia ont organisé une manifestation silencieuse, la semaine dernière, dans la ville de Damanhour, dans le delta du Nil, au nord du pays.

Ils tenaient des panneaux sur lesquels on pouvait lire, par exemple : « Le fait que tu n’aimes pas ma manière de m’habiller est-il une excuse pour m’agresser ? Et même si c’est le cas, pourquoi m’agresses-tu même si je suis voilée ? ». Car même des musulmanes conservatrices, aux cheveux couverts, sont la cible de harceleurs ; aussi bien que des femmes en niqab, qui couvrent entièrement leur corps, ne laissant que leurs yeux visibles.

Pendant la révolution égyptienne, et les nombreuses manifestations qui ont suivi sur la place Tahrir au Caire, des groupes d’hommes ont aussi attaqué des manifestantes, profitant de l’absence de la police et de l’anonymat offert par la foule.

Des militants ont rapporté que certaines de ces attaques étaient organisées délibérément par des membres du régime déchu de Moubarak pour intimider les militantes. D’autres prédateurs sexuels, toutefois, agissent spontanément.

Le gouvernement prêt à agir ?

Plusieurs journalistes étrangères ont également été agressées place Tahrir. Lors de la révolution, l’atroce attaque contre la correspondante sud-africaine de CBS, Lara Logan, a fait les gros titres de la presse internationale. La dernière agression remonte à quelques jours : la correspondante de France 24 Sonia Dridi s’est retrouvée cernée par un groupe de jeunes hommes alors qu’elle était en reportage dans la capitale. Après avoir subi des attouchements pendant plusieurs minutes, elle a pu être sauvée par un autre journaliste qui l’a conduite en lieu sûr.

Le nombre croissant d’attaques a poussé le gouvernement à agir, malgré ses réticences. Lundi dernier, le premier ministre Hesham Qandil a annoncé que le gouvernement préparait un texte de loi qui durcirait les peines à l’encontre des agresseurs sexuels.

Par ailleurs, les autorités ont annoncé qu’elles prévoyaient de créer un réseau de surveillance dans les rues et sur les places principales du Caire pour combattre le phénomène. Les visages des agresseurs seront diffusées à la télévision et sur internet, ont-elles également annoncé.

Pour autant, les militants déplorent l’incapacité de la police à agir, même quand elle possède des informations sur les agresseurs. La plupart du temps, dénoncent-ils, les autorités se contentent d’interroger les personnes interpellées, sans engager de poursuites.

 

© 2012 IPS-Inter Press Service

Lire aussi sur Les Nouvelles NEWS :

La révolte numérique des femmes arabes

 

 

Photo © Khaled Moussa al-Omrani/IPS. Place Tahrir ; le berceau de la révolution égyptienne est aussi synonyme de harcèlement pour les femmes.

 

 

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9 commentaires

Co 2 novembre 2012 - 11:52

Tiens, je suis contente de voir une approche depuis les besoins et les necessités des femmes arabo-musulmanes. Les femmes egyptiennes se rebellent contre le harcèlement sexuel. Bien…Mais… toujours apparait le voile, obsession occidentale. Pensez-vous que les femmes mettent le voile pour éviter le harcèlement? Ou tout simplement parce qu’elles vivent la religion et qu’elles le veulent. Ou pour plein de raisons (personnelles, culturelles, traditionnelles, …). Ne serait-ce pas l’occasion de voir que les femmes françaises et occidentales ne se rebellent pas contre le harcèlement sexuel (voir DSK, un tout petit cas, qui finalement a été mis en échec grace à une Femme Noire Immigrée). Au lieu de voir toujours l’Autre avec le même cliché? Pour qu’il y ait un jour un féminisme global, il faudra arrêter de les voir sous le même angle réducteur.

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Olga Klimt 2 novembre 2012 - 12:41

Bonjour,

si c’est une excellente chose que vous parliez de ces actions de résistance contre les violences et crimes machistes en Egypte, il serait grandement judicieux de choisir certains mots avec plus de soin.
1) le titre : « :les harceleurs harcelés »… Comment peut-on écrire ça ? D’une part, on ne parle pas de « harceleurs » mais d’agresseurs et de violeurs. Des attouchements, c’est une agression sexuelle et non pas du harcèlement. D’autre part, on n’emploie pas un mot qui désigne les violences commises par le groupe oppresseur pour parler de la riposte des femmes et de leurs alliés. Tout simplement parce que les actes ne sont en rien équivalents !
2) vous écrivez « des militants » plusieurs fois dans l’article sans jamais écrire « des militant-e-s » ! Où sont les femmes résistantes ?
3) Le mot viol n’est pas employé une seule fois dans votre article, or c’est ce crime qui est infligé avec acharnement et contre lequel ces stratégies de résistance se sont mises en place, faute d’intervention décente des pouvoirs publics.
4) Le viol, les agressions dites sexuelles, etc. sont des armes de guerre machiste. Il faut intégrer cette réalité dans votre analyse.

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Co 2 novembre 2012 - 13:15

Impressionant de voir qu’il y a toujours des choses que l’on ne voit pas. Un simple jeu de mots, et voilà, on continue à transmettre des stéréotypes. Là, j’ai appris quelque chose!!

« Olga Klimt »
Bonjour,

si c’est une excellente chose que vous parliez de ces actions de résistance contre les violences et crimes machistes en Egypte, il serait grandement judicieux de choisir certains mots avec plus de soin.
1) le titre : « :les harceleurs harcelés »… Comment peut-on écrire ça ? D’une part, on ne parle pas de « harceleurs » mais d’agresseurs et de violeurs. Des attouchements, c’est une agression sexuelle et non pas du harcèlement. D’autre part, on n’emploie pas un mot qui désigne les violences commises par le groupe oppresseur pour parler de la riposte des femmes et de leurs alliés. Tout simplement parce que les actes ne sont en rien équivalents !
2) vous écrivez « des militants » plusieurs fois dans l’article sans jamais écrire « des militant-e-s » ! Où sont les femmes résistantes ?
3) Le mot viol n’est pas employé une seule fois dans votre article, or c’est ce crime qui est infligé avec acharnement et contre lequel ces stratégies de résistance se sont mises en place, faute d’intervention décente des pouvoirs publics.
4) Le viol, les agressions dites sexuelles, etc. sont des armes de guerre machiste. Il faut intégrer cette réalité dans votre analyse.

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Gali 2 novembre 2012 - 13:19

Cole, il ne s’agit pas de douter des convictions religieuses de ces femmes. L’analyse sur le voile apparaît ici car en France, lorsque l’on est harcelée dans la rue, la question est toujours la même : « tu étais habillée comment ? Tu avais une jupe ? On ne porte pas de jupe dans un quartier qui craint, c’est toi qui cherches les ennuis ». Donc cet article met en relief le fait que l’on peut être couverte intégralement de la tête aux pieds et être harcelée quand même. C’est important de le noter.

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isabelle germain 2 novembre 2012 - 14:49

« Co »
Impressionant de voir qu’il y a toujours des choses que l’on ne voit pas. Un simple jeu de mots, et voilà, on continue à transmettre des stéréotypes. Là, j’ai appris quelque chose!!

« Olga Klimt »
Bonjour,

si c’est une excellente chose que vous parliez de ces actions de résistance contre les violences et crimes machistes en Egypte, il serait grandement judicieux de choisir certains mots avec plus de soin.
1) le titre : « :les harceleurs harcelés »… Comment peut-on écrire ça ? D’une part, on ne parle pas de « harceleurs » mais d’agresseurs et de violeurs. Des attouchements, c’est une agression sexuelle et non pas du harcèlement. D’autre part, on n’emploie pas un mot qui désigne les violences commises par le groupe oppresseur pour parler de la riposte des femmes et de leurs alliés. Tout simplement parce que les actes ne sont en rien équivalents !
2) vous écrivez « des militants » plusieurs fois dans l’article sans jamais écrire « des militant-e-s » ! Où sont les femmes résistantes ?
3) Le mot viol n’est pas employé une seule fois dans votre article, or c’est ce crime qui est infligé avec acharnement et contre lequel ces stratégies de résistance se sont mises en place, faute d’intervention décente des pouvoirs publics.
4) Le viol, les agressions dites sexuelles, etc. sont des armes de guerre machiste. Il faut intégrer cette réalité dans votre analyse.

« Co »
Impressionant de voir qu’il y a toujours des choses que l’on ne voit pas. Un simple jeu de mots, et voilà, on continue à transmettre des stéréotypes. Là, j’ai appris quelque chose!!

« Olga Klimt »
Bonjour,

Cet article parle de la campagne nationale de « Patrouilles contre le harcèlement sexuel ». lancée par le « Conseil national des femmes ». Elles l’ont appelée ainsi et l’opération qu’elles mènent vise le « harcèlement sexuel ». Ce harcèlement sexuel se transforme parfois ensuite en agression… Personne ne le nie ici. Mais cet article parle d’une campagne en particulier, pas de l’ensemble du problème des agressions sexuelles et viols en Egypte.

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hic 2 novembre 2012 - 17:11

@co
« Ne serait-ce pas l’occasion de voir que les femmes françaises et occidentales ne se rebellent pas contre le harcèlement sexuel (voir DSK, un tout petit cas, qui finalement a été mis en échec grace à une Femme Noire Immigrée). »
Merci pour le compliment( que je trouve très blessant, étant moi même régulièrement victime de harcèlement, vous faites peser sur mes épaules le manque de réaction de la société française; ce serait moi qui ne fais rien, et pas la société française qui est sexiste et s’en tape comme de l’an 40 ); ce n’est pas parce que vous n’avez pas entendu parler de résistance de femmes en france à cette plaie, qu’il faut soutenir qu’elles ne font rien.
Premièrement, comme toutes les femmes harcelées, les femmes en france résistent dans la rue, en continuant à sortir, en envoyant balader leur agresseurs, en faisant semblant de ne pas les entendre, en les insultant etc… Il est difficile d’imaginer lorsque l’on y est pas confronté à quel point le harcèlement de rue demande de la résistance TOUS les jours(vous devriez le savoir, puisque vous êtes une femme et que je ne crois pas que vous habitiez sur mars/edit: mais peut-être à la campagne, ça doit diminuer effectivement le problème).
Deuxièmement, la dénonciation des agressions et du harcèlement de rue n’est peut-être pas aussi avancée qu’en Egypte, mais il existe un site internet ou dénoncer ce qui nous est arrivé:
http://france.ihollaback.org/

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hic 2 novembre 2012 - 17:20

« 1) le titre : « :les harceleurs harcelés »… Comment peut-on écrire ça ? D’une part, on ne parle pas de « harceleurs » mais d’agresseurs et de violeurs. Des attouchements, c’est une agression sexuelle et non pas du harcèlement. D’autre part, on n’emploie pas un mot qui désigne les violences commises par le groupe oppresseur pour parler de la riposte des femmes et de leurs alliés. Tout simplement parce que les actes ne sont en rien équivalents ! « 

+1 J’ai moi aussi tiqué sur le titre. Ça égalise un mécanisme de défense liée à la frustration et la colère engendrée par des agressions avec les agressions elles-mêmes.

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Co 3 novembre 2012 - 12:57

Je m’excuse d’avoir généralisé, non pas que je pense que TOUTES les femmes françaises se taisent TOUJOURS mais que souvent, les féministes européenes voient de façon inférieure les autres cultures, et les femmes (ce concept s’appelle la double victimisation: par les sociétés d’origine et de réception). En fait, je voulais introduire la notion de sentiment de supériorité qui existe (aussi) dans le féminisme. Non, je ne vis plus en France mais en Espagne et pareil, les féministes espagnoles ne considèrent pas assez (à mon avis) les femmes d’autres cultures comme des égales. Ce qui a mon sens est un réel frein à ce que les femmes puissent se réunir pour faire avancer leurs causes.
Un grand frein en Europe, je crois, à continuer à avancer sur nos droits et revendications, c’est de croire qu’ici, nous avons beaucoup de droits acquis et que nous sommes dans des sociétés développées. Malheureusement, les politiques sur les droits des femmes reculent en occident (pour donner un ex. en Espagne, des lois pour limiter l’avortement, les droites de femmes lors des divorces sont en marche; et voir les élections aus US). Merci de m’avoir donné l’occasion de nuancer!!

q

« hic »
@co

Merci pour le compliment( que je trouve très blessant, étant moi même régulièrement victime de harcèlement, vous faites peser sur mes épaules le manque de réaction de la société française; ce serait moi qui ne fais rien, et pas la société française qui est sexiste et s’en tape comme de l’an 40 ); ce n’est pas parce que vous n’avez pas entendu parler de résistance de femmes en france à cette plaie, qu’il faut soutenir qu’elles ne font rien.
Premièrement, comme toutes les femmes harcelées, les femmes en france résistent dans la rue, en continuant à sortir, en envoyant balader leur agresseurs, en faisant semblant de ne pas les entendre, en les insultant etc…

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hic 3 novembre 2012 - 17:40

@co
D’accord avec vous sur le sentiment de supériorité des sociétés occidentales sur les autres, et, par conséquent, du sentiment de supériorité des féministes blanches occidentales sur les femmes racisées et/ou non occidentales.

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