Les femmes violées en Libye reconnues comme victimes de guerre

par Arnaud Bihel

LesProiesAu lendemain d’un rendez-vous à Paris, le ministre libyen de la Justice a annoncé l’adoption d’un décret qui était très attendu et doit « inspirer d’autres pays ».


Le ministre de la justice libyen, Salah El Marghany a annoncé mercredi 19 février l’adoption d’un décret reconnaissant comme victimes de guerre les femmes violées au cours de la révolution de 2011. « Ces femmes qui prennent leur mal en patience craignent d’être ignorées et de subir ainsi une double injustice », souligne le texte.

En 2011, le procureur de la Cour pénale internationale déclarait que le régime de Kadhafi avait sciemment utilisé le viol comme arme de guerre, estimant le nombre de victimes à plusieurs centaines.

Le texte du décret figurait sous la forme d’un projet de loi, dont l’adoption par le Parlement libyen était sans cesse retardée. Le 18 février, à la veille de son annonce, le ministre de la Justice avait annoncé sa volonté de le faire passer sous forme de décret si le Parlement ne prenait pas ses responsabilités. Salah El Marghany s’exprimait à Paris, lors d’une rencontre à l’Assemblée nationale à l’initiative de la Fédération internationale des Droits de l’Homme (FIDH) et Catherine Coutelle, présidente de la Délégation aux droits des femmes de l’Assemblée. Il aura donc agi plus vite que prévu.

Le décret (texte disponible ici) met en œuvre plusieurs mesures permettant aux femmes violées de bénéficier de diverses formes d’aides, allant d’indemnisations financières à des soutiens juridiques. Il s’agit aussi de faciliter leur accès aux études ou à l’emploi, ou encore d’accompagner les femmes violées répudiées par leur familles. Le texte prend également en considération les hommes qui ont pu être victimes de violences sexuelles.

« Cette loi était attendue par des milliers de femmes en Libye. Nous espérons maintenant qu’elle inspirera d’autres pays de par le monde », a déclaré Souhayr Belhassen, présidente d’Honneur de la FIDH, qui voit dans ce décret « une première mondiale ».

A noter toutefois que l’Algérie avait de son côté, au début du mois, publié un décret reconnaissant les femmes violées durant la « décennie noire » des années 1990 comme victimes des terroristes, leur ouvrant le droit à une indemnisation.

 

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Photo : « Les proies », d’Annick Cojean, grand reporter au Monde. L’histoire de la jeune Soraya et d’autres femmes que Kadhafi avaient prises à son service.

 

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