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Les mathématiques enfin matées

par vincimoz

CommentjaidetesteDans Comment j’ai détesté les maths, Olivier Peyon s’attaque avec succès à une tâche ambitieuse : comprendre et faire comprendre ce que sont les mathématiques aujourd’hui, de leur enseignement à leur application. Passionnant. La critique ciné du mardi, par Valérie Ganne.


Comme beaucoup d’entre nous, Olivier Peyon n’aimait pas les maths. Et comme nous tous, il est aujourd’hui effrayé par l’ampleur avec laquelle cette discipline ardue a pris le pouvoir dans notre société. Voici quatre ans, il a donc décidé d’aller explorer ce monde avec sa caméra, comme on s’attaque à un problème touffu sans même savoir ce que l’on cherche.

Au cours de ce voyage au pays des maths – qui commence d’ailleurs par un congrès en Inde rassemblant des mathématiciens du monde entier – on découvre un univers passionnant. Un univers avec ses stars, comme Cédric Villani médaille Fields en 2010, poète en chaussettes et lavallière, qui sera le guide du réalisateur dans cette jungle. Les maths ont aussi leur colonie de vacances, un grand chalet quelque part en haut d’une montagne allemande à Oberwolfach, où les meilleurs se retrouvent régulièrement quelques jours pour parler leur seule langue commune, des formules mystérieuses sur des tableaux noirs.

Le documentaire d’Olivier Peyon nous fait également rencontrer des enseignants pas comme les autres : François Sauvageot mascotte des maths sups de Nantes à la fois ogre aux cheveux longs et enseignant délicat et attentif, couturier à ses heures perdues ; ou encore Anne Siety qui se consacre aux enfants atteints de blocage en maths. On peut d’ailleurs regretter qu’il y ait très peu de femmes dans ce film, ce qui ne veut pas dire qu’elles sont moins bonnes dans cette matière, mais simplement qu’elles sont très rares. Et si le réalisateur a évité d’aborder ce thème du « sexe des maths », c’est sans doute parce qu’il mériterait un autre documentaire à part entière. Et of course, les maths ont aussi leurs Méchants qui ont pris le pouvoir dans les banques et accélèrent la crise mondiale à coup d’algorithmes, comme l’américain Jim Simons « best trader on the planet ».

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Grâce à un montage malin, le réalisateur oppose dans un duel final ce milliardaire américain au grec Georges Papanicolaou, qui enseigne à l’élite de Stanford que la discipline mathématique doit également avoir sa morale. Car Comment j’ai détesté les maths sait nous emporter vers l’émotion et proposer une véritable philosophie du monde. « Apprendre à penser est la chose à la fois la plus difficile au monde et la plus importante » résume un protagoniste.

D’ailleurs ne dit-on pas que philo et maths sont parfois sœurs ? Les maths peuvent devenir une langue universelle tout en restant une école du doute et de la liberté de pensée, ce que souligne en conclusion Gert-Martin Greuel, directeur de l’institut d’Oberwolfach : « Ne croyez aucune autorité, vérifiez par vous-même, réfléchissez, pensez, utilisez votre tête. N’arrêtez jamais. » Et pour citer Spiderman, qui, rassurez-vous, n’est pas un personnage de ce film : « N’oubliez jamais qu’un grand pouvoir implique de grandes responsabilités. »

Comment j’ai détesté les maths, d’Olivier Peyon, documentaire produit par Haut et Court et Zadig Films, distribué par Haut et Court, en salles le 27 novembre 2013.

 https://www.youtube.com/watch?v=rbeCjsKnLuQ

    Illustration : « Le réalisateur avec le mathématicien français Cédric Villani »

     

     

 

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2 commentaires

Schapira Barbara 27 novembre 2013 - 16:56

Non, les femmes ne sont pas rares en maths, elles sont simplement rares aux postes prestigieux, et O Peyon a oublié celles qu’il a rencontrées.

C’est assez écoeurant pour les mathématiciennes en poste. La seule femme n’est meme pas mathématicienne…

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valy 30 novembre 2013 - 10:28

Pour en savoir davantage sur la rareté des femmes en mathématiques, visiblement entièrement portée par des représentations sociales, voici un article intéressant.
http://www.franceinfo.fr/education-jeunesse/info-sciences/les-hommes-et-les-femmes-sont-ils-egaux-face-aux-mathematiques-1231025-2013-11-29

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