L’Espagne devrait devenir le premier pays européen à instaurer un congé menstruel

par Agathe Ripoche

Le Congrès espagnol a voté jeudi 15 décembre 2022 une réforme de la loi sur l’avortement prévoyant l’instauration d’un congé menstruel. Si ce projet de loi est validé au Sénat, l’Espagne deviendrait le premier pays européen à adopter une telle mesure.

C’est avec 190 voix pour, 154 contre et 5 abstentions que les député·es ont voté la réforme de la loi sur l’avortement. Portée par la ministre espagnole de l’égalité, Irene Montero, l’approbation définitive de cette loi serait une réelle avancée pour les droits des femmes, se félicite la ministre sur son compte Twitter.

Aujourd’hui, la majorité féministe du Congrès a fait un premier pas en avant pour l’approbation définitive de la nouvelle loi sur l’avortement qui reconnaît de nouveaux droits sexuels et reproductifs, tels que la santé menstruelle, et garantit l’interruption volontaire de grossesse pour TOUTES les femmes.

Plusieurs points étaient au programme avec tout d’abord l’annulation des réformes effectuées en 2015 par le Parti Populaire : « Nous récupérons le droit des femmes de 16 à 18 ans à disposer de leur propre corps et nous affirmons que l’Etat reconnaît et respecte l’autonomie des femmes à décider et que nous ne doutons pas de leurs décisions ». A cette époque, les politiques avaient décidé de supprimer l’article 4 qui autorisait les jeunes filles de 16 et 17 ans à avorter librement sans l’accord de leurs parents, comme le stipulait initialement la loi 2/2010 du 3 mars sur la santé sexuelle et reproductive et sur l’interruption volontaire de grossesse. 

La garantie de l’accès à l’IVG au sein des hôpitaux publics, et au plus proche du domicile de la femme, faisait également partie des mesures adoptées ce jeudi 15 décembre en première lecture. Dans ce projet, le délai de réflexion obligatoire de trois jours sera définitivement supprimé et la clause de conscience des médecins sera régulée. Ces derniers seront ainsi répertoriés sur une liste. L’année dernière, Irene Montero avait d’ailleurs déclaré à ce sujet que « cette clause de conscience ne pouvait pas passer au-dessus du droit des femmes à disposer de leur corps ». 

Cette nouvelle loi espagnole prévoit aussi de combattre la précarité menstruelle grâce à un accès facilité aux contraceptifs et aux protections hygiéniques au sein des centres éducatifs, pénitenciers et des services sociaux dans le but « de garantir ainsi le plein exercice des droits sexuels et reproductifs pour toutes les femmes.»

Un des autres points importants de ce projet de loi était la mise en place d’un congé menstruel, sur présentation d’un certificat médical, pour les femmes souffrant de règles douloureuses. Dans son discours, Irene Montero s’est d’ailleurs réjouie d’une telle avancée : « Nous reconnaissons aussi la santé menstruelle comme une part entière du droit à la santé et combattons la stigmatisation et le silence ». Si le Sénat valide cette loi, l’Espagne deviendra le premier pays européen à adopter le congé menstruel.

En France, une enquête réalisée récemment par l’IFOP pour EVE AND CO (marque de culottes menstruelles), auprès de 993 femmes salariées âgées de 15 ans et plus, avait révélé que 66% d’entre elles étaient favorables à la mise en place d’un congé menstruel. Parmi celles qui s’opposaient à une telle mesure, l’enquête a révélé que ces dernières redoutaient « les répercussions d’une telle obligation qu’elles voient comme un frein potentiel à l’embauche des femmes et à leur évolution ». Malgré cela, ce sujet n’est toujours pas à l’ordre du jour en France. Et une fois de plus en matière de droits des femmes, l’Espagne se positionne en pionnière.

Irene Montero a terminé son discours avec des mots forts : « Nous faisons le choix du droit, du droit à l’éducation sexuelle comme un droit fondamental des enfants de notre pays pour être plus libres et heureux. L’éducation sexuelle pour décider, des contraceptifs pour ne pas avorter et un avortement sûr et au sein des hôpitaux publics pour ne pas en mourir. Vive la lutte des femmes ! »

Le texte est désormais entre les mains du Sénat qui devra se prononcer prochainement sur son adoption définitive.

Vive la lutte des femmes !

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