L’Espagne face à une hausse des féminicides

par Agathe Ripoche

Pourtant pionnière de la lutte contre les violences conjugales, l’Espagne s’est retrouvée plongée dans l’enfer des féminicides en ce mois de décembre 2022, enregistrant une hausse significative des cas en à peine quelques jours. 

Au cours de l’année écoulée, 49 femmes ont été tuées en Espagne par leurs compagnons (32) ou ex (17). Si le total de femmes assassinées est bien en-dessous du nombre de féminicides en France (109 pour l’année 2022 selon le décompte du Collectif Féminicides par compagnons ou ex – et 11 infanticides par les pères), il n’en reste pas moins trop élevé pour un pays à l’avant-garde de la lutte contre ces violences

En plus de ces féminicides “conjugaux” s’ajoutent les chiffres de 19 autres féminicides et de 38 orphelin·es. En France, le collectif Nous Toutes dénombrait au 31 décembre 2022, 146 féminicides, soit 37 hors cadre conjugal.

Les chiffres étaient pourtant en baisse en Espagne depuis 2019 mais ce pic de féminicides sur les derniers jours de décembre a fait monter en flèche les statistiques. Celles-ci remontent donc légèrement puisque l’an dernier, l’Espagne en avait enregistré 48. Selon les mêmes statistiques du gouvernement, décembre 2022 a égalé celui de 2008 où l’Espagne avait alors enregistré son plus haut taux de féminicides sur un même mois.

Statistiques

Ces chiffres, et de ce fait les assassinats qui se cachent derrière, ont suscité une vive émotion sur le territoire espagnol mais aussi une forte indignation. Il faut dire que sur le seul mois de décembre, plus d’une dizaine de femmes a été assassinée dont six en cinq jours et trois en moins de 24 heures. Sur les 49 femmes tuées, 21 avaient déjà déposé plainte.

Parmi les reproches qui reviennent le plus souvent sur les réseaux sociaux, celui du manque d’efficacité et d’application de la loi. Dans une déclaration télévisée accordée à la chaîne canarienne RTVC, Victoria Rosell Aguilar, magistrate et déléguée au gouvernement contre la violence de genre, a déclaré qu’il faudrait améliorer le système VIOGEN (abréviation pour Violence de genre) puisque « à l’exception d’un cas, toutes les mesures de protection étaient inactives». La magistrate en est convaincue et pense qu’ « avec l’ensemble des institutions il est tout à fait possible d’améliorer la réponse à apporter ». Elle précise également que « beaucoup de [ces] femmes présentaient un profil vulnérable : des femmes en situation de handicap, une étrangère en situation irrégulière avec des enfants et deux octogénaires ». Avant de tout de même préciser que malgré ces manquements, le vrai problème reste avant tout le machisme. « Il y a toujours des montées en puissance de l’extrême violence machiste et de ceux qui la justifient.»

Victoria Rosell le dit également lors de son intervention : « Si le cercle familial est pour beaucoup de personnes un espace sûr, pour d’autres il représente une source de danger. » Et sur ce point, les statistiques parlent d’elles-mêmes et révèlent clairement que les vacances, week-end et jours fériés, soit les moments de plus forte cohabitation, sont des périodes à hauts risques. Avec les vacances et les fêtes, les autorités ont ainsi multiplié ces derniers jours les campagnes d’information d’aide aux victimes, notamment sur les réseaux sociaux.

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