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L’Etat réaffirme sa passion pour le nucléaire

par Arnaud Bihel

Une réponse aux questionnements soulevés depuis le 2 novembre. Trois autorités nationales de sûreté nucléaires, française (l’ASN), britannique et finlandaise, avaient alors conjointement exprimé leurs doutes sur la sécurité du nouveau réacteur.

En accusation : le système de contrôle-commande, dispositif essentiel qui assure le pilotage et la sécurité du réacteur. Les autorités jugent que l’architecture de ce système est si complexe qu’il est difficile d’en vérifier la sûreté. Areva assure que cette mise au point « fait partie intégrante du processus de certification et de construction des nouveaux réacteurs » et s’engage avec EDF « à apporter toutes les réponses attendues d’ici la fin de l’année. » Le ministère de l’écologie surenchérit, n’y voyant « qu’un processus normal ».

Mais pour les opposants au nucléaire, c’est un signe supplémentaire de la dangerosité de cette industrie. Greenpeace demande ainsi « l’arrêt immédiat des EPR » en construction et en projet. Même l’eurodéputée Modem Corinne Lepage, ancienne ministre de l’écologie, disait son inquiétude au micro d’Europe 1, en évoquant « un vrai problème de sécurité » et appelant à un moratoire sur ces centrales.

Pour autant, à Flamanville, François Fillon a confirmé la mise en chantier en 2012 d’un deuxième EPR à Penly (Seine-Maritime), pour une mise en service prévue en 2017.

Soucis de sécurité à répétition

Reste que depuis longtemps déjà, c’est sur son coût que le réacteur était critiqué. Deux EPR sont actuellement en chantier dans le monde. Le premier, en Finlande, a pris plus de trois ans de retard – notamment en raison de multiples problèmes de sûreté – et son budget prévisionnel a explosé, passant de 3,3 milliards à 5,5 milliards d’euros .

En France, à Flamanville, EDF accuse plusieurs mois de retard ; l’ASN avait notamment fait arrêter pendant deux mois des opérations de coulage de béton, pour défaut de sécurité.

Dernier souci en date : les négociations pour la vente d’EPR à Abou-Dhabi seraient bien mal en point, révélait La Tribune le 25 novembre. « Prix trop élevé, faible implication d’Areva, non-respect du cahier des charges », le contrat évalué à 41 milliards de dollars serait compromis.

Et tout cela se passe dans un contexte de remous entre les deux géants français de la filière. Le 18 novembre, Henri Proglio, tout juste promu à la tête d’EDF, appelait à une refonte de la filière nucléaire, estimant qu’EDF « pourrait jouer un rôle » dans l’ouverture de capital d’Areva NP, la filiale de réacteurs. Mais une semaine plus tard, après un rappel à l’ordre de Christine Lagarde, il rétropédalait dans un entretien au Figaro, excluant « toute prise de participation d’EDF dans quelque activité d’Areva que ce soit ».

Le nucléaire produit ¾ de l’énergie en France contre 14 % dans le monde

Le nucléaire est décidément un sujet sensible en France, dont il est le coeur de la politique énergétique. Les trois quarts de l’électricité produite en France sont d’origine nucléaire. C’est le taux le plus élevé au monde (la moyenne mondiale est de 14%). François Fillon l’a d’ailleurs martelé à Flamanville : la filière nucléaire est « structurée et guidée par l’Etat ». Et d’assigner des objectifs au nouveau patron d’EDF : le premier « sera d’améliorer la disponibilité du parc de production existant. ». Le premier ministre veut voir le « taux de disponibilité » à 85% d’ici 3 ans ; il est actuellement à moins de 80%. Sur 58 réacteurs dans le pays, une dizaine sont à l’arrêt aujourd’hui, pour cause d’incidents ou d’opération de maintenance.

Dernière actualité pour le nucléaire : il s’est imposé dans les négociations sur le climat. Les scientifiques du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat, GIEC, dans leur rapport 2007, voient dans cette énergie un des moyens de freiner le réchauffement climatique. Mais ils constatent surtout que son rôle doit rester mineur. Parce que « la sécurité, la prolifération des armes et les déchets liés au nucléaire restent des contraintes ».

Pourtant, l’idée d’inclure le nucléaire dans les mécanismes d’un accord à Copenhague – alors qu’il est exclu des mécanismes de Kyoto – a refait surface ces derniers temps.

Ses détracteurs voient là une nouvelle tentative de la France  « d’imposer son industrie en faisant fi des dangers de l’énergie nucléaire ». A l’approche du sommet sur le climat, le réseau Sortir du nucléaire a lancé une campagne : « Don’t nuke the climate ! Ni nucélaire, ni effet de serre ».

Ils déplorent aussi que le poids du nucléaire en France écrase le développement des énergies renouvelables. En 1979 en France, les énergies éolienne, solaire et photovoltaïque produisaient 68 milliards de kw/h. Le nucléaire, alors à ses débuts, 40 milliards. En 2007, la production nucléaire est passée à 440 milliards ; celle des renouvelables n’a pas évolué.

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