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L’Europe et les Afghanes : double discours

par Léa Bousquet

En voulant apporter un soutien humanitaire à la population afghane, l’Europe semble reconnaitre les talibans. Les militantes n’en finissent pas de compter les femmes arrêtées et maltraitées par ces talibans.

Sima Samar, ancienne ministre afghane des affaires féminines, lance une nouvelle alerte mardi 1er février à l’occasion de la Journée des femmes afghanes qui s’est tenue au Parlement européen à Bruxelles : «La communauté internationale a le devoir moral d’aider le pays. Les blessures ne peuvent pas être guéries par des pansements de fortune ».  Réaction de la nouvelle présidente du Parlement – par ailleurs opposante au droit d’accès à l’IVG- : Roberta Metsola a affirmé garantir un soutien indéfectible de la part de l’Union européenne. « Nous allons écouter, nous allons apprendre et nous allons agir » a-t-elle déclaré.

Vraiment ? D’abord la rencontre se tenait devant un hémicycle européen presque vide et très majoritairement féminin. Et pour l’instant, les promesses ressemblent à des chimères. Si l’Union européenne et les États-Unis ne cessent de se dire « inquiets » pour les femmes afghanes, les intéressées, elles, n’ont toujours pas le droit à la protection internationale et les passeports sont de plus en plus difficiles à obtenir.

Dès la prise de Kaboul par les talibans en août dernier, Emmanuel Macron, interrogé sur France Inter déplorait la situation des femmes en Afghanistan tout en affirmant avec fermeté la nécessité de se « protéger contre les flux migratoires irréguliers importants ». (Lire LES AFGHANES ET L’INTROUVABLE DIPLOMATIE FÉMINISTE)

Fin janvier à Oslo en Norvège, une délégation de talibans était pour la première fois de l’histoire invitée par l’Europe. Le but de la rencontre était de réactiver l’aide humanitaire interrompue depuis que les Talibans se sont emparés de Kaboul. Et les Européens de leur côté, entendaient conditionner cette aide à des engagements sur les droits humains et les droits des Femmes en particulier. Pas assez pour l’association Negar -qui soutient les femmes afghanes- et bien d’autres féministes et associations humanitaires qui ont vu dans la rencontre d’Oslo une reconnaissance du régime des fondamentalistes islamistes.

Ce double discours de l’Europe a été souligné par Zarifa Ghafari, activiste afghane qui a fui son pays : « Vous leur donnez des moyens pour s’exprimer, des opportunités. En n’exerçant pas de pression sur eux, vous leur apportez votre soutien ».

Au Parlement européen à Bruxelles, la journée des femmes afghanes s’est achevée sur une performance musicale où l’Afghane Aryana Sayeed a exhorté les pays du monde à ne pas reconnaître les talibans comme un gouvernement.
Dans l’hémicycle, des regards pleins de commisération, de l’écoute et de la compassion, mais rien de plus. Un message préenregistré par l’actrice Angelina Jolie, n’a pas vraiment convaincu. L’Envoyée spéciale du Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés invitait à garder espoir, car « les systèmes construits sur la répression font beaucoup de mal mais ne durent pas éternellement ». En attendant, les Afghanes sont « soumises à un apartheid de genre par les talibans » a rappelé Mme Hoda Khamosh, représentante de la société civile afghane, avant la conférence d’Oslo en dressant une liste macabre de femmes arrêtées par les talibans dont elle est sans nouvelles.

 

 

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