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Les « libertés furtives » des Iraniennes

par Arnaud Bihel

Le succès retentissant d’une page Facebook où des Iraniennes s’affichent tête nue, bravant la loi, pourra-t-il faire bouger les lignes dans le pays ?

Furtive

 

« Mes moments de liberté furtive ont toujours été emplis de peur. La liberté est l’un des plus vieux rêves des femmes iraniennes. J’espère qu’un jour ce rêve deviendra enfin réalité ». Ainsi s’exprime l’Iranienne qui a posté cette photo d’elle, cheveux libérés, l’une des dizaines d’images recueillies depuis le 3 mai sur la page Facebook « Libertés furtives ».

En Iran, la loi implique que les femmes doivent porter une tenue « décente » dans l’espace public. Ce qui implique de porter le hijab en toutes circonstances. Une loi faite pour être défiée. Comme la censure. Ainsi, si Facebook est interdit en Iran, ce sont pas moins de 4 millions d’Iraniens qui utiliseraient le réseau social. Et c’est là que les femmes, tête nue, affichent leur défi au conservatisme.Furtive1

Soutien international

Tout a commencé le 2 mai, avec cette photo postée par la journaliste Masih Alinejad, exilée au Royaume-Uni. Le lendemain, elle créait cette page Facebook, « Libertés furtives des femmes iraniennes ». Elle y invite les Iraniennes à partager des photos d’elles sans voile.

Et les réponses sont au rendez-vous, par dizaines. Photos de femmes seules ou en groupe, à la campagne, à la mer ou dans la rue… certaines provocatrices, même, comme cette femme posant fièrement devant un graffiti qui clame : « Ma sœur, le hijab est ton ticket d’entrée au paradis ».

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En 10 jours, plus de 130 000 personnes ont affiché leur soutien à la page, qui connaît un retentissement dans le monde entier… et des répercussions en Iran.

Des paroles aux actes ?

En réaction, des conservateurs ont organisé, mercredi 7 mai, une manifestation pour réclamer le strict respect du port du voile. Le bras de fer est donc engagé. Car ce qui est en jeu, ce sont les actes du président Hassan Rouhani. Et en particulier le pouvoir accordé à la « police des moeurs », chargée de faire respecter les codes vestimentaires. Le président affiche régulièrement, dans ses discours, sa volonté réformatrice. Récemment, il plaidait pour l’égalité entre les femmes et les hommes… s’attirant les foudres de l’ayatollah Kahmenei.

Déjà, en octobre 2013, Hassan Rouhani avait appelé la police des mœurs à faire preuve de modération. Sera-t-il prêt à relâcher encore la pression sur les femmes, ou devra-t-il céder aux conservateurs ? C’est l’enjeu de ce bras de fer qui dépasse largement le cadre de Facebook.

 

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