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    CultureLire

    Lili Sohn et Élodie Lascar : « le célibat ce n’est pas être une vieille fille malheureuse »

    par Clara Authiat 17 juillet 2023
    Ecrit par Clara Authiat 17 juillet 2023
    1,1K


    Sultana, la nouvelle bande dessinée de Lili Sohn (scénario) et Elodie Lascar (dessin), aborde la question du célibat féminin, tout en évoquant l’amitié et Marseille. Une ode à l’indépendance qui saborde le cliché de la “vieille fille“.

    Sultana par Lili Sohn et Elodie Lascar

    Cette bande dessinée raconte la vie de Sarah, une marseillaise de 35 ans, qui est célibataire. Pourquoi le célibat féminin est-il, encore aujourd’hui, incompris et stigmatisé ?

    Lili Sohn : L’indépendance féminine a toujours fait peur. Les femmes seules étaient accusées d’être des sorcières, puis le stéréotype de la vieille fille, entourée de chats, s’est imposé dans notre imaginaire. Il y a tout un tas de clichés qui se sont développés sur le célibat féminin. Pour une femme comme Sarah, notre personnage, c’est difficile de démêler ses véritables désirs des diktats qui lui sont imposés…

    Élodie Lascar : On a tendance à croire que la valeur d’une femme s’estime au regard de sa position dans le couple ou en tant que mère. C’est difficile de trouver sa place dans le monde quand on est en dehors de ces deux cadres. À partir d’un certain âge, quand on est célibataire, l’entourage pose des questions, signe qu’on est en dehors de la norme.

    En lisant Sultana, on a l’impression que votre idée est aussi de déconstruire l’idéal mariage-maison-famille pour comprendre que le célibat peut aussi être un choix…

    EL : En effet, avec cette bande dessinée, on affirme que le célibat ce n’est pas être une vieille fille malheureuse. Au contraire. Le couple et la maternité ont des contraintes qui ne sont pas toujours très heureuses, alors que le célibat, quand il est choisi et assumé, peut être très épanouissant.

    LS : À cela s’ajoute une revalorisation de l’amitié. Récemment, on a commencé à la (re)considérer davantage comme égale à l’amour “amoureux“. Depuis qu’on est petite, on nous inculque que l’accomplissement ultime c’est l’amour, souvent hétérosexuel d’ailleurs. Dans Sultana, on voulait montrer que d’autres choix de vie sont possibles.

    Vous abordez également la question de la précarité. Le personnage de Sarah est livreuse. Comment cela influe-t-il ses questionnements vis-à-vis de la maternité ?

    LS : Quand tu es une mère célibataire, c’est un peu la double peine : tu gagnes moins qu’un homme, tu dois assumer seule les charges… On avait envie d’évoquer cet aspect à travers le métier précaire de Sarah.

    Sarah, avec son mode de vie, ses questionnements, est-elle représentative d’une génération ? 

    LS : Elle marche sur un fil. Elle est en même temps dans le rejet de ce modèle traditionnel de la famille, tout en le souhaitant… Elle ne sait pas ce qu’elle veut vraiment. Des retours que j’ai pu avoir, il y a beaucoup de lectrices qui se retrouvent dans cette histoire, partagent ce vécu.

    EL : Ces questionnements sont très actuels. On a tendance à moins se marier, à faire des enfants moins jeune, donc on a davantage de maturité pour se poser ce genre de questions. La pression sociale est peut-être moins forte aujourd’hui donc on va avoir plus de femmes qui ont ce profil.

    Pourquoi choisir de placer cette histoire à Marseille ?

    LS : On y habite toutes les deux depuis plusieurs années. Dans Sultana, la ville devient même l’un des personnages principaux. Ce cadre nous a permis de mettre en scène quelque chose qui nous tenait à cœur : la diversité des corps des femmes. À Strasbourg, par exemple, on aurait eu moins l’opportunité de se mettre en maillot de bain (rires).

    EL : Pour le dessin, j’ai vraiment pu m’inspirer de ce que j’avais sous les yeux pour être plus près de la réalité. D’autant qu’on a réalisé que la proximité de la mer et le climat méditerranéen jouaient beaucoup sur le rapport au corps. C’était passionnant à observer puis à dessiner. Enfin, si j’ai choisi le rose pour illustrer l’album, c’est que cette couleur me rappelle justement les couchers de soleil aux reflets roses-orangés très caractéristiques de Marseille.

    Le récit n’est pas ouvertement revendicatif. Alors que le fond est éminemment féministe. D’ailleurs, le mot « patriarcat » n’intervient qu’une fois lors du tirage de cartes. Pourquoi ?

    LS : Dans mes précédentes bandes dessinées, je m’attachais à faire de la vulgarisation.  Ici j’ai voulu raconter une histoire où il s’agissait surtout de suggérer sans expliciter. On ne voulait pas faire un traité. C’est aux gens de s’approprier ce moment de vie. Ça aurait été dommage de tout expliquer.

    EL : Comme dans notre vie de tous les jours, on ne pose pas des mots sur notre problématique mais on les expérimente, on essaye de s’en sortir avec une volonté de vivre sa vie de façon libérée et ça c’est féministe !

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