Accueil Politique & Société « Dénoncer le sexisme pour ce qu’il est : une forme de mépris de classe et de racisme »

« Dénoncer le sexisme pour ce qu’il est : une forme de mépris de classe et de racisme »

par Marina Fabre
Martin Winckler © HeleneBamberger 2009

Martin Winckler © Helene Bamberger 2009

Martin Winckler, médecin et écrivain, et Aurore Bergé, élue LR qui avait dénoncé les propos graveleux de ses collègues, participent au plan d’actions contre le sexisme. Il et elle évoquent leur engagement.

Qu’elles viennent du monde du sport, de la politique, de la médecine, des entreprises… une soixantaine de personnalités publiques ont décidé de s’engager dans le nouveau plan d’action contre le sexisme, lancé ce jeudi 8 septembre par le ministère des Droits des femmes. Toutes sont « connues pour leur engagement en faveur de l’égalité entre les femmes et les hommes ». Leur rôle ? Devenir des « relais auprès du grand public ».

Deux d’entre elles nous racontent cet engagement. Marc Zaffran, plus connu sous son pseudonyme Martin Winckler, médecin, romancier. Et Aurore Bergé, élue Les Républicains, militante pour les droits des femmes. En mai dernier, en pleine « affaire Baupin », elle avait dénoncé les propos sexistes d’hommes politiques à son égard.

Lire sur le même sujet :

– Coup d’envoi d’une « bataille culturelle » contre le sexisme
– Quand les femmes se restreignent pour ne pas subir le sexisme
– Edito. Pendant que Laurence Rossignol lance un plan d’action contre le sexisme…

 

Les Nouvelles NEWS : Pourquoi vous êtes-vous engagé.e dans cette campagne ?

Martin Winckler :

Parce que cela me concerne depuis que je suis étudiant. Dans les années 1970, quand le mouvement des femmes commençait en France, j’étais déjà très engagé dans ce combat-là. L’IVG et la liberté de décider pour soi va de soi, mais le respect des femmes, quoi qu’elles décident, est impératif. Et pour qu’il y ait respect, il faut que le sexisme soit désigné et dénoncé pour ce qu’il est : une forme de mépris de classe et de racisme. 

Aurore_BergeAurore Bergé :

Je me suis engagée dans ce plan d’actions parce que Laurence Rossignol me l’a proposé. Je connais son engagement, qui est sincère et nécessaire sur ce sujet-là. Je partage ses prises de position sur la question des inégalités femmes/hommes. Je ne suis pas d’accord avec tout ce qu’elle peut dire mais sur ces thèmes-là, je trouve qu’elle a raison.

Pour moi ce n’est pas une campagne d’un gouvernement de gauche mais du gouvernement de la France. Une campagne qui vise à lutter contre les stéréotypes de genre et à sensibiliser sur un trait culturel qui est malheureusement très ancré en France : le sexisme.

Justement, comment vivez-vous le sexisme au quotidien ?

Martin Winckler :

Mal. Le sexisme frappe des personnes que j’aime, et que je respecte. Je ne supporte aucune forme d’exclusion ou d’intolérance, et le sexisme est la plus fréquente. En tant que médecin, je suis désolé de lire (et pendant longtemps, d’avoir entendu en consultation) des femmes me raconter les insultes ou le mépris que des professionnel.le.s de santé leur décochaient. C’est insupportable, et ça m’a toujours mis très en colère. Ce qui m’encolère encore plus, c’est le déni de beaucoup de professionnel.le.s qui jurent leurs grands dieux que le sexisme n’existe pas en médecine, alors qu’il est présent dès les études médicales… 

Aurore Bergé :

Je le subis tout en y faisant face. En arrêtant, déjà, de se taire sur le sujet. C’est difficile pour une femme, politique ou non, parce qu’il y a très vite l’écueil selon lequel parler du sexisme, c’est chercher à se victimiser. Et en même temps, si nous n’en parlons pas, on nous considère comme complice. À un moment il faut arrêter de se taire, il faut dénoncer les choses et progressivement mettre à la marge les comportements et propos sexistes.

Quelle sera votre implication dans cette campagne ?

Martin Winckler :

Je vais évoquer ce que je connais le plus : le sexisme en santé. La grossophobie (qui touche surtout les femmes). L’homophobie et la transphobie, aussi bien envers les patients qu’envers les soignant.e.s en formation. Les difficultés d’accès que rencontrent les femmes à des soins primaires (gynécologie) mais aussi à des soins plus particuliers que sont l’IVG ou la stérilisation. Et bien sûr, relayer les mots d’ordre et les interventions prévues par la campagne sur mes propres réseaux.

Aurore Bergé :

Pour moi c’est l’opportunité de soutenir des projets, de les accompagner tout au long de l’année. J’ai envie de m’engager sur un temps long, pas seulement d’être présente au lancement de la campagne. Je veux m’engager aux côtés de citoyens et citoyennes qui ont envie de porter des projets. Je me rendrai disponible autant que possible, jusqu’à la réalisation du projet

Qu’attendez-vous de ce plan d’actions ?

Martin Winckler :

Que toutes les personnes souffrant de sexisme, quelle que soit sa forme, se sentent encouragées à se défendre, à dire non, à prendre la parole, à se regrouper. Quand c’est une campagne nationale, c’est plus facile : ça veut dire que le pays entier est concerné, que ça n’est pas une affaire individuelle, mais collective. Comme la santé ou l’environnement. Vivre dans un environnement sain, c’est aussi vivre dans un monde où on n’est pas discriminé parce qu’on n’est « pas conforme » – aux canons de beauté, aux préjugés, aux attentes des uns et des autres en matière de comportement, d’habillement, de préférence sexuelle, ou de choix de vie.

Aurore Bergé :

J’attends de cette campagne une vraie sensibilisation aux stéréotypes chez les plus jeunes. Aujourd’hui nous sommes dans un pays encore très patriarcal, on a besoin que, dès le plus jeune âge, les petits garçons comme les petites filles comprennent l’enjeu de l’égalité, que rien ne leur soit interdit en fonction de leur sexe. D’ailleurs si l’égalité progresse, elle sera aussi bénéfique aux garçons qu’aux filles, concernant les métiers qu’ils pourront exercer plus tard, leurs études, ou encore les comportements qui sont attendus d’eux aujourd’hui.

 

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