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Maedusa Gorgon contre-attaque

par Clara Authiat

Le compte Instagram Maedusa Gorgon joue en BD du mythe de la célèbre Gorgone pour questionner les rapports de domination, sous la plume et le trait de l’autrice et illustratrice Noémie Fachan  

Elle est en colère et dénonce les injustices du sexisme. Depuis février 2021, une créature mythologique erre sur le réseau social Instagram. Suivie par plus de 80 000 gorgon.e.s, elle défie le patriarcat à coup de bandes dessinées bien senties. Son nom : Maedusa_Gorgon, directement inspiré du personnage de la mythologie grecque Méduse. Petit rappel : Méduse,  jeune femme d’une grande beauté, est violée par Poseidon, le dieu des océans, dans le temple de la déesse Athéna. Révulsée par cet acte, cette dernière choisit de « punir » non pas le violeur Poseidon mais sa victime, Méduse, en la changeant en un monstre, une créature dotée d’une chevelure de serpents qui changent en pierre ceux qui la regardent – et cherchent à la tuer. `

Les Gorgon.e.s parlent aux Gorgon.e.s  

Loin de pétrifier, cette Méduse 2.0 donne le goût de l’action à quiconque ose jeter un œil à son contenu engagé qui décoiffe les idées patriarcales. À travers sa plume et son trait, inclusifs, l’autrice et illustratrice Noémie Fachan – créatrice du compte Maedusa_Gorgon – sensibilise aux aspects aussi bien visibles qu’insoupçonnables du système patriarcal que subissent toutes les « personnes sexisées ». Elle s’empare ainsi avec finesse des sujets qu’elle passe à la moulinette féministe : le couple hétérosexuel, le rapport à l’argent, les injonctions faites sur le corps des femmes ou encore la culture du viol.

Un exemple : cette publication dans laquelle une gorgone explique à son partenaire que « non elle ne s’installera pas avec lui » car il y a tout simplement trop de « red flags pour la vie à deux » tout en lui détaillant toutes ces raisons qui font qu’une vie installée avec lui sera forcément une relation déséquilibrée. Noémie Fachan illustre ici la prise de conscience de la charge du travail domestique qui pèse presque inévitablement sur les femmes. Et son personnage dit non !

Grâce à ses histoires en BD, l’autrice donne à tout.e.s la possibilité de comprendre ces questions en évitant l’écueil de l’ennui, du didactique, de l’explicatif. Elle reprend chaque concept, chaque phénomène et le décrypte. Son objectif ? « Que toutes les personnes qui se sentent pousser des serpents sur la tête régulièrement face aux injustices du sexisme trouvent un écho et se sentent moins seules », explique-t-elle.

La revanche de Méduse !

L’originalité de la démarche de Noémie Fachan ? En choisissant un personnage de Méduse contemporaine pour ses BD, elle prend totalement le contre-pied de la mythologie grecque remplie d’histoires de viol, d’inceste et de violences faites aux femmes. L’autrice-dessinatrice propose une lecture jusque là passée sous les radars, une version plus féministe : «  Quand on veut punir quelqu’un on ne lui donne pas une arme aussi incroyable qu’une arme pétrifiante. À mes yeux, Athéna n’a pas puni Méduse mais lui a donné une arme pour se défendre. Cette lecture patriarcale de l’histoire d’une femme à abattre parce qu’elle est dangereuse et laide, prend alors un nouveau sens pour devenir au contraire une histoire de sororité » assure Noémie Fachan. L’histoire de Méduse réduite à du victim blaming dans l’imaginaire populaire devient alors une belle histoire d’empowerment féminin !

2 commentaires

Lili 26 juillet 2022 - 12:53

Ce qui m’a le plus stupéfaites dans la BD sur l’installation en couple, c’est de découvrir dans les commentaires à quel point les gens ne se posent pas de questions dans leur vie à deux, n’anticipent rien, sont d’un romantisme naif. Et même après lecture l’autrice s’en prend plein la g…. parce que son personnage est tout simplement lucide et communicant. Autrefois, il y avait la préparation au mariage (il y en a toujours d’ailleurs, mais elles sont tellement peu connues….). On avait un temps de réflexion en couple, pour échanger et vérifier qu’on est d’accord sur des choses pratiques mais fondamentales comme les valeurs, le rapport à la famille, à l’argent, aux tâches ménagères, le projet d’enfants, la communication, etc. Bref, conscient que aimer ne suffit pas, que s’aimer c’est aussi regarder ensemble dans la même direction, on était un peu pragmatique : l’amour unit parfois des gens qui ne sont pas faits pour vivre ensemble. Et puis on a cessé de se marier, le formalisme a disparu. Tant mieux pour la liberté des personnes, mais visiblement le bébé a été jeté avec l’eau du bain : on s’aime alors (forcément) on se met ensemble. Alors merci Gorgone pour cette histoire ou une femme a réfléchi AVANT, en parle AVANT, dit non AVANT. Le monsieur a la possibilité de changer, de comprendre, d’apprendre. Et elle changera d’avis et le couple sera plus solide car construit sur des bases explicites et respectueuses. Ou alors ils constateront qu’ils sont incompatibles et se quitteront AVANT d’avoir engagé trop de choses, avant que le conflit soit inévitable, que les habitudes soient prises. Bien sûr les messieurs sont autorisés aussi à se poser des questions, hein. Mais bon, c’est sûr que vu tout ce qu’ils gagnent au couple, c’est pas le plus naturel pour beaucoup….

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Lili 26 juillet 2022 - 13:02

Et en plus je me reconnaît complètement dans la « vieille fille à chat » !! Vive le célibat féminin heureux !!
Bon, vive l’amour aussi. Mais quand on est une vieille fille heureuse (et pas très motivée par la maternité. Ca, c’est un vrai sujet et j’attends la BD de Gorgone là-dessus. L’horloge biologique, c’est quand même incontournable), on choisit vraiment son conjoint. Le mien est beaucoup plus jeune que moi (et hop, on casse un code), il est complètement acculturé au féminisme (vive les nouvelles générations), et surtout il a des aspirations de mec au foyer (sans enfants) qui complètent bien mes aspirations plus extérieures, et ça lui convient parfaitement !! Disons-le, les vieilles filles à chat (et les jeunes hommes élevés par des mères féministes) révolutionnent l’amour pour le meilleur.

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