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Magnifique polar masculino-féministe

par Valérie Ganne
Pauline Serieys et Bastien Bouillon dans « La Nuit du 12 » (Copyright Haut et Court)

Pour vous aider à choisir parmi les quatorze (!) nouveaux films qui sortent en salle le 13 juillet prochain, je vous en propose deux : un français et un iranien. Les deux, très différents et très réussis, évoquent des féminicides. Le premier est La Nuit du 12 de Dominik Moll.

Le titre de cet article, je l’avoue, n’est pas très clair ! Mais il n’existe pas de mots pour évoquer des hommes qui deviennent féministes par la force des choses, en plongeant dans ce que la masculinité a de plus inquiétant. Le réalisateur de ce film est un homme, Dominik Moll, cinéaste trop rare. Ses héros de La Nuit du 12 sont des hommes, un groupe de policiers de Grenoble habitués aux crimes et à la violence. Mais face au mystère de l’assassinat de Clara, jeune fille brûlée vive à 20 ans dans son village, ces policiers ne sont pas égaux. Deux d’entre eux sont hantés par cette affaire : le commandant qui s’acharne pendant des années à découvrir le coupable (Bastien Bouillon), et son collègue le plus proche qui finit par quitter la police avant de commettre l’irréparable (Bouli Lanners).

A travers ce fait divers terrible, tout le mystère et la violence des féminicides est mis en lumière. Ce sont des femmes qui feront comprendre l’ampleur du problème au commandant de la brigade, Yohan. D’abord la meilleure amie de la victime, jouée avec finesse par Pauline Serieys : « Vous cherchez pourquoi Clara été tuée ? Parce que c’était une fille, c’est tout. » Ensuite la juge qui décide de reprendre l’affaire trois ans plus tard, Anouk Grimberg. Elle reste silencieuse et impériale devant Yohan qui lui avoue son découragement : « Je suis peut-être fou, mais je sais que si on ne trouve pas l’assassin, c’est parce que ce sont tous les hommes qui ont tué Clara. Tous les hommes qui ont croisé Clara auraient pu le faire. Il y a quelque chose qui cloche entre les hommes et les femmes. » Et enfin, plus tard, une nouvelle recrue, interprétée par Mouna Soualem, intègre le groupe de la PJ de Grenoble, et demande simplement à Yohann : « Vous ne trouvez pas ça bizarre que ce soit majoritairement des hommes qui tuent et majoritairement des hommes qui font la police et enquêtent ? » Réaliste, triste, efficace, au service de ses acteurs, ce film met des hommes face à la part sombre d’autres hommes. Un magnifique polar du 21ème siècle.

La nuit du 12 de Dominik Moll, avec Bastien Bouillon, Bouli Lanners, Pauline Serieys, Anouk Grimberg. Fiction, 1h54. D’après le livre « 18.3 – une année à la PJ » de Pauline Guéna. Production et distribution : Haut et Court.

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