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Mais qui sont ces colleuses ?

par Valérie Ganne

« Ta main sur mon cul Ma main dans ta gueule », « Présumées menteuses », « On te croit » : Vous avez certainement déjà croisé ces slogans, écrits en lettres capitales noires sur des feuilles A4 et collés sur les murs de votre ville.

Vous vous demandez peut-être qui sont les colleuses derrière ces slogans féministes dénonçant les violences sexuelles et sexistes ? Les documentaristes Marie Perennès et Simon Depardon sont partis à la rencontre du mouvement initié en 2019 par l’ancienne Femen Marguerite Stern. Parmi les 200 groupes – non mixtes – existant en France, ils en ont rencontré une quinzaine. Après un long travail de repérages et de discussions, certaines ont accepté de laisser les cinéastes les suivre quelques jours. Si coller des slogans dans la rue est un petit délit cher payé (135 euros d’amende), occuper l’espace public avec des slogans féministes n’est pas du goût de tout le monde. Parfois une phrase ne dure qu’une nuit ou qu’une heure, aussitôt arrachée; parfois les colleuses -qui officient de nuit- sont prises à partie et insultées par des voisins, des hommes agressifs.

« Les hommes taguent leurs noms ou dessinent des bites partout sur les murs, rigole l’une des colleuses : Nous avons aussi le droit de nous exprimer dans l’espace public. » Toutes les villes de France sont concernées : Marseille, Lyon, Brest, Paris bien sûr, mais aussi des villages comme Montbrison (15 000 habitants) ou Compiègne (40 000 habitants). Les groupes de colleuses ne sont parfois constitués que de trois ou quatre femmes. Elles sont souvent jeunes, évidemment militantes quand elles sortent de nuit, masquées (Covid) et armées de colle et de feuilles, mais pas forcément membres d’associations féministes. Leur préparation, le choix des slogans, sont autant de moments de partage, de rencontres entre femmes qui parfois ne se connaissaient pas. Le film choisit de ne pas raconter l’historique du mouvement, les conflits qui l’ont traversé sur la question transsexuelle en 2020 par exemple, mais de dessiner le portrait d’un collectif, sans creuser les raisons personnelles de leur mobilisation. Même si deux des jeunes femmes témoignent avec simplicité des agressions ou emprises qu’elles ont vécu. Car la lutte contre les violences sexuelles et les féminicides restent le cœur de ce militantisme par affiches.

Dimanche 22 mai dernier, l’équipe du film « Riposte féministe » a donc pris d’assaut les marches du Palais des festivals en vêtements et fumigènes noirs, portant la longue liste des prénoms des 129 victimes de féminicides depuis juillet 2021 (dates du précédent festival de Cannes). Etaient également présents les parents du réalisateur Simon Depardon : Claudine Nougaret, réalisatrice et ingénieure du son, qui est la productrice de ce documentaire, ainsi que le photographe Raymond Depardon venu immortaliser ce moment rare d’une montée des marches féministe à Cannes.

Riposte Féministe, documentaire de Marie Perennès et Simon Depardon, 97 minutes. Produit par Palmeraie et Désert avec France 2 Cinéma. Sortie en salle le 9 novembre 2022.

Cannes 2022. Sélection hors compétition.

Photos extraites du compte Instagram Riposte Féministe (https://www.instagram.com/riposte_feministe/)

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