Accueil Culture Marie-Paule Ramo : de Shakespeare à Virginia Woolf

Marie-Paule Ramo : de Shakespeare à Virginia Woolf

par vincimoz

RamoMarie-Paule Ramo a adapté et mis en scène Une chambre à soi de Virginia Woolf. Un détour féministe dans un parcours éclectique.


  

« Ce qui m’intéresse ce sont les ressorts de l’âme humaine – c’est peut-être un peu pompeux », confie timidement Marie-Paule Ramo. Son métier, son parcours n’incitent pourtant pas à la réserve : ancienne comédienne du prestigieux Théâtre du Soleil, elle a joué sous la direction d’Ariane Mnouchkine avant de devenir elle-même auteure et metteuse en scène.

Aujourd’hui Marie-Paule Ramo monte son propre projet, avec la Compagnie Trois… six… neuf et la comédienne Nathalie Prokhoris. Après une première rencontre au sein d’un projet théâtral sur Virginia Woolf qui fera long feu, elles se retrouvent perdues ensemble à Avignon et décident de faire leur propre adaptation de l’œuvre majeure de l’auteure. Ce sera V.W. Une chambre à soi.

« On parle peu de l’esprit et de l’humour de Virginia Woolf », ont constaté la metteuse en scène et la comédienne. « Dans Une chambre à soi, pour rendre compte de ce qu’est la fiction, Virginia Woolf se met en scène en tant que personnage. » C’est donc ce que fera V.W. le personnage interprété par Nathalie Prokhoris sur scène, une malle-cabine pleine d’accessoires comme seul décor. Quant à Marie-Paule Ramo, elle a re-traduit tous les passages joués, notamment pour réhabiliter leur drôlerie. Elles sélectionnent ensemble les passages les plus théâtraux tout en rendant compte de la totalité de l’œuvre : un essai sur l’émancipation féminine, leur cheminement en littérature et les ressorts de la fiction.

Formée par Ariane Mnouchkine

La passion pour le théâtre de Marie-Paule Ramo n’est pas nouvelle. « Quand j’étais petite j’écrivais des pièces et je tapais sur mes cousins pour qu’ils viennent répéter. J’étais un peu facho », s’amuse-t-elle. Un peu plus tard, elle éprouve un choc esthétique en voyant ses premières pièces au Théâtre du Soleil. Elle enchaîne les rencontres, les ateliers de pratique théâtrale, les stages, se forme auprès de Ludwig Flaszen et Teresa Nawrot – comédiens du Théâtre-Laboratoire et émules de Grotowski, l’un des grands réformateurs du théâtre du XX? – puis va faire, de stage en stage, sa place dans la compagnie d’Ariane Mnouchkine. Elle y restera six ans.

C’est au Théâtre du Soleil qu’elle rencontre Irina Brook, sur un coup du hasard : blessée, elle n’est pas sur scène et accueille donc l’actrice et metteuse en scène franco-britannique. Les deux femmes sympathisent et Marie-Paule Ramo devient l’assistante de Brook. Elle travaillera à ses côtés en tant que traductrice et adaptatrice et rencontrera par la même occasion Dan Jemmett. Elle adaptera pour eux des pièces inspirées de Shakespeare, Juliette et Roméo avec la première, Shake (d’après La nuit des rois) avec le second. Elle jouera aussi dans certaines de leurs productions comme L’amour des trois oranges, mis en scène par Dan Jemmett. Leur collaboration durera environ dix ans.

Auteure de théâtre

Marie-Paule Ramo n’est pas seulement adaptatrice mais aussi auteure. Tout commence avec La Nuit de l’Hidrellez vers 1987. Elle y raconte des histoires de nomades inspirées des récits de Yachar Kemal, romancier et journaliste turc. Parmi ses pièces principales (à l’écriture et à la mise en scène) on comptera également Abel et Lucy en 2005 – l’histoire de deux paléoanthropologues coincés dans un petit bureau en sous-sol, une immersion « kafkaienne » dans les processus de l’inconscient. Elle écrit également pour ses élèves, puisqu’elle donne des cours dès qu’elle en a l’occasion. Pendant deux ans elle a organisé des stages où elle imbriquait l’écriture et le jeu, mais a dû arrêter faute de temps.

Avec V.W. Une chambre à soi elle a également dû suspendre Stockholm (titre provisoire), une pièce qu’elle écrivait à propos des « violences faites aux femmes et ce que cela provoque ». Il faut dire qu’elle a, dans le même temps, traduit Swollen Tongues de Kathleen Oliver, un chassé croisé amoureux sur l’éveil à l’homosexualité d’une jeune fille. Marie-Paule Ramo traduit en alexandrins cette pièce écrite en vers mais dans une langue moderne. Elle la compare à La nuit des rois. Shakespeare, toujours. Mise en scène par Marjolaine Aïzpiri et Hélène Labadie – qui ont commandé la traduction – Swollen Tongues sera jouée le 16 septembre au Théâtre de l’Escale, dans le cadre de Défi de Scène, à Levallois.

Après Avignon, Marie-Paule aimerait partir en tournée avec V.W. Une chambre à soi – la pièce sera à Levallois en novembre – reprendre l’écriture de Stockholm et, pourquoi pas, adapter Le Saule d’Hubert Selby Jr. Cette histoire d’un adolescent du Bronx allant de la vengeance au pardon l’a beaucoup touchée. Avec la langue si particulière du roman, Marie-Paule Ramo a de beaux défis de traduction en perspective.

 

V.W. Une chambre à soi est jouée au Festival Off d’Avignon à l’Espace Roseau (Collège Saint-Michel 8, rue Pétramale) du 8 au 31 juillet, tous les jours à 11h10.

 

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