Accueil Société « Don’t be that girl » : quand les masculinistes détournent une campagne contre le viol

« Don’t be that girl » : quand les masculinistes détournent une campagne contre le viol

par vincimoz

DontBeThatGirlAu Canada, des « militants des droits des hommes » détournent des affiches pour mettre en doute la parole des victimes de viol.


 

« Le simple fait que tu regrettes un coup d’un soir ne signifie pas que ce n’était pas consensuel », clame une affichette masculiniste à Edmonton, Canada. La mise en doute de la parole des victimes de viol serait déjà choquante en elle-même ; en outre la photographie, la typographie et la forme du slogan sont directement reprises d’une campagne contre le viol, « Don’t be that guy » (« Ne sois pas ce genre de type »), rappelant que l’alcool ne vaut pas consentement.

Une professeure d’études sur les femmes a relevé l’affichette et en a posté la photo sur Twitter mardi. « Un exemple supplémentaire que la culture du viol prospère à Edmonton. Les femmes portent plainte pour viol parce que c’est un crime, pas par complot de vengeance #mythesurleviol », commente-t-elle.

Message « condamnable et méprisable »

Plusieurs autres affiches ont été posées, déplorant par exemple que les femmes qui boivent ne soient pas tenues pour responsables de leurs actions. « Nous ne blâmons pas les victimes, nous voulons simplement soulever une discussion à ce sujet », s’est défendue la (oui, la) porte-parole de Men Rights Edmonton, l’association pour « les droits des hommes » ayant revendiqué les affiches.

La campagne a rapidement déclenché un scandale sur place et sur les réseaux sociaux. « Le message de ces affiches est moralement indéfendable ; il est condamnable et méprisable », a déclaré sur Twitter Don Iveson, conseiller municipal et candidat à la mairie.

« Seules un à deux pour cent des agressions sexuelles rapportées à la police seraient fausses », rappelle Karen Smith, directrice du centre ayant lancé la campagne originelle. « Et ce serait la même chose pour n’importe quel autre crime ou délit. »

Premiers sur les grues

La condamnation n’est pourtant pas unanime : certains semblent avoir du mal à comprendre le scandale. « Je ne vois pas le problème avec cette affiche. Elle montre qu’il y a une différence entre un coup d’un soir accepté par les deux parties et un véritable viol où la femme n’est pas consentante », plaide par exemple un commentaire sur le Huffington Post. Un autre dresse la liste des « menteuses » dans des affaires célèbres, dont Nafissatou Diallo (même si la justice n’a jamais tranché sur la véracité de ses accusations contre Dominique Strauss-Kahn).

Si le féminisme est plus développé au Canada qu’en France, un fort mouvement masculiniste s’y est créé en réaction. Les « men’s right activists » canadiens ont inspiré aux Français les happenings à base de grue (Voir : Le lobbying des pères en haut des grues) ; faut-il s’attendre à voir arriver de ce côté de l’Atlantique les affiches traitant les victimes de menteuses ?

 

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