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Dans le monde entier, les femmes parlementaires subissent des violences sexistes

par Marina Fabre
Parlement européen, par Treehill via Wikimedia Commons

Parlement européen, par Treehill via Wikimedia Commons

Insultes, intimidations, harcèlement, violences sexistes et sexuelles… une étude de l’UIP relaie les agissements dont sont victimes les femmes parlementaires à travers le monde. Mais la grande majorité est déterminée à poursuivre sa mission parlementaire. 


 

« Une fois, durant quatre jours, j’ai reçu plus de 500 menaces de viol par jour sur Twitter », témoigne une parlementaire européenne. On s’en doutait, les violences sexistes ne sont pas l’apanage des parlementaires français. Au niveau international, « le harcèlement, la violence et le sexisme à l’encontre des femmes parlementaires sont bien réels et répandus ». Premier constat clair de l’Union interparlementaire (UIP) dans une étude publiée mardi 25 octobre. Cette ‘organisation internationale des Parlements’ a interrogé 55 femmes parlementaires dans cinq régions du monde : 18 en Afrique, 15 en Europe, 10 en Asie-Pacifique, 8 aux Amériques et 4 dans le monde arabe.

« Bien que le panel de femmes parlementaires interrogées soit réduit, il apparaît clairement que le problème est beaucoup plus répandu et passé sous silence que ce que nous pouvions imaginer », commente Martin Chungong, secrétaire général de l’UIP. Plus de 80% des parlementaires interrogées disent avoir subi des violences psychologiques. « Je reçois des courriels, accompagnés parfois d’images pornographiques, avec pour message ‘arrête la politique, marie-toi plutôt’ », raconte l’une d’elles.

Les deux tiers ont indiqué avoir subi des remarques sexuelles ou sexistes humiliantes

Près de la moitié d’entre elles (44,4%) ont également reçu des menaces de mort, de viol, de passage à tabac ou d’enlèvement. Des intimidations violentes qui « touchent de manière plus aiguë celles qui évoluent et militent pour les droits des femmes dans des pays marqués par un contexte général d’insécurité et/ou d’hostilité envers les droits des femmes », précisent les auteur.e.s de l’étude. Les menaces sont majoritairement  initiées et relayées sur les réseaux sociaux ou par courrier électronique.

Deux tiers des élues interrogées (65,5%) ont par ailleurs indiqué avoir subi des remarques sexuelles ou sexistes humiliantes. Des remarques « proférées dans les locaux du parlement par des collègues masculins – tant de partis politiques opposés au leur que de leur propre parti », indique le rapport. Gestes déplacés, main sur les fesses, du harcèlement à l’agression sexuelle, le quotidien des femmes en politique est plombé. « Les hommes députés estiment qu’il est correct de faire des remarques à connotation sexuelle. Pour eux, leurs collègues femmes ne sont pas leurs égales, elles sont là pour leur faire plaisir », estime une parlementaire d’Afrique subsaharienne.

« Ils parlent de votre corps pour vous remettre à votre place, pour vous prouver qu’ils ne vous prennent pas au sérieux »

De fait, comme pour les collaboratrices parlementaires, c’est la légitimité des femmes politiques qui est remise en cause. « Ils parlent de votre corps pour vous remettre à votre place, pour vous prouver qu’ils ne vous prennent pas au sérieux », explique une parlementaire d’Amérique du Nord. Dans d’autres cas, on renvoie les femmes politiques à la sphère privée, à leur statut d’épouse ou de mère. Pourquoi ? Notamment parce qu’elles sont de plus en plus nombreuses à investir les rangs des Assemblées. L’UIP en comptait 11,3% en 1995 pour 22,8% en 2016. Une évolution qui suscite des « résistances ».

« S’ils veulent s’ériger en exemple et faire cesser les discriminations et la violence envers les femmes dans tous les domaines de la vie, les parlements doivent déjà mettre de l’ordre dans leurs propres affaires. Il en va de l’efficacité des parlements, des progrès vers l’égalité hommes-femmes et de la vitalité de la démocratie elle-même », réagit Martin Chungong.

80% des femmes parlementaires sont déterminées à poursuivre leur mission

Car les femmes politiques, qui ont pris tant de temps à s’imposer dans la sphère publique, ne comptent pas lâcher. 80% des femmes interrogées affirment que « leur détermination à poursuivre leur mission parlementaire s’en est trouvée renforcée et que ces comportements et actes ne les empêcheront pas de briguer un autre mandat ».

Pour mettre un terme aux agissements sexistes,  il faut « reconnaître l’existence du problème, le nommer et briser le silence », demande l’UIP. Les femmes politiques, ces derniers mois, n’ont cessé de dénoncer les agissements sexistes. De l’affaire Baupin aux collaboratrices parlementaires, la parole semble enfin se libérer. Une première étape. Reste aux hommes politiques à prendre leurs responsabilités.

 

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