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Les MonumentalEs : les femmes à la reconquête du Panthéon

par Arnaud Bihel

Photo besofa sur Flickr (CC BY-SA 2.0)

Quand la place du Panthéon devient la place des Grandes femmes. Ce samedi 1er juillet, le collectif Les MonumentalEs met en lumière son projet de réaménagement de cet espace. Explications avec Chris Blache, membre du collectif.


 

Une journée de « reconquête spatiale et symbolique » pour « célébrer les femmes de tous horizons ». Le collectif Les MonumentalEs organise, samedi 1er juillet, une journée festive, mémorielle et féministe sur la place du Panthéon à Paris. Images, textes, musiques, sport… et réappropriation des lieux ; cet événement (voir le programme) s’inscrit dans le cadre du projet de réaménagement de cette place emblématique.

« D’accord, deux femmes sont entrées au Panthéon en 2015, mais cela ne suffit pas. C’est pour cela que nous voulons prendre la place, la ‘panthéoniser’ en y mettant les femmes en lumière », explique Chris Blache, co-fondatrice et coordinatrice de Genre et Ville, association membre des MonumentalEs1.

Ce sont en tout sept grandes places parisiennes qui doivent être réaménagées pour mieux accueillir les piétons et piétonnes, dans le cadre d’un projet lancé en 2015 par la ville de Paris. Mais pour que la reconquête de ces espaces prenne en compte le « sexe de la ville », cela n’a pas été si simple.

« L’idée que la ville est ‘neutre’ reste bien ancrée dans les esprits »

« Quand le projet des sept places est né, un certain nombre d’experts et d’expertes ont été réuni.e.s pour y réfléchir. Il y avait des expert.e.s paysage, des architectes… mais pas d’expert.e genre ! Avec d’autres, nous avons rué dans les brancards et Genre et Ville a finalement été intégrée à ces réflexions. Nous avons donc pu intervenir en amont, pendant la préparation du projet », raconte Chris Blanche.

« Au final, la prise en compte de la question du genre a été intégrée dans les appels d’offres pour le réaménagement des places. Mais ça n’a pas été évident. Elle a disparu et est réapparue à plusieurs reprises. Il a fallu sortir le forceps, et nous avons heureusement bénéficié, en particulier, du soutien de Jean Christophe Choblet, directeur de la mission espace public à la Mairie de Paris. »

Par la suite, le collectif les MonumentalEs a remporté l’appel d’offre pour l’aménagement des places du Panthéon et de la Madeleine. D’autres collectifs se chargent des autres places, « et ils doivent donc aussi répondre aux enjeux de genre. D’ailleurs ils viennent nous demander conseil pour les accompagner », explique Chris Blache. L’enjeu étant de prendre en compte la question de la mixité, de la place des femmes dans l’espace public, à la fois dans l’analyse des usages et dans la façon dont les places peuvent être réaménagées.

« Notre travail porte ses fruits, on voit que petit à petit cette prise en compte se fait », se réjouit Chris Blache. « Ce qui n’était pas évident, car il n’y a pas de cours sur le genre dans les écoles d’architecture, d’urbanisme ou de paysage. C’est pourquoi l’idée que la ville est ‘neutre’, que le genre n’est pas une question d’urbanisme, ou qu’elle n’est qu’accessoire, reste bien ancrée dans les esprits. »

« Est-ce que Paris peut quitter ses habits du 18ème, 19ème, pour entrer dans le 21ème siècle ? »

Pour ce qui est de la Place du Panthéon, « la question de la mixité des usages ne se pose pas vraiment », note l’experte de Genre et Ville. « L’espace est occupé par des étudiantes et des étudiants, il y a beaucoup de touristes – un public mixte lui aussi. On n’y retrouve donc pas une exclusivité d’usage sexué. En revanche, sur cette ‘place des grands hommes’ existe une exclusivité masculine symbolique. C’est pour cela qu’on s’est emparé de cette question mémorielle et symbolique. »

Pour cette « reconquête » féministe, le projet de réaménagement proposé par le collectif comporte deux grands projets. Le premier : graver sur les pavés des noms de femmes qui ont fait ou qui font l’Histoire. « On peut partir de la place du Panthéon vers les rues adjacentes. Et faire en sorte que de cette montagne Sainte Geneviève, les noms des femmes ruissellent dans la ville. Symboliquement, le sens est fort », explique Chris Blache.

Ce samedi 1er juillet, des noms seront peints sur les pavés, de façon éphémère. Car pour la pérennité, Les MonumentalEs font encore face à « un obstacle majeur : les Architectes des Bâtiments de France (ABF) », souligne la coordinatrice de Genre et Ville. « En effet les pavés sont classés, et pour l’ABF il est impossible d’y toucher. Nous sommes donc actuellement en plein lobbying, soutenues par des historiennes de l’art notamment, pour pouvoir passer cette barrière. Nous posons la question : est-ce que Paris peut quitter ses habits du 18ème, 19ème, pour entrer dans le 21ème siècle ? »

Même contrainte pour le deuxième projet. Il consiste en un hommage à l’oeuvre Diner Party de l’artiste américaine Judy Chicago – une grande table en triangle sur laquelle se retrouvent des figures de femmes de l’Histoire, et d’autres noms au sol, pour 999 figures de femmes au total. Alors que Les MonumentalEs réaménagent la place en installant du mobilier à partir de barres de granit, le collectif a créé avec une partie de ces barres un triangle de 7 mètres de côté, où seront peints des archétypes des femmes collectés sur le Tumblr du collectif.

« Mais là encore, les ABF nous interdisent de laisser ce triangle en place après l’événement du 1er juillet », explique Chris Blache. « Nous sommes en discussion avec le cabinet d’Anne Hidalgo pour pouvoir le pérenniser ». La reconquête de l’espace est un combat.

 

1/  Le collectif Les MonumentalEs est composé de: Emma Blanc Paysage (Paysagistes), Collectif ETC (Architectes, constructeurs), Genre et Ville (Expertes des rapports de genre dans le territoire, Urbaniste, Socio-Ethnographe, Architecte), Albert and Co. (Développement Durable et Insertion Sociale), Emmanuelle Guyard (Graphiste), Ligne b.e. (Bureau d’étude structure)

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