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Nada, la petite Yéménite qui attire l’attention sur les mariages précoces

par Arnaud Bihel

NadaNada al-Ahdal, Yéménite de 11 ans, raconte avoir échappé à un mariage forcé. La vidéo a fait le tour du web. L’histoire n’est pourtant pas forcément authentique, mais vient rappeler la réalité des mariages forcés au Yémen.


 

« Allez-y, mariez-moi. Je me tuerai. » Les mots et les grands yeux de Nada al-Ahdal, petite Yémenite de 11 ans, ont fait le tour du monde. Depuis que la vidéo a été postée sur internet, son témoignage a engrangé plusieurs millions de vues.

Selon le site Now, Nada a vécu avec son oncle depuis sa petite enfance, sans nouvelle de ses parents, jusqu’à ce qu’ils décident de la marier à un riche Yéménite vivant en Arabie saoudite. Choqué – d’autant plus que la tante de la petite fille, mariée à 13 ans, s’était immolée par le feu – l’oncle appelle le fiancé et lui explique que Nada ne porte pas le voile, qu’elle est très libre et qu’elle chante dans un groupe. Désirant probablement une épouse plus malléable, l’homme annule le mariage.

Mais peu après, les parents de Nada demandent à son oncle si elle peut venir vivre avec eux pendant le Ramadan. C’est en fait une tentative pour la marier à nouveau ; malgré les menaces de mort, la petite fille s’enfuit et retrouve son oncle.

Pour aider les autres enfants dans la même situation qu’elle, elle décide de raconter son histoire sur internet. « Je ne suis pas la seule concernée. Ça peut arriver à n’importe quel enfant. Il y a beaucoup de cas comme ça. Certains enfants ont décidé de se jeter dans la mer, et ils sont morts maintenant. Ce n’est pas normal de faire ça à un enfant innocent », s’indigne Nada dans la vidéo, d’abord diffusée début juillet en version arabe.

Manipulation ?

Deux semaines plus tard, la vidéo est remarquée par le MEMRI – Institut de Recherche des Médias du Moyen-Orient, un organisme qui traduit des vidéos pour « combler le fossé du langage entre l’Orient et l’Occident », controversé pour son manque de neutralité. L’Institut la sous-titre en anglais, lui offrant une diffusion plus large : mise en ligne le 21 juillet, elle a fait le tour des médias et totalise près de 7 millions de vues en trois jours.

https://www.youtube.com/watch?v=-J7_TKgw1To

Mais l’histoire est peut-être trop belle. Une autre version circule en tout cas : dès le 22 juillet, le Yemen Post, qui se présente comme un journal indépendant, explique que l’histoire aurait été arrangée par l’oncle de la jeune fille, qui lui aurait fait réciter un texte. Une version corroborée par le ministère de l’intérieur et par l’ONG yéméniste de défense des droits de l’enfant Siyaj. Toujours selon le journal, Nada aurait désormais été retirée à son oncle et placée sous mesure de protection.

Réelle ou fabriquée (contactée, l’ambassade du Yémen n’a pu apporter aucune précision) cette vidéo a le mérite d’attirer l’attention sur ce qui est une terrible réalité : le mariage forcé des enfants est une pratique largement répandue au Yémen. Selon une étude menée en 2006, pas moins de la moitié des filles seraient mariées avant 18 ans, et 15% avant 15 ans. Il n’existe pas d’âge minimum pour le mariage : une loi devait le fixer à 17 ans, mais elle n’a jamais été promulguée.

 

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