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Nadia Murad : « Vous et vos familles ne sont pas les seuls à mériter la vie »

par Marina Fabre
Nadia Murad
Nadia Murad

Nadia Murad (au centre) le 16 septembre 2016 à l’ONU. UN Photo/Eskinder Debebe

Nominée pour le Prix Nobel de la Paix, Nadia Murad, jeune Yézidie enlevée, torturée et violée par Daech, met la communauté internationale devant ses responsabilités. Son nouveau rôle d’ambassadrice de bonne volonté à l’ONU devrait lui donner encore plus de poids. 

 

Comment lutter contre le stoïcisme de la communauté internationale face au sort des réfugié.e.s, face au génocide des Yézidies ? Conter l’horreur. La rendre réelle. C’est ce que ne cesse de faire Nadia Murad, jeune femme Yézidie kidnappée, torturée et violée par Daech en Irak. Nouvelle ambassadrice de bonne volonté de l’agence de l’ONU contre la drogue et le crime (ONUDC) « pour la dignité des survivants de la traite des êtres humains », elle est intervenue lundi 19 septembre lors d’une réunion onusienne ‘historique’ sur les mouvements massifs de réfugiés et migrants. L’objectif de ce sommet : « Fédérer les pays autour d’une approche plus humaine et mieux coordonnée ». 

« Ils m’ont réduite à l’esclavage sexuel, comme des milliers d’autres Yézidies, sous les yeux de la communauté internationale »

Mais aussi interpeller. Ce lundi, elle lançait à la tribune des Nations Unies : « Le jour le plus heureux de ma vie n’est pas aujourd’hui, devant vous, dirigeants du monde entier. Ce sont les jours que je passais avec ma mère lorsque nous partions pique-niquer dans les campagnes, planter des légumes dans notre potager » (…) Vous et vos familles ne sont pas les seuls à mériter la vie. Nous la méritons également ». 

Sa voix, son nom, son visage, ont humanisé le sort des Yézidies et capté l’attention de la communauté internationale. À 22 ans, « ma vie a été détruite », raconte-t-elle. Les hommes de l’État Islamique déboulent à Kocho, un village au nord de l’Irak, elle assiste à l’assassinat de sa mère « avec 80 autres femmes plus âgées car ils n’en voulaient pas comme esclaves sexuelles ». Ils tuent six de ses frères et l’enlèvent, elle et ses soeurs. « Ils m’ont réduite à l’esclavage sexuel, comme des milliers d’autres Yézidies, sous les yeux de la communauté internationale », raconte Nadia Murad.

Vendue et achetée maintes fois, elle fait une première tentative d’évasion à Mossoul mais est rattrapée par des hommes de Daech. Elle est alors torturée et subit des viols collectifs en signe de punition. La deuxième tentative sera la bonne. Depuis, Nadia Murad ne cesse de sillonner le monde pour raconter le « génocide commis contre notre peuple, dans l’indifférence ».

« Le monde n’a qu’une seule frontière. Et cette frontière s’appelle l’humanité »

Sur son chemin : l’ONU. Elle y conte l’horreur, met les dirigeants du monde devant leurs responsabilités. « Vous pouvez décider de déclarer une guerre ou d’y mettre fin, vous pouvez donner de l’espoir. C’est vous qui décidez si une autre jeune fille comme moi ailleurs dans le monde doit subir ce que j’ai subi.(…) Nous ne devons pas fermer les frontières aux femmes et aux enfants, le monde n’a qu’une seule frontière et cette frontière s’appelle l’humanité. Je vous implore de faire en sorte que l’individu soit une priorité », lançait-elle encore ce 19 septembre à l’ONU.

Une voix qui porte et qui devient celle de milliers de réfugié.e.s. « Nadia est une ardente et infatigable défenseure du peuple yézidi et des victimes de la traite des personnes, où qu’elles soient », déclarait le Secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon, vendredi 16 septembre lors de la Journée internationale de la paix. « Il n’y a pas de meilleur témoignage de la résilience humaine et de l’esprit de solidarité des Nations Unies que la force, la dignité et le courage extraordinaires dont vous faites preuve tous les jours à raconter votre histoire et à travailler pour un monde meilleur », ajoutait-il à son adresse.

Nominée pour le prix Nobel de la Paix, Nadia Murad veille à ce que « toutes les victimes d’atrocités de masse, d’esclavage sexuel ou de traite aient une voix sur la scène internationale ». Son but ? Traduire en justice les groupes qui commettent ces atrocités et mobiliser l’ONU et les dirigeants du monde afin qu’ils mettent un terme à l’impunité. Le 16 septembre, elle annonçait aussi sur son site le lancement d’une nouvelle inititative destinée à soutenir sur le terrain des programmes de soutien – en termes de santé, d’aide psychologique et d’éducation – aux femmes et enfants victimes d’atrocités de masse.

 

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Roselynesegalen 20 septembre 2016 - 21:53

On pourrait parler plutôt de féminicide que de génocide.

Le degré de l’horreur n’est pas le même pour les deux sexes de toute évidence. C’est même probablement pour cela que l’ONU n’a pas réagi promptement à cette barbarie.

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