Accueil International Nucléaire et Rafale en Inde, la France attendra

Nucléaire et Rafale en Inde, la France attendra

par auteur

Rashtrapati_Bhavan

L’énergie nucléaire et la défense seront les principaux sujets au menu de la visite d’État de François Hollande en Inde cette semaine. Mais peu de résultats concrets sont attendus en matière de contrats.


« L’industrie nucléaire tient pour beaucoup du spectacle, et nombreux sont les pays qui veulent faire partie du club. Il y a donc beaucoup de discussions et de déclarations sur la coopération. Mais au final, peu de contrats sont signés », commente Sophia Majnoni, porte-parole de Greenpeace France pour les questions nucléaires.

De banquets en dîners officiels, lors de la visite d’État de deux jours en Inde, jeudi 14 et vendredi 15 février, la délégation française espère conclure la vente de deux réacteurs nucléaires EPR pour le projet de la centrale de Jaitapur. Ce projet controversé, s’il aboutit, créerait la centrale nucléaire la plus puissante du monde.

« Running gag »

Le mois dernier, en marge du Sommet mondial des énergies du futur à Abu Dhabi, des sources proches du géant français du nucléaire Areva assuraient que les négociations progressent. Mais de l’avis de plusieurs autres observateurs, il s’agit d’un vœu pieux.

« A chaque fois qu’un président français se rend en Inde, il se dit sur le point de conclure un accord pour vendre des réacteurs. C’est devenu un running gag », ironise, Joël Vormus, du Comité de Liaison Énergies Renouvelables (CLER), qui regroupe près de 200 professionnels du secteur français des énergies renouvelables.

« Et à chaque fois que nous entendons cela, nous n’y croyons pas. Même la technologie que nous avons vendue à la Finlande prend de plus en plus de retard », souligne-t-il. Une référence à l’EPR mis en chantier par Areva sur l’île d’Olkiluoto, en Finlande, dont les délais et les coûts de construction ne cessent d’augmenter.

Pour les militants anti-nucléaire, il est paradoxal que le gouvernement français soutienne la vente de technologie nucléaire à l’étranger alors que le chef de l’État s’est engagé à réduire la part de nucléaire dans la production d’électricité en France – de 75% aujourd’hui à 50% en 2030.

Tout cela renvoie à des questions économiques, explique Sophia Majnoni. « Pour nous, il est évident que, dans la mesure où François Hollande veut réduire la part du nucléaire dans le mix énergétique français, il doit vendre du nucléaire à l’étranger pour préserver les emplois et donner une compensation au secteur ».

Les règles ont changé

Pour la porte-parole de Greenpeace, « c’est là une affaire de tactique. L’Allemagne et le Japon ont utilisé la même stratégie d’export dans la mesure où leur marché intérieur se réduisait. Tous les pays qui prévoient une sortie du nucléaire – que ce soit un choix politique ou en raison d’un accident – doivent développer l’exportation pour contrebalancer leur décision »

Selon Greenpeace, la catastrophe nucléaire de Fukushima en 2011 a changé les règles du jeu. L’Inde, par exemple, a adopté un « régime de responsabilité progressive », afin de rendre les fournisseurs responsables en cas d’accident. « Ce n’est pas acceptable pour la France et Areva », estime Sophia Majnoni.

Mais, que la technologie vienne de France ou d’ailleurs, l’Inde indique clairement que le nucléaire est une composante essentielle de son mix énergétique. Lors d’une visite à Paris, peu après la catastrophe de Fukushima, le Dr. Srikumar Banerjee qui était alors à la tête de la Commission indienne de l’énergie atomique indiquait à IPS que son pays « réévaluait la sécurité » mais que l’Inde avait « de bonnes performances » dans ce domaine depuis plus de 35 ans. « Notre demande d’énergie est très importante, avec une croissance de 10% par an, et nous devons y répondre », soulignait-il.

Un autre frein aux négociations franco-indiennes pourrait provenir des aspects financiers, estiment les analystes. Quand Areva et la Nuclear Power Corporation of India Limited (NPCIL, compagnie d’État) ont entamé les négociations voilà 3 ans, le coût des deux EPR pour Jaitapur était estimé à 5,4 milliards d’euros. Mais des sources indiquent qu’Areva veut renégocier ce prix, ce que l’Inde n’accepte pas.

Le Rafale attend aussi

Sous couvert d’anonymat, un analyste indien explique à IPS qu’il serait surpris de voir la visite d’État de cette semaine aboutir à un accord. Et ce, malgré la délégation étoffée qui accompagne François Hollande, et qui comprend notamment cinq ministres et plusieurs chefs d’entreprises comme Eric Trappier, le chef exécutif de Dassault Aviation.

Car le nucléaire n’est pas le seul enjeu économique. Après des délais à répétition, l’Inde est censée acquérir 126 chasseurs Rafale de Dassault. Un contrat estimé à plus de 10 milliards d’euros. Le 10 février, lors de l’important meeting aéronautique de Bengalore, Eric Trappier a indiqué que sa société comptait finaliser le contrat dans le courant de l’année 2013. Ce serait la toute première vente de Rafales à l’étranger.

Pour autant, un expert a expliqué cette semaine à IPS que, pour les autorités indiennes, « il reste encore beaucoup à faire » dans ces négociations et qu’un accord ne devrait pas intervenir avant les élections législatives en Inde, qui se dérouleront en 2014.

Pour sa part, New Delhi a indiqué dans une déclaration que « les relations entre l’Inde et la France sont assises sur des fondations historiques solides et des valeurs communes. » Avec le renouvellement d’un partenariat stratégique en 1998, « les relations entre les deux pays se sont diversifiées et renforcées, dans des domaines comme la défense, l’énergie nucléaire civile, l’espace et le contre-terrorisme ». Un langage bien plus diplomatique qu’économique.

 

© 2013 IPS-Inter Press Service

 

Photo : le Rashtrapati Bhavan, palais présidentiel à New Delhi. Par Christian Haugen, via Wikimedia Commons

A VOUS DE JOUER

o Vous appréciez nos articles ?
o Vous voulez partager l’information pour que tout le monde ouvre les yeux sur l’inégalité des sexes ?
o Vous considérez que l’égalité dans les médias est la mère de toutes les batailles pour l’égalité ?
o Vous savez qu’un journal indépendant et de qualité doit employer des journalistes professionnels ?
Si vous avez répondu oui à une de ces quatre questions, faites un don pour financer l’information. Ce don est défiscalisé à 66 %. (Un don de 50 € vous coûte en réalité 17 €)

JE FAIS UN DON

Laisser un commentaire