
Il y a deux mois, la publication dans le Nouvel Observateur d’une publicité pour la « défense de l’embryon » avait choqué. Elle était en plus mensongère, conclut aujourd’hui le Jury de Déontologie Publicitaire
« Vous trouvez ça normal ? On arme des bateaux pour défendre les baleines alors qu’on laisse l’embryon sans défense ». Cette opération de communication occupait une pleine page, en décembre dernier, dans le supplément télévision du Nouvel Observateur. Elle émanait de la Fondation Jérôme Lejeune, association « pro-vie ». Face aux réactions choquées de lecteurs, la direction du magazine plaidait l’« erreur déplorable ». (Lire : Pub anti-IVG dans le Nouvel Obs).
L’affaire ne s’arrête pas là : par-dessus le marché, cette campagne est trompeuse. Alors qu’elle « prétend informer le public », elle est « moins de nature à le sensibiliser qu’à l’induire en erreur » (1). C’est la conclusion que vient de rendre le Jury de Déontologie Publicitaire (JDP). Le gendarme de la pub avait reçu en décembre trois plaintes émanant de particuliers.
« Ne correspond en rien à la réalité de la recherche », et « confusion » avec l’IVG
Selon la Fondation Jérôme Lejeune, l’objet de cette publicité n’était pas de contester le droit à l’IVG mais de prendre position dans le débat parlementaire sur la loi bioéthique et les recherches sur l’embryon.
Mais la conclusion du JDP est sans concession : l’image présentée par la Fondation comme celle d’un embryon (d’ailleurs à la limite du fœtus, à 8 ou 9 semaines) « ne correspond en rien à la réalité de la recherche en laboratoire, qui porte sur des cellules souches embryonnaires ». La recherche porte sur des cellules prélevées à taille microscopique, conçues in vitro, et non sur un embryon in utero aussi développé, tel que le montrait la publicité.
Le JDP va même plus loin en estimant que cette image « entretient la confusion » avec l’IVG, contrairement à ce que prétendait la Fondation Lejeune.
Troisième critique du JDP : laisser entendre que l’embryon est « sans défense » est « susceptible d’induire en erreur le public ». Car « l’embryon humain bénéficie aujourd’hui d’un statut juridique extrêmement protecteur ».
La Fondation tacle l’Obs
Reste à voir l’usage que fera la Fondation de cette décision. Le JDP interdit la publication de la publicité mais ne dispose pas d’un pouvoir de sanction. Sans compter que le visuel trompeur peut continuer de se décliner sur le site internet de la Fondation Jérôme Lejeune. Il est le principal support de communication de l’association contre la proposition de loi visant l’autorisation encadrée de la recherche sur l’embryon, adoptée en octobre par le Sénat, et qui doit être examinée dans les prochaines semaines à l’Assemblée nationale. Le 30 janvier encore, à la veille du verdict du JDP, la Fondation continuait de donner une large place à cette campagne.
L’association aura par ailleurs profité de cette procédure pour mouiller l’Obs : « Il faut savoir que le Nouvel Observateur est venu démarcher la Fondation Jérôme Lejeune, qu’il lui a proposé d’acheter des pages de publicité, qu’il a accepté en connaissance de cause la page proposée », a tenu à souligner l’avocat de la Fondation. Laquelle explique aussi avoir bénéficié d’une « remise de 80% », chiffrant ainsi ce que relevait Arrêt sur Images en décembre : la publicité avait bénéficié de « conditions tarifaires spécifiques pour les associations. Un privilège accordé par Le Nouvel Obs dans le cadre d’un ‘pack association grandes causes » ».
On n’aura pas la version du magazine : il avait fourni de son côté des éléments d’explication dans le cadre de la procédure lancée par le JDP, mais « en dehors du délai fixé » avant l’audience. Encore une bête erreur.
(1) Elle méconnaît donc, poursuit le JDP, l’article 5 du Code ICC consolidé selon lequel « la communication de marketing doit être véridique et ne doit pas être trompeuse ».
