Accueil MédiasBruits et chuchotements Les primaires de la droite et du genre

Les primaires de la droite et du genre

par Arnaud Bihel
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Le pape François en mars 2013. Par Casa Rosada (Argentina Presidency of the Nation), CC BY-SA 2.0

Que le pape s’en prenne aux manuels scolaires français qui diffuseraient la « théorie du genre », rien de franchement étonnant. Plus désolants sont les politiques qui s’offusquent qu’on le contredise.


 

Ils vous avaient manqué ? Les hauts cris contre la fameuse « théorie du genre » ont fait, cette semaine, un retour remarqué sur la scène médiatique. Et le meneur de la révolte n’est autre que le pape François. Dimanche 2 octobre, ce dernier évoquait devant des journalistes l’histoire d’un père français qui, demandant à son fils : « Qu’est-ce que tu veux être quand tu seras grand ? » a obtenu cette réponse : « Une fille ». Le brave homme s’est alors aperçu, raconte le pape, « que dans les manuels scolaires était enseignée la théorie du genre ». Ce que le responsable religieux qualifie de « colonisation idéologique ».

Branle-bas-de-combat sur tous les médias. La plupart rappelant heureusement que l’évocation du concept de genre dans les manuels scolaires, conspuée par le haut dignitaire du catholicisme, n’a pas vocation à transformer les garçons en filles. Ce qui d’ailleurs, aux yeux des « anti-genre », apparaît souvent plus grave que le contraire : un sacré révélateur de sexisme…

La ministre de l’Éducation nationale montait alors au front, déplorant sur France Inter une « parole pour le moins légère et infondée » de la part du pape.

La question du genre fait l’objet, depuis des années, de toutes les manipulations possibles de la part de croisés réactionnaires ; des accusations diffamatoires de Farida Belghoul, finalement condamnée pour ses mensonges, aux sorties de Nicolas Sarkozy fustigeant « la gauche qui met des jupes aux enfants », en passant par les fantasmes sur la masturbation véhiculés par la Fédération des Associations Familiales Catholiques en Europe.

Beaucoup de bruit, finalement, pour un débat rebattu. Après tout, le responsable d’une religion qui n’accepte pas que les femmes aient les mêmes fonctions que les hommes est dans son rôle quand il remet en cause l’éducation à l’égalité entre filles et garçons. Et la ministre de l’Éducation nationale est dans son rôle en le remettant à sa place.

Fillon, Sarkozy, même pas honte

Ironie du sort, ce même lundi 3 octobre, l’Observatoire de la laïcité réagissait aux « surenchères » suscitées par la longue polémique sur le burkini. Dans une déclaration, l’institution tenait à rappeler les fondements de la laïcité, notant entre autres : « Les religions ne peuvent s’immiscer dans les affaires de l’État et l’État doit respecter l’indépendance des religions ». Permettons-nous d’ajouter : « mais peut les critiquer quand elles cherchent à s’immiscer dans le contenu des manuels scolaires ».

Le plus déplorable, dans l’affaire, ce sont finalement les commentaires de personnalités politiques, qui n’hésitaient pas à brandir le drapeau de la laïcité contre le burkini et qui, cette fois, se sont ruées pour prendre le parti de l’hôte du Vatican contre la ministre.

François Fillon s’offusquait dès le 3 octobre que la ministre « donne des conseils au pape » et Nicolas Sarkozy attendait deux jours pour lancer : « Madame Najat Vallaud-Belkacem aurait mieux fait de se taire, elle nous fait honte » (une invective déjà employée la veille par son bras droit Christian Estrosi). Ainsi, une ministre de la République n’aurait pas à remettre en cause la parole d’un leader religieux ? Étonnante conception de la laïcité, de la part de prétendants à la fonction de président de la République.

Rappelons que c’est sous le gouvernement de François Fillon, sous la présidence de Nicolas Sarkozy, en 2011, qu’étaient apparus officiellement la notion de genre et le questionnement de l’identité sexuelle dans les manuels scolaires. Rappelons aussi qu’en 2014 le Comité de l’ONU pour les droits de l’enfant appelait le Vatican « à prendre des mesures actives pour retirer des manuels des écoles catholiques toutes les formes de stéréotypes de genre ». Najat Vallaud-Belkacem aurait aussi pu le rappeler au pape François.

 

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2 commentaires

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Maelice 6 octobre 2016 - 10:57

On comprends que l’église tienne à préserver son monopole sur la « colonisation idéologique ». 😉

Quand à la droite française, elle s’enfonce dans la démagogie et drague éhontément les électeurs FN, sans comprendre qu’elle en légitime ainsi les thèses.
Consternant…

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09 Aziza 11 octobre 2016 - 09:54

Hélas, la politique existe aussi au Vatican:le pape s’est fait piéger, probablement par ceux qui veulent le décrédibiliser depuis longtemps (la Curie, envers laquelle il ne mâche pas ses mots). Ou peut peut être par un fanatique de la « manif pour Tous », qui perd du terrain. Peu importe , quand on est pape, il faut tourner sa langue 7 fois dans sa bouche.
Sachez cependant que les critiques et protestations ont fusé immédiatement dans les milieux catholiques progressistes(Témoignage Chrétien, entre autres).

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