Plus d’ingénieures diplômées, mais les inégalités persistent

par Marina Fabre

Les femmes représentent 29% des ingénieur.e.s diplomé.e.s en 2015, elles étaient 5% en 1973. Une « lente féminisation » qui reste très sectorisée dans les domaines les moins rémunérateurs. Résultats : en moyenne les ingénieures gagnent 9 000 euros de moins à l’année que leur homologues masculins. 


 

Le milieu des ingénieur.e.s est-il encore masculin ? Oui, mais des progrès sont à noter, même si « la féminisation est lente », estime la Société des Ingénieurs et Scientifiques de France. Comme chaque année, l’IESF a mené l’enquête : « près de 55 000 réponses ont été recueillies (…) C’est une enquête sans égal ». Le but : donner à voir l’évolution du nombre d’ingénieur.e.s, leur sexe, leur âge, leur salaire, leur engagement, etc…

Et justement, le profil des ingénieur.e.s a changé, il s’est féminisé. En France, en 2015, les femmes représentent désormais 20,5% des ingénieurs français, et 22,3% parmi les moins de 65 ans. « Aujourd’hui une femme sur 34 est ou deviendra ingénieure », alors que la proportion était de « 1 femme sur 500 parmi la génération arrivant à la retraite », indique Gérard Duwat, président de l’Observatoire IESF des ingénieurs, interrogé par Les Nouvelles NEWS.

5% de femmes ingénieures diplômées pour la promotion 1973, 29% en 2015

La progression se fait surtout sentir chez les nouveaux diplômés. En 2015, 38 000 ingénieur.e.s ont obtenu leur diplôme, dont 11 000 femmes, soit 29%. À titre de comparaison, en 1973 elles n’étaient que 600 nouvelles diplômées, soit à peine 5%. En 1980 elles représentaient « 10% de l’ensemble des diplômés ».

« Une progression spectaculaire du nombre de femmes ingénieurs », estime l’IESF même si Gérard Duwat tempère : « Le terme spectaculaire est peut-être un peu exagéré mais on constate une courbe de progression continue concernant le nombre de femmes ingénieures sur les dix dernières années ».

Ingénieur

Source : IESF

 

Mais cette féminisation concerne des secteurs spécifiques. « Les femmes sont plus présentes dans la fonction publique que les hommes, et donc moins dans l’industrie », secteur qui emploie le plus d’ingénieur.e.s. « Les femmes ingénieures se retrouvent dans les secteurs proches de leur domaine d’étude », explique Gérard Duwat. « Proportionnellement à leur nombre, elles étudient davantage la chimie, l’agriculture, l’agroalimentaire… ce qui touche aux sciences de la vie ».

De fait, sur les 5 dernières années, les femmes représentaient 48,5% des promotions d’ingénieur.e.s spécialisé.e.s en agronomie et agroalimentaire, et 34,3% de celles de chimie. Au contraire, les secteurs considérés depuis longtemps comme réservés aux hommes ont tendance à le rester, les promotions leur étant liées ne se féminisent pas : 9,7% de femmes dans l’électrotechnique sur les 5 dernières promotions et 10,3% en mécanique.

Inégalités salariales et contrats précaires 

Des inégalités dans les secteurs et des inégalités… salariales qui perdurent. De manière générale, le salaire médian brut annuel est de 56 000 euros chez les ingénieurs, hommes et femmes confondus. Sans surprise, dans le détail, il est de 59 000 pour les hommes et 48 000 pour les femmes (9 000 euros d’écart) alors même qu’en entrant dans la vie active les écarts de salaires sont pourtant assez faibles : 34 737 pour les hommes contre 33 600 pour les femmes, un millier d’euros de différence. « Il faut dire que le critère principal des jeunes femmes ingénieures n’est pas financier, elles choisissent de se tourner davantage vers des secteurs moins rémunérateurs », estime Gérard Duwat.

Au fur et au mesure de l’avancée de la carrière, et de l’âge, les inégalités se creusent durement et progressivement. La barre des 5 000 euros d’écart de salaire – à l’avantage des hommes bien sûr – est franchie vers 35 ans, celle des 10 000 à 45 ans pour finalement avoisiner les 15 000 entre 60 et 65 ans. De fait, en fin de carrière, les hommes gagnent 100 000 euros brut par an, contre 85 000 pour les femmes.

Et il n’y a pas que dans ce domaine que les femmes sont défavorisées : 5,3% des femmes ingénieures sont en recherche d’emploi contre 3,3% des hommes. Et leurs contrats sont plus précaires que ceux des hommes. Si 89,2% des ingénieurs sont en CDI, chez les femmes c’est presque 10 points de moins avec 81,4%. À l’inverse 6,5% des femmes ingénieures sont en CDD contre 3,1% des hommes. De manière générale les ingénieur.e.s, femmes et hommes, confondus semblent être privilégiés, échappant quelque peu à la crise du travail. Mais comme dans les autres secteurs, les femmes sont moins bien servies que les hommes.

 

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