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Quand Polanski inverse les rôles

par Arnaud Bihel

VenusFourrureDans La Vénus à la fourrure, un metteur en scène et une actrice s’affrontent sur la scène d’un théâtre vide. Une œuvre habile mais au discours stéréotypé. La critique ciné du mardi, par Valérie Ganne.

Un metteur en scène épuisé finit la journée seul dans son théâtre vide après un casting infructueux pour le rôle principal de sa Vénus à la fourrure. Surgit une retardataire trempée par la pluie, au mascara dégoulinant, qui réussit à passer son essai.

Emmanuelle Seigner, d’abord vulgaire et bêtasse, se transforme lors de ce huis clos en une manipulatrice hors pair et une actrice de talent. Vanda, car c’est nom, va lentement mais sûrement dominer Mathieu Amalric, clone de Polanski d’autant plus frappant qu’il lui ressemble physiquement de façon étonnante dans ce film.

De domination il est question dès le début : La Vénus à la fourrure est en effet tirée de la pièce de David Ives, dramaturge new-yorkais, elle-même adaptée du roman de Leopold von Sacher-Masoch écrit en 1870. Contrairement au personnage de Emmanuelle Seigner qui cache son jeu (au départ), le film ne ment pas sur son sujet. Si vous en doutiez, l’affiche noire et rouge, très SM, est là pour vous le rappeler. Un homme et une femme vont donc parler de domination, en jouer et en jouir.

Polanski fait du spectateur son complice dans cette comédie brillante : on jubile du plaisir des acteurs, des coups de théâtre, de la façon dont Vanda-Seigner décrypte la pièce, la joue magnifiquement, poussant Amalric dans ses retranchements et inversant les rôles, dans tous les sens du terme.

Petites idées

Mais au-delà du talent du réalisateur et du plaisir de spectateur, la gêne s’installe : quand la pièce originale a été accusée de misogynie, David Ives, son auteur, s’en est défendu comme Polanski aujourd’hui : « Avec La Vénus, je deviens populaire auprès du sexe faible comme on disait autrefois. Dans la plupart de mes films les femmes étaient des victimes, là c’est l’homme la victime. »

Mais pourquoi ne pas envisager d’autre relation avec ce sexe dit faible qu’un rapport de pouvoir ? L’idée d’abord plaisante dans le joli théâtre des rapports humains devient vite creuse dans la vie. Pendant la conférence de presse accompagnant la présentation de son film au festival de Cannes en mai dernier, Polanski n’y est pas allé de main morte :

« Aujourd’hui, on essaie d’égaliser les genres, c’est idiot (…). La pilule a beaucoup changé les femmes de notre époque, les a rendues masculines. Cela a mis à mal le romantisme de nos vies et c’est dommage. » (Lire aussi : Après Ozon, Polanski au festival des beaufs)

Oui, c’est dommage, ce grand talent gâché par ces petites idées. Et le réalisateur a vécu tant de choses, comme victime ou bourreau, qu’on ne peut regarder ce film comme un simple jeu tant il fait écho à son parcours personnel. C’est là que Polanski manque son but : La Vénus à la fourrure est une déclaration d’amour au théâtre et aux acteurs, mais sans doute pas aux femmes.

 

La Vénus à la fourrure de Roman Polanski, avec Emmanuelle Seigner, Mathieu Amalric. Produit par RP Productions, distribué par Mars Films. Sortie le 13 novembre.

 

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1 commenter

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stef 12 novembre 2013 - 21:34

il paraît que le grand Homme est en train d’écrire le scénario de son prochain film : «l’affaire Dreyfus». Il verrait dans les malheurs de l’innocent capitaine, un écho du traitement médiatique de sa propre histoire en tant qu’accusé de viol sur une fille de 13 ans. Dreyfus s’en retourne dans sa tombe.

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