Accueil International Polémique autour de la « culture sexiste » du Royaume-Uni

Polémique autour de la « culture sexiste » du Royaume-Uni

par Arnaud Bihel
Rashida Manjoo

Rashida Manjoo / ONU

« Je n’ai jamais vu un tel niveau de sexisme généralisé, dans aucun des autres pays que j’ai visités », déclarait mardi 15 avril l’experte de l’ONU Rashida Manjoo. Il n’en fallait pas plus pour mettre le pays en émoi.


 

Cela faisait 16 jours que Rashida Manjoo sillonnait le Royaume-Uni et s’entretenait avec des spécialistes. Lundi 15 avril, au cours d’une conférence de presse, la rapporteuse spéciale de l’ONU sur les violences faites aux femmes dressait un premier constat sans appel 1 : la Grande Bretagne entretient une « culture sexiste ». Rashida Manjoo fustige « un pays de ‘clubs de garçons’, qui fausse la perception des femmes et des filles ». Et de poursuivre : « Les représentations sexistes des femmes sont extrêmement présentes. »

De quoi vexer une partie de la presse du pays, qui conseille plus ou moins poliment à Rashida Manjoo de se concentrer sur d’autres pays, loin, très loin du Royaume-Uni et de l’Europe… Une manière comme une autre de se voiler la face.

« Plus qu’en Italie, en Azerbaïdjan et en Inde ? », s’offusque le quotidien The Independent en réponse à cette affirmation de la rapporteuse : « Je n’ai jamais vu un tel niveau de sexisme généralisé, dans aucun des autres pays que j’ai visités. » La Grande-Bretagne, pays le plus sexiste du monde ? Ironique venant d’une femme d’Afrique du Sud, « le pays du viol », ose le tabloïd The Daily Mail.

C’est quand même particulièrement gonflé, surtout que, comme le précise The Guardian, Rashida Manjoo poursuit par un plus mesuré : « Bien sûr, le sexisme existe ailleurs, mais il est simplement très décomplexé au Royaume-Uni. »

Produits marketing

The Guardian cite d’inquiétants chiffres issus du rapport de Rashida Manjoo : 30% des femmes en Angleterre et au pays de Galles ont déjà vécu des cas de violence domestique, et ce à partir de 16 ans. 77 femmes ont été tuées par leurs partenaires ou anciens partenaires pendant l’année 2012-2013 et près d’une fille, âgée de 16 à 18 ans, sur trois a déjà subi des attouchements ou d’autres formes de caresses non désirées.

« L’intimidation et le harcèlement sexuel sont la norme dans les écoles. Les médias britanniques sont responsables de diffuser une image négative et hyper-sexuée des femmes en utilisant leur corps comme un produit marketing », déplore encore l’experte.

Rashida Manjoo cite encore pêle-mêle la page 3 du Sun et ses photos de femmes nues, les publicités sexistes et misogynes, le harcèlement dans les transports en commun et les lieux publics, ou encore l’incapacité du système judiciaire à prendre en charge les victimes de viols et abus sexuels.

L’experte pointe également du doigt les conséquences dramatiques des mesures d’austérité prises par le gouvernement britannique, et qui rendent les femmes plus exposées encore à la violence (Voir à ce sujet notre article « La rigueur britannique cible encore les femmes »).

 


1 Elle présentera les résultats complets de son enquête lors de la session du Conseil des droits de l’Homme en juin 2015

 

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