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En Pologne, anti- et pro-IVG s’affrontent au Parlement

par Marina Fabre
Manifestation à Varsovie, par Krzysztof Paczkowski

Manifestation à Varsovie en avril, par Krzysztof Paczkowski

Le Parlement polonais examine une nouvelle proposition de loi pour limiter encore davantage l’accès à l’IVG. Mais les défenseur.e.s des droits des femmes ne désarment pas.


 

Un jour crucial pour l’avenir des droits reproductifs en Pologne. Mercredi 21 septembre, le Parlement commence à examiner une énième proposition de loi anti-avortement. Actuellement dans le pays, l’IVG est autorisée pour trois raisons : en cas de malformation du fœtus, de menace sur la santé de la mère ou de viol/inceste. La nouvelle proposition de loi interdirait presque totalement l’avortement, sauf en cas de danger de mort pour la mère.

Lire : Pologne : gouvernement et Église, main dans la main contre l’avortement

« Sans directives claires sur les circonstances dans lesquelles une femme ou une jeune fille est assez proche de la mort pour être autorisée à pratiquer un avortement légal pour raisons médicales, la responsabilité incombera aux médecins de le retarder autant que possible », alertait Amnesty International lundi 19 septembre. « Si j’ai une patiente enceinte de 32 semaines et atteinte de prééclampsie, je dois attendre qu’elle-même ou son bébé commence à mourir avant d’agir », témoignait le professeur Romuald Dębski au cours d’un débat au Parlement en avril dernier rapporté par l’ONG.

Les trois quarts des Polonais.e.s ne souhaitent pas une loi qui restreigne encore davantage le droit à l’avortement

Cette nouvelle proposition de loi émanant du collectif « Stop Avortement », soutenue par de nombreuses organisations dites « pro-vie », par les autorités religieuses mais également par la Première ministre du parti conservateur Droit et Justice (PiS), ne semble pourtant pas faire l’unanimité, loin de là. Selon un sondage du journal polonais Newsweek, les trois quarts des Polonais.e.s ne souhaitent pas une loi qui restreigne encore davantage le droit à l’avortement. 11% seulement estiment qu’il est nécessaire d’interdire l’avortement, même lorsque le fœtus est endommagé ou qu’il met en danger la vie de la mère.

Les collectifs soutenant les droits des femmes n’ont d’ailleurs pas attendu pour répondre aux attaques des anti-IVG. D’ailleurs, un texte de loi émanant du collectif « Sauvons les femmes » sera également examiné à l’Assemblée ce mercredi 21 septembre. À contre-courant des mouvements réactionnaires, il autoriserait l’avortement sans condition jusqu’à la douzième semaine de grossesse.

Cette proposition de loi est soutenue par le parti de gauche Razem (Ensemble). Ce dernier appelle d’ailleurs les Polonais.e.s à manifester contre une « loi cruelle et inhumaine qui nous mettra tous en danger » en envoyant des photos, vêtu.e.s de noir, du 21 au 24 septembre. « Une expression de soutien » au droit à l’avortement qui sera relayée sur les réseaux sociaux.

Une nouvelle proposition de loi anti-IVG déposée la semaine dernière

Plusieurs manifestations ont également eu lieu, cette fois physiquement, dans les rues de Varsovie, à l’appel de la Fédération pour les Femmes et le Planning Familial. Avec toujours comme symbole, celui du cintre en fil de fer, instrument des avortements artisanaux « utilisé par les femmes désespérées et privées de leurs droits pour interrompre leur grossesse ».

Lire : Mobilisations en Pologne contre la proposition de loi anti-IVG

Si la proposition de loi anti-avortement est adoptée par le Parlement, la Pologne violera une nouvelle fois les conventions européennes et traités internationaux de droits humains. Pour faire bonne mesure, une nouvelle proposition de loi a été déposée la semaine dernière par la Fédération polonaise des Mouvements de Défense de vie. Présenté comme un compromis possible, ce nouveau texte décriminaliserait les patientes, contrairement à la proposition de loi actuellement débattue au Parlement qui prévoit une peine de prison de 3 mois à 5 ans pour les femmes qui auraient avorté. Un compromis, vraiment ? 

 

L’Irlande aussi

Comme la Pologne, l’Irlande détient une des lois les plus restrictives en matière d’avortement au niveau européen. La loi irlandaise sur la « protection de la vie durant la grossesse » n’autorise l’IVG (depuis 2013) que dans les situations où la grossesse est menacée par un « risque réel et considérable » pour la vie de la femme enceinte.

Plusieurs manifestations de solidarité se déroulent mercredi 21 septembre dans plusieurs villes du monde. À Paris, la manifestation a lieu au Jardin des Tuileries de 13h à 15h. La revendication ? Organiser un référendum pour assurer la protection de la santé et des droits des femmes pendant la grossesse.

Voir aussi : Deux Irlandaises live-tweetent leur parcours pour avorter

 

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