Accueil International Pologne : le texte de loi anti-IVG est rejeté… une victoire provisoire

Pologne : le texte de loi anti-IVG est rejeté… une victoire provisoire

par Marina Fabre

czarnyLe Parlement a rejeté la proposition de loi anti-IVG, objet de manifestations depuis plusieurs semaines en Pologne. Malgré les apparences, la rue n’a qu’en partie fait plier le gouvernement. Explications. 


 

Faut-il vraiment crier victoire ? Après des semaines de mobilisation contre la proposition de loi visant à interdire totalement l’IVG, le Parlement polonais a finalement rejeté le texte, jeudi 6 octobre. Une très large majorité de 352 député.e.s se sont prononcés contre son adoption, face à 58 voix favorables et 18 abstentions. Déjà la veille, mercredi 5 octobre, la commission parlementaire de la justice et des droits humains, chargée d’examiner le texte, l’avait elle aussi rejeté.

Pour rappel, actuellement, l’IVG n’est autorisée en Pologne que pour trois raisons : en cas de malformation du fœtus, de menace sur la santé de la mère ou de viol/inceste. La nouvelle proposition de loi entendait interdire presque totalement l’avortement, sauf en cas de danger de mort pour la mère. Nouveauté également : la pénalisation des femmes. Le texte prévoyait en effet une peine de prison allant de 3 mois à 5 ans pour les femmes qui auraient avorté. Et c’est sans doute ce point qui a fait basculer le vote.

Au cœur du rejet : la pénalisation des femmes ayant avorté

Remontons donc le fil. En octobre 2015, le parti Droit et Justice (PiS), composé de conservateurs eurosceptiques, remportait les élections législatives. À sa tête : Beata Szydlo, désormais Première ministre. Revigorées par l’arrivée au pouvoir des conservateurs, les autorités religieuses publiaient le 31 mars un appel à une « interdiction totale de l’avortement », récoltant des signatures en faveur d’une proposition de loi jusque sur les marches des églises. La Première ministre déclarait sans équivoque : « Oui, je soutiens cette initiative. » Clairement, le gouvernement et l’Église avançaient main dans la main contre l’avortement.

Mais la proposition de loi déposée par le collectif « Stop avortement » et validée dans un premier temps, le 23 septembre, au Parlement, n’était en fait pas totalement soutenue par l’Église. Une mesure en particulier la gênait : la pénalisation des femmes. Les autorités religieuses considèrent en effet les femmes comme « des deuxièmes victimes de l’IVG ».

Une prise de distance de l’Église et du gouvernement 

À la même période, l’hebdomadaire polonais Newsweek publie un sondage : les trois quarts des Polonais.e.s ne souhaitent pas une loi qui restreigne encore davantage le droit à l’avortement : 11% seulement estiment qu’il est nécessaire de l’interdire, même lorsque le fœtus est endommagé ou que la vie de la mère est en danger.

Déjà, Beata Szydlo, qui soutenait la proposition de loi, sent le vent tourner. Dans la rue, les Polonais.e.s défilent. Entre 5 000 et 10 000 personnes manifestent à Varsovie dimanche 2 octobre. C’est peu mais, le lendemain, elles sont 10 fois plus nombreuses : 100 000 « femmes en grève » habillées de noir. Le mardi 4 octobre, la Première ministre rappelle, non sans arrière pensée, que la proposition de loi n’émane pas du gouvernement mais de la société civile. Une manière de prendre ses distances sans pour autant perdre la face.

« Aujourd’hui le PiS a mis sa conscience dans sa poche, (…) car il a eu peur des femmes qui sont sorties dans la rue », a estimé Ewa Kopacz, ancienne cheffe du gouvernement centriste. Une lecture que beaucoup partagent désormais : la rue a gagné. La grève des femmes a fait plier le gouvernement. L’histoire est belle, certes, mais ne correspond qu’en partie à la réalité.

De nouvelles propositions de loi, toujours pires que la loi actuelle 

Car si la mobilisation des Polonais.e.s – et à l’international – a joué un rôle, le gouvernement n’a pas brusquement changé d’avis avec la grève du lundi 3 octobre. Sa stratégie est claire : faire semblant d’écouter la rue, reculer pour mieux contre-attaquer avec toujours l’Église comme appui.

De fait, avant même ce lundi de « grève des femmes » le recul était acté. « Nous avions des signaux clairs de la part de l’Église qu’elle ne soutient pas non plus ce point de vue radical de la pénalisation des femmes. Nous préparons des solutions qui seront acceptables par les deux parties », expliquait le député PiS Ryszard Terlecki.

Quelles sont donc ces solutions qui passent désormais pour acceptables ? Le président du Sénat déclarait dès le lundi 3 octobre travailler sur un texte « moins restrictif ». Moins restrictif, certes, que la proposition de loi qui vient d’être abandonnée, mais toujours plus régressif que la loi actuelle. Ce projet autoriserait l’IVG dans les cas d’actes criminels et de menace sur la vie de la patiente, mais plus en cas de malformation du fœtus. Le gouvernement a en outre annoncé préparer une campagne en faveur du « droit à la vie », autrement dit pour diaboliser l’avortement.

Une attaque de l’intérieur mais aussi de l’extérieur du Parlement. La Fédération polonaise des Mouvements de Défense de la vie a déjà annoncé qu’elle continuerait à proposer des textes de loi, et à mettre la pression sur le gouvernement. Les Polonaises doivent encore se préparer à manifester.

 

Lire aussi :

Dossier – IVG

Irlande du Nord : livraison par drone de pilules abortives

Irlande : la loi sur l’avortement est inhumaine, juge l’ONU

Portugal : coup de griffe au droit à l’IVG

 

Partager cet article

A VOUS DE JOUER

o Vous appréciez nos articles ?
o Vous voulez partager l’information pour que tout le monde ouvre les yeux sur l’inégalité des sexes ?
o Vous considérez que l’égalité dans les médias est la mère de toutes les batailles pour l’égalité ?
o Vous savez qu’un journal indépendant et de qualité doit employer des journalistes professionnels ?
Si vous avez répondu oui à une de ces quatre questions, faites un don pour financer l’information. Ce don est défiscalisé à 66 %. (Un don de 50 € vous coûte en réalité 17 €)

JE FAIS UN DON

0 commenter

Laisser un commentaire