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Pour des villes plus sûres pour les femmes et les filles

par auteur

Bachelet

A l’occasion du 8ème Forum de l’Alliance mondiale des villes contre la pauvreté, Michelle Bachelet évoque dans cette tribune l’initiative d’ONU Femmes face à la violence à l’égard des femmes et des filles dans l’espace public .

 

Il n’existe dans le monde aucun pays, aucune ville où les femmes et les filles vivent sans crainte des violences. Aucun dirigeant ne peut dire : cela n’arrive pas chez moi.

En 2012, deux cas très médiatisés ont déclenché l’indignation dans les pays concernés comme dans le monde entier : l’attaque qui a visé Malala, cette écolière militante pour l’éducation des filles au Pakistan ; et le viol collectif dans un bus à la suite duquel une étudiante a perdu la vie, à New Delhi. Mais dans toutes les régions du monde, de nombreux drames comme ceux-ci ont lieu, sans faire les gros titres de la presse.

Que ce soit en marchant dans la rue, en prenant les transports publics, en allant à l’école, en vendant des produits sur les marchés, des femmes et des filles sont confrontées au risque d’agression sexuelle et de violence. Cette réalité quotidienne est un frein à la liberté des femmes, à leur accès à l’éducation, au travail, à la vie politique, ou tout simplement à profiter de l’espace qui les entoure.

Et pourtant, malgré leur prévalence, la violence et le harcèlement à l’égard des femmes dans l’espace public restent un sujet largement négligé : on trouve peu de lois ou de politiques publiques qui le prennent en compte.

Cette semaine à Dublin, quelque 600 délégués – des élus, des représentants du secteur privé ou de la société civile – sont rassemblés au 8ème Forum de l’Alliance mondiale des villes contre la pauvreté (WACAP, site en anglais). Ils sont venus du monde entier pour débattre d’initiatives permettant de rendre les villes plus agréables, plus sûres, plus soutenables.

Une de ces approches est la Safe Cities Global initiative (programme ‘Des Villes Sûres’). Ce partenariat entre des conseils municipaux, des communautés et organisations locales, et les Nations Unies, travaille à rendre les environnements urbains plus sûrs pour les femmes et les filles.

Initiée par ONU Femmes et ONU Habitat avec cinq villes pilotes – Le Caire, en Égypte ; Kigali, au Rwanda ; New Delhi en Inde ; Quito, en Équateur et Port Moresby, en Papouasie-Nouvelle-Guinée – cette initiative s’est étendue à plus de 20 villes et continue de se développer.

Une des principales leçons que nous avons apprise est que chaque ville est unique et a besoin d’une réponse adaptée. Elle ne peut être donnée qu’en conduisant une étude de diagnostic, chiffres et témoignages à l’appui, et en impliquant les habitants. Les villes ont pris des mesures pour améliorer l’éclairage et la configuration des rues et des bâtiments ; pour sensibiliser les forces de l’ordre et engager davantage de femmes dans la police. Ces réponses pratiques peuvent faire une grande différence.

Une étude de diagnostic menée à New Delhi, par exemple, a révélé qu’une stratégie habituelle pour éviter les agressions consistait à faire en sorte que les femmes et les filles restent à la maison. Ainsi que l’expliquait l’une d’elles : « Si nous disons à nos parents que des garçons nous harcèlent, ils vont nous dire que c’est notre faute… ils risquent même de nous empêcher de sortir ».

Un tel constat invite à l’action. Car enfermer les femmes et les filles n’est évidemment pas une solution. Les habitants ont organisé des collectifs pour sensibiliser, témoigner des crimes et travailler avec les autorités pour améliorer la sécurité et la justice.

A Quito, les femmes ont été encouragées à briser le silence sur leurs expériences par le biais de la campagne ‘Cartas de Mujeres’ (“Lettres de femmes”). Les autorités de la ville ont reçu un millier de lettres et ont amendé la législation sur la violence contre les femmes pour y inclure les violences commises dans l’espace public.

A Port Moresby, 55% des vendeuses sur le marché ont témoigné avoir subi des violences au cours de l’année écoulée. En réponse, les autorités locales travaillent avec une association de vendeuses afin de définir des moyens d’action.

Au Caire, le gouvernement mène des audits de sécurité. Dans ce cadre, des femmes font état des conditions de sécurité dans leurs quartiers et leurs remarques seront prises en compte dans la planification urbaine.

A Rio de Janeiro, les communautés sont en train d’identifier les risques dans les 10 favelas les plus dangereuses de la ville. Des femmes et des adolescentes formées pour cela utilisent des smartphones pour signaler les zones à risque – celles qui manquent d’infrastructures ou celles trop obscures. Les premières observations ont été soumises aux autorités et servent déjà de base pour développer des solutions.

ONU Femmes a établi un partenariat avec Microsoft pour définir des utilisations de la technologie mobile pour faire face aux agressions sexuelles et à la violence dans l’espace public.

Nous espérons développer encore davantage de partenariats et d’activités dans le cadre de l’initiative ‘Des Villes Sûres’. Nos prochains efforts vont également se concentrer sur la collecte de données sur la participation des femmes en politique.

Ici, à Dublin, je suis heureuse d’entendre que le maire Naoise O Muiri s’est dit intéressé par un partenariat dans le cadre de la Safe City Initiative. Dublin sera ainsi la première ville d’Europe de l’Ouest à nous rejoindre.

De plus en plus de femmes, d’hommes et de jeunes gens donnent de la voix et s’investissent dans les exécutifs locaux, et de plus en plus de dirigeants agissent pour la sécurité des femmes et des filles : c’est ainsi que se produit le changement.

Cette réunion acte la reconnaissances que c’est par le partenariat et la collaboration – entre les habitants, les élus, le secteur privé et la société civile – que les villes peuvent être rendues plus agréables, plus sûres, plus soutenables. En incluant les femmes dans les processus de décision, les exécutifs municipaux seront en meilleure position pour assurer la sécurité de leurs habitants, tout spécialement les femmes et les filles.

 

Michelle Bachelet, ancienne présidente du Chili, est la Directrice exécutive d’ONU Femmes. Cette tribune a été initialement publiée en anglais par IPS, partenaire des Nouvelles NEWS.

 

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Lirelle 21 février 2013 - 15:54

vaste sujet ! j’ai lu ça aussi dans un blog du Monde cela concerne le RER en Ile de France « RER : où sont les femmes ? » :

http://elsaguippe.blog.lemonde.fr/2013/02/12/rer-ou-sont-les-femmes/

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