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Premier film saoudien, Wadjda crève l’écran

par auteur

WadjdaVeloElle l’a fait ! Haifaa Al Mansour a réalisé le premier long métrage saoudien dans un pays où les salles de cinéma n’existent pas. Avec Wadjda, la réalisatrice livre un film sensible et intelligent.


 

Wadjda a douze ans. Elle n’aime pas beaucoup l’école, écoute du rock, porte un jeans sous son abaya et ne quitte jamais ses baskets. Mais surtout elle sait déjà bien ce qu’elle veut ! S’acheter le beau vélo vert qui lui permettra de faire la course avec son ami Abdallah. Dans le royaume où les filles de son âge ne sortent plus tête nue dans la rue, la bicyclette est une affaire de garçon. Ce n’est pas le refus de sa mère, craignant pour la vertu de sa fille, qui va l’arrêter ! Déterminée à réunir l’argent par ses propres moyens, Wadjda décide de participer au concours de récitation coranique organisé par son école avec, pour la gagnante, la somme tant désirée. L’idée est réjouissante : tenter de réaliser un rêve interdit par la religion en déployant une application toute religieuse.

En Arabie Saoudite, des avancées ont été réalisées (Voir : Le Conseil consultatif saoudien s’ouvre aux femmes) mais il reste tant à faire pour les droits des femmes ! Sans adopter un point de vue négatif, ou misérabiliste, le film aborde des questions taboues dans la société saoudienne et brosse le portrait de la classe moyenne. Visions intérieures d’un pays et de ses femmes, Wadjda, sa mère, Mme Hussa, la directrice de l’école, Leila. Éprises de liberté ou prisonnières de leurs craintes, elles naviguent à travers le système en place, soumises (avec les hommes) aux pressions sociales. La révolte de Wadjda souffle l’espoir sur les terres sableuses du royaume balayées par le vent.

« Ma propre liberté »

Haifaa_Al-Mansour

Née huitième d’une fratrie de douze dans un petit village d’Arabie Saoudite, comment Haifaa Al Mansour a-t-elle pu se retrouver derrière la caméra ? La réalisatrice de 38 ans se souvient des soirées cinéma en famille organisées, « sans doute pour avoir la paix », par un père plus libéral que conservateur. « En grandissant j’ai eu envie d’avoir mon propre discours. Malgré les lettres de protestation envoyées par la famille, mon père a eu cette intelligence et cette liberté de me laisser ma propre liberté », confiait, lors de l’avant-première parisienne au Cinéma des Cinéastes le 14 janvier, celle qui a étudié la littérature à l’Université Américaine du Caire et le cinéma à l’Université de Sydney.

Pas facile de produire un long-métrage dans un pays où toute projection publique est interdite ! Ni cinéma, ni réseau de production, mais un appui de taille : en 2005, Haifaa Al-Mansour attire l’attention du prince Al-Walid ben Talal avec son documentaire « Women Without Shadows » (« Femmes sans ombre »). Aujourd’hui le prince, également propriétaire et dirigeant du puissant groupe de communication Rotana, a coproduit Wadjda notamment avec la télévision publique allemande. En l’absence de salle, le film ne sortira pas en Arabie Saoudite, mais sera probablement diffusé en DVD et sur les chaînes payantes de la télévision.

Haifaa Al Mansour a tourné son film dans les rues de la capitale saoudienne Riyad, espace normalement séparé entre les femmes et les hommes, avec des actrices et des acteurs exclusivement saoudiens. Un véritable défi pour la réalisatrice qui a parfois dû diriger son équipe cachée dans un van et munie d’un talkie-walkie ! « J’ai considéré ces difficultés comme un challenge et les ai transformées en énergie positive. Il fallait préparer chaque plan pour que le tournage soit précis », explique-t-elle. La construction est soignée, le film sans lourdeur. De petites touches d’humour éclairent le récit porté par des actrices rayonnantes et naturelles. Sans jamais être moralisateur le film de Haifaa Al Mansour donne une belle leçon de cinéma !

 

Sortie nationale le 6 février 2013. Wadjda sera présenté en avant-première, et en présence de la réalisatrice Haifaa Al Mansour, lundi 21 janvier à La Rochelle, mardi 22 à Nantes et mercredi 23 à Lille.
Salles et horaires sur le site du distributeur français.

Wadjda a reçu le prix du meilleur film art et essai au Festival de Venise 2012, le Muhr (étalon) du meilleur long métrage arabe et le prix d’interprétation féminine pour Waad Mohammed (Wadjda) au festival du film de Dubaï en 2012.

La bande-annonce :

https://vimeo.com/55443879

 

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3 commentaires

christine gamita 21 janvier 2013 - 19:09

Et pas une avant-première à Paris ? et qu’est ce qu’elles font nos salles avant-gardistes ?

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Bribri 21 décembre 2013 - 19:54

A voir absolument!

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Bribri 21 décembre 2013 - 19:55

A voir absolument

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