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Prenons la Une, phase deux

par Arnaud Bihel

Le collectif de femmes journalistes se mue en association pour mieux accompagner les victimes de violences sexuelles dans les rédactions. Tout en poursuivant ses autres combats pour l’égalité femmes/hommes dans les médias, à l’heure d’une « prise de confiance ».


 

En mars 2014, des femmes journalistes créaient le collectif Prenons la Une, pour en finir avec la sous-représentation des femmes dans les médias et les stéréotypes sexistes. Quatre ans plus tard, le collectif « décide de se mettre en ordre de marche et de se constituer en association ». Ce changement de statut doit être acté le 23 janvier. Prenons la Une sera ainsi en mesure « d’accompagner dans leurs démarches juridiques les femmes journalistes victimes d’agressions sexuelles ou de harcèlement dans les rédactions », expliquent ses membres dans un communiqué.

Si en France, quelques femmes journalistes « ont eu le courage de dénoncer leurs agresseurs, notamment au sein des rédaction de La Chaîne Parlementaire et de Radio France », note Prenons la Une, les témoignages publics restent rares. Mais le collectif assure avoir connaissance de plusieurs autres cas d’agression ou de harcèlement sexuel. « Certains nous ont été rapportés indirectement, d’autres très directement », témoigne pour les Nouvelles NEWS sa porte-parole Aude Lorriaux. La future association aura donc pour rôle d’« accompagner et conseiller ces femmes dans des démarches juridiques souvent usantes et décourageantes », et si besoin de se constituer partie civile.

« Si le silence reste la règle, c’est en partie parce que la précarité dans le milieu des médias touche avant tout les femmes », rappelle Prenons la Une. « Tant que le plafond de verre empêchera l’évolution des femmes journalistes vers les postes de pouvoir dans les médias, tant que les inégalités salariales continueront de les frapper, les situations de harcèlement et de violence sexuelle continueront d’être fréquentes ».

Ce plafond de verre et ces inégalités salariales, les femmes journalistes du Parisien, de L’Obs puis de La Provence les ont publiquement dénoncés ces derniers jours. Prenons la Une « applaudit » ces prises de parole, « un beau signal de sororité », se réjouit Aude Lorriaux qui appelle les femmes journalistes à se mobiliser plus encore. « Quelque chose est en train de se passer. On assiste à une prise de confiance (car la prise de conscience était déjà là), à la fin de l’acceptation de ces inégalités ».

Quand le collectif s’était constitué, en 2014, il réclamait notamment le conditionnement de l’attribution des aides à la presse au respect des lois sur l’égalité professionnelle. Et « c’est une question toujours d’actualité », souligne Aude Lorriaux. Il en est de même d’une autre de ses revendications : la mise en place dans les écoles de journalisme de modules de formation sur l’égalité professionnelle et la lutte contre les stéréotypes. « C’est le moment d’avancer sur ce sujet », estime la porte-parole de Prenons la Une.

Car, tout en se renforçant pour agir face aux violences sexuelles, Prenons la Une entend bien mener de front ses autres combats : « lutter pour une meilleure représentation des femmes dans les médias, augmenter le pourcentage d’expertes qui stagne autour de 18%, prôner un meilleur traitement médiatique des violences faites aux femmes ». Si, sur ces derniers points, les récentes promesses de l’AFP sont un autre signal positif, la route est encore longue. « Toutes les bonnes volontés sont les bienvenues », conclut Aude Lorriaux qui « appelle les femmes de toutes les rédactions à rejoindre l’association »,

 

 

Dans son communiqué, Prenons la Une rappelle aussi que « rigueur et déontologie sont essentiels, alors que le débat français se crispe autour des questions de viol et de harcèlement. » Une référence indirecte aux récents remous provoqués par la tribune publiée dans Le Monde. Prenons la Une « rappelle la nécessité du fact-checking, même dans les tribunes exprimant une opinion individuelle » [NDRL : c’est la méthode employée par Les Nouvelles NEWS quand nous avons interrogé une des autrices de cette tribune, Peggy Sastre], ainsi que « l’importance de l’expression des points de vue pluriels au sein des mouvements féministes en France, et dénonce le recours, notamment en télévision et radio, à des invité-e-s plus à même d’attiser les incompréhensions que de faire avancer la discussion ». Un recours aux « bonnes clientes » que nous dénoncions également dans notre dernier édito.

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