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Un prix des droits de l’Homme pour l’Égyptienne Ragia Omran

par De profundis
Omran

Ragia Omran. Credit: Lilian Wagdy /cc by 2.0

Cette avocate égyptienne, féministe et spécialisée dans les droits humains, est la lauréate 2013 du prix Robert F. Kennedy.


 

« Courageuse et dévouée, Madame Omran est souvent la première à arriver sur place dans les prisons, commissariats ou tribunaux », explique Kerry Kennedy, président du Centre Robert F. Kennedy pour la Justice & les Droits de l’Homme (Centre RFK). Cette organisation basée à Washington, a décerné mardi 2 juillet son prix annuel 2013 à Ragia Omran, avocate et féministe égyptienne.

« Des centaines d’activistes pacifiques lui doivent leur libération, la protection de leur droit d’association et de leur liberté d’expression. [Omran] est un flambeau d’espoir pour les femmes égyptiennes et une championne dans le mouvement des droits de l’Homme. »

Selon le centre, le prix qu’il décerne depuis plus de 30 ans récompense les « journalistes, auteurs et activistes des droits de l’Homme qui, souvent aux prix de grands risques et sacrifices personnels, sont en première ligne du mouvement international pour les droits humains et la justice sociale. »

Sélectionnée par le Centre RFK parmi 100 nominés, Ragia Omran se bat depuis deux décennies en Égypte pour les droits des femmes et les droits humains en général. En 1994 elle a mené une campagne victorieuse pour stopper la pratique des mutilations génitales féminines dans les hôpitaux publics.

Plus récemment, elle a pris part au soulèvement populaire en Égypte, lançant une campagne influente pour faire avancer les droits de l’Homme dans le pays. Son mouvement Almasry Alhurr cherche à promouvoir une bonne gouvernance sur le long terme, la participation du peuple et la transparence.

Engagée contre les violences militaires

D’autres groupes de défense des droits de l’Homme ont également reconnu le mérite d’Omran, soulignant en particulier ses accomplissements récents.

« Elle a fait un très bon travail, surtout depuis 2011 » témoigne Joe Stork, responsable de Human Rights Watch pour le Moyen-Orient. « Elle s’est particulièrement engagée pour la défense des manifestants dans les tribunaux militaires. »

En tant qu’avocate, Omran a représenté des centaines de manifestants dans des tribunaux militaires, défendant leur droit à protester publiquement contre la répression gouvernementale. Elle fait aussi partie du Front pour la défense des manifestants d’Égypte, un réseau juridique pour la protection des militants, et de la Fondation Nouvelle Femme, qui défend l’inclusion des femmes en politique et leurs droits reproductifs.

Elle est également membre du Centre juridique Hisham Mubarak – qui représente les victimes de tortures et d’autres mauvais traitements de la part du gouvernement – et de la campagne « Non aux procès militaires pour les civils », qui tente de stopper la sujétion des civils à des tribunaux militaires.

« Le travail des militants des droits de l’homme demeure crucial en ces temps de troubles politiques en Égypte » déclare le Centre RFK dans son annonce.

Un bouclier de reconnaissance

Interrogé par IPS, Santiago Canton, directeur du programme des droits de l’Homme du centre RFK, souligne l’enjeu géopolitique qui accompagne ce prix décerné à Ragia Omran. « Elle fait un travail crucial dans un pays qui traverse un temps difficile et important ».

L’Égypte connaît actuellement de graves troubles sociaux et politiques : son armée a lancé un ultimatum au président Mohammed Morsi ; il a jusqu’à mercredi pour prendre le contrôle d’une situation politique qui ne s’est jamais stabilisée depuis les élections de l’an dernier.

Ce que l’armée va faire si le président échoue demeure incertain, mais l’ultimatum souligne le manque de stabilité démocratique et le degré de contrôle militaire toujours présent en Égypte.

Les droits des femmes ont été une composante centrale du mouvement démocratique et laïque égyptien. Les abus sexuels de manifestantes ont également attiré l’attention sur la question du genre dans le mouvement pro-démocratie local. Human Rights Watch vient justement de dénoncer la toute récente vague de violences sexuelles (Voir : Au Caire, au moins 91 agressions sexuelles en 4 jours).

Le Centre RFK a une réputation bien établie de soutien matériel et politique de ses lauréats, qui dure bien des années après la réception du prix. Ragia Omran va recevoir une somme d’argent inconnue dans le cadre de la récompense, mais Santiago Canton souligne qu’elle aura également d’autres bénéfices.

Le centre va par exemple la soutenir dans ses objectifs en militant à ses côtés et en lui fournissant les ressources dont elle a besoin. Par ailleurs, pronostique le responsable du Centre RFK, l’attention attirée par le prix agira comme un bouclier contre les menaces des autorités que son travail dérange.

« Le prix garantit une reconnaissance qui lui procurera une protection supplémentaire, puisqu’elle continue son travail hors du commun à ses propres risques », explique Santiago Canton, évoquant des exemples de l’histoire du prix où cette reconnaissance supplémentaire a payé.

Et de citer de précédents lauréats, tels que Zbigniew Bujak et Adam Michnik (distingués en 1986), leaders d’un mouvement clandestin polonais persécutés par la police secrète, ou Amilcar Mendez Urizar (lauréat en 1990), un militant guatémaltèque dont le travail lui avait valu des menaces de mort de la part de personnes haut-placées.

Ragia Omran recevra officiellement son prix en novembre, durant une cérémonie à Washington. Il lui sera remis par la veuve de l’ex-sénateur américain Robert F. Kennedy, d’après qui la récompense est nommée.

© 2013 IPS-Inter Press Service

 

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