Accueil Politique & Société Prix Goncourt et Renaudot : encore des hommes, la barbe !

Prix Goncourt et Renaudot : encore des hommes, la barbe !

par Arnaud Bihel

GoncourtLe groupe d’action féministe La Barbe s’est invité à l’attribution des Prix Goncourt et Renaudot 2013. Avec 100 lauréats sur 110 pour le Goncourt et 75 hommes sur 87 pour le Renaudot, les Barbues ont dénoncé l’invisibilité des écrivaines. Reportage en immersion.


 

 

En cette semaine dûment attendue de remise des prix littéraires, écrivains, mondains et journalistes se sont donné rendez-vous lundi 4 novembre rue Gaillon à Paris, au restaurant Drouant. Tous sont venus connaître le nom des vainqueurs 2013 des Prix Goncourt et Renaudot. Une cohue générale dans laquelle s’est fondu le groupe d’action féministe La Barbe, pour dénoncer l’oubli des femmes dans l’attribution des prix littéraires. « Sur 648 prix littéraires décernés au total depuis le début du XXe siècle, 84% ont été attribués à des écrivains hommes, soit 544 virils lauréats », rappelle un communiqué du groupe d’action.

« Je me sens comme ma grand-mère à la veille de Noël ! »

« A quelle heure il faut qu’on y soit ? »… Avant leur entrée remarquée au sein du prestigieux restaurant Drouant, les membres de La Barbe se retrouvent au 41 rue Saint Augustin pour les derniers préparatifs de l’action. Partagées entre excitation, stress, et conviction. « On a qu’à dire que je suis enceinte pour entrer ! Pardon, laissez passer ! », propose Blandine. « Je me sens comme ma grand-mère à la veille de Noël », se réjouit Veronica. « Dès 21h30, elle voulait aller à l’Église ! » Toutes arrivent les unes après les autres dans ce café situé à une dizaine de mètres seulement du lieu de remise des prix Goncourt et Renaudot. Marie-Hélène explique : « C’est une action adrénaline, celle-là. Le fait qu’il y ait autant de médias est un enjeu énorme. » Pour Delphine, qui vit là sa première action, « c’est le stress total ! » C’est elle qui est chargée de lire le tract une fois dans le restaurant. Une responsabilité que la jeune femme ne prend pas à la légère.

« Il y aura donc deux groupes dans le restaurant. Si le premier bataillon se fait virer, le deuxième prend le relais et met sa barbe », déclare Anne-Marie, cheffe de l’action pour le Goncourt. Coupée par le bruit d’une trompette – sa sonnerie de téléphone portable – Anne-Marie n’en reste pas moins imperturbable. Et multiplie les conseils et autres bons tuyaux aux nouvelles recrues. « Si tu te plantes, lance-t-elle à Delphine, tu ne t’es pas plantée ! On s’en fiche, au pire tu enchaînes. » Une dernière recommandation avant de filer pour la levée de rideau.

100 sur 110 prix Goncourt remis à des hommes

Au Drouant, se frayant un chemin entre les caméras et micros plantés devant l’escalier où le nom du vainqueur doit être annoncé, les Barbues entrent en action, Delphine en cheffe de file. « 110 ans, quel bel âge ! Oh ! Nous entendons qu’il vous est fait quelque reproche, celui insignifiant de privilégier année après année vos virils pairs », ironise d’une voix posée la nouvelle venue.

Il est vrai que depuis 1903, sur les 110 prix remis par le jury du Goncourt, 100 ont été décernés à des auteurs masculins. Un de plus pour l’année 2013 puisque le Goncourt vient d’être remis à Pierre Lemaître, pour Au revoir là-haut, publié chez Albin Michel. En ce qui concerne le Prix Renaudot, ce sont 75 auteurs masculins qui ont obtenu le prix sur les 87 remis. Des lauréats masculins auquel vient s’ajouter Yann Moix, qui a obtenu le Prix 2013 pour son roman Naissance, aux éditions Grasset. Les jurés du Prix Goncourt (7 hommes sur 10 membres) et du Prix Renaudot (8 hommes sur 9 membres) perpétuent donc la tradition de la littérature au masculin. Un constat qui ne surprend même pas Anne-Marie. « On n’espérait même pas un autre palmarès », confie la Barbue.

La seule femme qui était encore en lice pour le prix Goncourt, Karine Tuil, a quant à elle élégamment félicité les vainqueurs des deux prix sur les réseaux sociaux.

Tuil

Pas suffisamment de femmes dans le jury

Dans la salle, peu semblent partager les convictions de La Barbe. Si Philippe Valette, écrivain amateur, « ne pense que du bien de ce type d’action », il peine à expliquer les raisons du peu d’attribution de ces prix à des femmes. « Est-ce que les hommes sont plus talentueux que les femmes ? Pas forcément. C’est vrai qu’il n’y a pas assez de femmes dans le jury. Peut-être que cela explique pourquoi il n’y a pas beaucoup de femmes qui ont eu le Goncourt. » Avant de conclure : « On pourrait étendre cette action aux éditeurs car ce sont en règle générale toujours les mêmes qui obtiennent le prix. ».

Les Barbues, elles n’hésitent pas à dire « Bravo au viril vainqueur ! » en guise de conclusion lors de l’annonce des lauréats. Le journaliste Frantz-Olivier Giesbert, chargé d’annoncer le vainqueur du prix Renaudot, ne semble pas perturbé par ces revendications. D’autres ont semblé plus irrités par l’action, allant jusqu’à comparer les Barbues à des « talibans » selon ce qu’a entendu Anne-Marie. Des talibans qui militent avec humoiur pour davantage d’égalité entre femmes et hommes, on en redemande.

 

A lire aussi :

Prix littéraires : le Goncourt… et deux femmes

Le Goncourt se masculinise à nouveau

La couverture masculine de la critique littéraire

 

Photo © Marie Lévêque

Partager cet article

A VOUS DE JOUER

o Vous appréciez nos articles ?
o Vous voulez partager l’information pour que tout le monde ouvre les yeux sur l’inégalité des sexes ?
o Vous considérez que l’égalité dans les médias est la mère de toutes les batailles pour l’égalité ?
o Vous savez qu’un journal indépendant et de qualité doit employer des journalistes professionnels ?
Si vous avez répondu oui à une de ces quatre questions, faites un don pour financer l’information. Ce don est défiscalisé à 66 %. (Un don de 50 € vous coûte en réalité 17 €)

JE FAIS UN DON

11 commentaires

11 commentaires

Eric 6 novembre 2013 - 08:48

Ca va plus vite de se faire une culture féministe (je fais deux colonnes et je compte) que de se faire une culture littéraire.
Un prix qui décide d’appliquer des quotas, quels qu’ils soient (sexe, couleur de peau ou autres) se tire une balle dans le pied, étant donné que 95% des romans majeurs sont écrits par des hommes blancs. Un jury qui laisse filer les meilleures œuvres sape le prestige et l’autorité du prix qu’il décerne.

Répondre
isabelle germain 6 novembre 2013 - 09:31

Eric,
vous nous abreuvez de commentaires ridicules, à la limite de l’insulte et je reçois régulièrement des demandes pour supprimer vos invectives, voire vous bloquer. Je ne le fais pas toujours car vous avez l’art de rester dans les limites de la loi et surtout parce que je trouve intéressantes les contorsions de raisonnement que vous faites pour argumenter en faveur de la domination masculine tout en prétendant défendre la raison, la logique ou autre. C’est du grand art. Je suis pour la liberté d’expression, ce qui suppose la liberté de dire des énormités comme vous le faites. Mais pour je suis pour la liberté d’expression de tous et de toutes. Pour que tous les points de vue puissent s’exprimer. Ailleurs, ce sont des points de vue proches des vôtres qui s’expriment, ici, ce sont très majoritairement des points de vue opposés aux vôtres et j’encourage nos lectrices et lecteurs à continuer à vous dire le bien qu’ils pensent de vos commentaires. et je commence pour cet article : « 95% des romans majeurs sont écrits par des hommes blancs » qu’est-ce qu’un roman majeur? aux yeux de qui ? qu’est-ce qu’un homme blanc, dans quelles statistiques ? 95 % … pas trouvé dans l’INSEE. Vous dites vraiment n’importe quoi

Répondre
Parisienne 7 novembre 2013 - 07:56

Les Prix
Litteraires les plus importants sont un « entre soi » qui
recompensent un peu le talent et beaucoup les reseaux, les amities,
l’entregent. Les femmes ne sont pas ( pas encore, pas toujours ) rompues
à ces subtilités. Ca viendra. Et beaucoup d’ecrivains
contemporains majeurs sont des femmes

Répondre
Cyrille 7 novembre 2013 - 09:43

Eric,
D’abord renseignez vous : la littérature, au sens large, traitant du féminisme et de l’égalité femmes hommes est abondante et tient en plus de deux colonnes.
Ensuite l’article ne parle pas du fait que des livres féministes ne sont pas récompensés par le Goncourt et le Renaudot, mais que les femmes y sont peut représentées. Peut être est ce une information qui vous aura échappé mais les écrivaines ne produisent pas uniquement des ouvrages sur le féminisme!!

Répondre
florence 7 novembre 2013 - 11:10

Moi le personnage Eric je l’aime bien.. certes il tourne un peu en boucle autour de son idée fixe, mais qui n’a jamais souri en regardant un chien tourner autour de lui-même en essayant de s’attraper la queue ?

Répondre
09 Aziza 7 novembre 2013 - 18:44

« Eric » semble sévir sur d’autres sites, où il émet également des opinions traditionalistes, et bouffe l’énergie des internautes , hommes et femmes, qui veulent vraiment réfléchir.
Il s’agit, à mon avis , d’une tactique pour empêcher les échanges constructifs dans les sites « progressistes », et je pense , Isabelle, que ce serait bien de nous accorder une petite pause de sa littérature…

Répondre
Eric 8 novembre 2013 - 01:43

« car vous avez l’art de rester dans les limites de la loi »

J’ai toujours été un garçon sage.

« C’est du grand art »

Vous voyez qu’il existe des critères objectifs au talent.

Répondre
isabelle germain 8 novembre 2013 - 06:18

« Eric »
« car vous avez l’art de rester dans les limites de la loi »

J’ai toujours été un garçon sage.

« C’est du grand art »

Vous voyez qu’il existe des critères objectifs au talent.

je ne prétends pas à l’objectivité

Répondre
isabelle germain 8 novembre 2013 - 06:21

« 09 Aziza »
« Eric » semble sévir sur d’autres sites, où il émet également des opinions traditionalistes, et bouffe l’énergie des internautes , hommes et femmes, qui veulent vraiment réfléchir.
Il s’agit, à mon avis , d’une tactique pour empêcher les échanges constructifs dans les sites « progressistes », et je pense , Isabelle, que ce serait bien de nous accorder une petite pause de sa littérature…

je crois malheureusement, vu l’état des mentalités, qu’il est constructif d’argumenter contre un Eric. Nous sommes loin d’avoir déconstruit les fausses évidences qu’il balance à longueur de post… Merci pour vos contributions

Répondre
Meg 8 novembre 2013 - 09:06

Oui c’est important de se coltiner même sur les espaces féministes encore et toujours les mêmes machos haineux qui viennent nous dire que nous sommes des êtres inférieurs, c’est pas comme si des Eric on s’en coltinais au quotidien et qu’ils avaient le casi monopole des commentaires sur le web et dans la presse. Il faut prendre soin de ces pauvres mecs et ne discuter que selon les désidératas d’Eric. En tout cas je serais bien contente le jour ou ce commentateur sera banni. Et par rapport aux limites de la loi, vu le peu de cas que fait la loi des discriminations à l’encontre des femmes, autant dire qu’eric n’est pas près de l’enfreindre. Le lire quotidiennement ici me dégoûte de lire les commentaires, son discour de merde je le subit depuis ma naissance et je ne viens pas sur les nouvelles news pour me faire insulter chaque matin.

Bon pour parler un peu de ces prix littéraires vu que c’était mon intention de départ. Je voulais faire suivre cette pétition http://www.petitions24.net/retirer_le_prix_renaudot_a_gabriel_matzneff_militant_pro_pedophil
Non seulement le prix renaudot célèbre un homme bourgeois vieux et blanc mais en plus un pédophilie notoire va recevoire de l’argent et une vaste couverture médiatique. Bravo au jury.

Répondre
florence 8 novembre 2013 - 13:53

« isabelle germain »

« 09 Aziza »
« Eric » semble sévir sur d’autres sites, où il émet également des opinions traditionalistes, et bouffe l’énergie des internautes , hommes et femmes, qui veulent vraiment réfléchir.
Il s’agit, à mon avis , d’une tactique pour empêcher les échanges constructifs dans les sites « progressistes », et je pense , Isabelle, que ce serait bien de nous accorder une petite pause de sa littérature…

je crois malheureusement, vu l’état des mentalités, qu’il est constructif d’argumenter contre un Eric. Nous sommes loin d’avoir déconstruit les fausses évidences qu’il balance à longueur de post… Merci pour vos contributions

pourquoi s’embêter à les déconstruire puisque elles sont fausses et malveillantes ? Ce type de personnage ne mérite pas qu’on lui oppose le moindre argumentaire construit, de toute façon il s’en moque. Tout au plus s’en tenir à l’humour, l’ironie ou la dérision (selon l’humeur…) dans nos ripostes éventuelles, est déjà un exercice de style dont il vaut à peine qu’on s’y prête..

Répondre

Laisser un commentaire