Accueil Médias Dans les programmes pour enfants, le genre reste une contrainte

Dans les programmes pour enfants, le genre reste une contrainte

par vincimoz
Winx

« Winx Club », diffusé sur France 3

L’égalité et la représentation des filles dans les programmes pour enfants ? Peut mieux faire. C’est ce qui ressort d’une étude menée par France Télévisions, qui promet d’agir aussi dans ce secteur.


 

Dans le cadre du colloque sur la place des femmes organisé le 9 juillet, France Télévisions a redoublé de promesses sur l’égalité et la lutte contre les stéréotypes sur ses antennes (Voir : Parité : France Télévisions se pique de bonnes intentions). Parmi les champs d’action : les programmes pour enfants. France Télévisions a dévoilé lors de ce colloque une étude sur la place des filles et des garçons dans ces programmes.

Ont été étudiés 60 programmes pour enfants (la moitié destinés aux moins de 6 ans, l’autre aux 6-12 ans) coproduits par France Télévisions, ce qui représente 60% des programmes diffusés sur ses écrans. « Le bilan n’est pas parfait », résume Tiphaine De Raguenel, directrice des activités Jeunesse à France Télévisions.

Pour les programmes destinés aux moins de 6 ans, 28% des titres ont une référence féminine, et 38% une référence masculine. Le reste des titres étant sexuellement neutre.

L’écart est plus marqué pour les programmes destinés aux plus grands : 50% des titres sont masculins, 25% féminins.

Quant aux personnages principaux, il s’agit en majorité de garçons : autour de 60%. Et cinq séries pour les plus de 6 ans ne comportent aucun personnage féminin.

L’étude s’intéressait par ailleurs à la représentation des rôles : par exemple, les filles ont-elles une fonction de « petite maman » ? C’est plutôt bon signe : cette situation s’observe « relativement peu ».

En revanche, la répartition des rôles (les femmes étant cantonnées à la sphère domestique) est plus marquée chez les parents représentés dans ces programmes : seules 20% des mamans travaillent. Un chiffre à rapprocher de celui de l’étude menée par le Geena Davis Institute sur les films familiaux aux Etats-Unis  : dans ces films, 80% des personnages qui travaillent sont des hommes (Voir : Geena Davis et ONU Femmes analysent le sexisme dans les films pour enfants).

« Poser en principe la diversité des modèles »

Directeur délégué à l’animation de France Télévisions, Pierre Siracusa se dit « surpris et déçu » par les résultats de cette étude, car il avait « l’impression d’être parmi les bons élèves ». De quoi faire admettre la nécessité des comptages – qui au départ « a fait débat », admet Tiphaine de Raguenel – et la nécessité d’agir pour devenir un vrai bon élève.

En parallèle des mesures annoncées, le groupe France Télévisions promet de se pencher assidûment sur la question de l’égalité dans les programmes jeunesse. Pierre Siracusa en est conscient : ces programmes « participent à la structuration de l’univers de l’enfant » ; il est donc essentiel de « poser en principe la diversité des modèles ».

Les pistes d’action sont déjà défrichées : il s’agit en amont de « sensibiliser les équipes », et à l’image de mettre en avant « la révolte des filles contre les stéréotypes », ou encore de favoriser des groupes de héros mixtes. Les responsables des programmes jeunesse soulignent également leur volonté de « mettre en avant des personnages chez qui le genre n’est pas une contrainte », à l’image de la tortue Lulu Vroumette, ou de Nini Patalo un personnage qui devrait prochainement apparaître sur les écrans de France Télévisions.

Molly rebuterait les garçons

Mais les oppositions sont tenaces. Mettre en avant des héroïnes présente un « risque marketing », note Catherine Lottier, directrice adjointe de la veille et de la prospective programme chez France Télévisions. Prenez l’histoire de la coproduction, avec des japonais, d’un dessin animé d’action/science fiction, centré sur une héroïne, Molly, férue de mécanique. Les distributeurs français ont d’abord insisté pour que l’héroïne devienne un héros, raconte la productrice Eve Baron. Ils ont finalement cédé, mais pas sur cet autre point : hors de question que le dessin animé, qui devait s’appeler Molly, Star-Racer, contienne le prénom féminin Molly dans son titre. Le dessin animé s’est finalement nommé ?ban, Star-Racers. Pourquoi cette objection ? Un prénom féminin risquait de rebuter les garçons. Car si les filles sont largement susceptibles de pratiquer des activités, ou regarder des programmes « pour garçons », le contraire est bien moins vrai. Comme l’observait une récente étude : « une fille pourra se vanter d’avoir regardé un programme destiné aux garçons alors que le contraire ne se fait pas. »

 

A VOUS DE JOUER

o Vous appréciez nos articles ?
o Vous voulez partager l’information pour que tout le monde ouvre les yeux sur l’inégalité des sexes ?
o Vous considérez que l’égalité dans les médias est la mère de toutes les batailles pour l’égalité ?
o Vous savez qu’un journal indépendant et de qualité doit employer des journalistes professionnels ?
Si vous avez répondu oui à une de ces quatre questions, faites un don pour financer l’information. Ce don est défiscalisé à 66 %. (Un don de 50 € vous coûte en réalité 17 €)

JE FAIS UN DON

Laisser un commentaire