Messages au Sénat pour ne pas enterrer la loi sur la prostitution

par Arnaud Bihel

Senat

Lettre ouverte d’élus, pétition de Rosen Hicher, ancienne prostituée, après sa longue marche : les pressions se multiplient sur les sénateurs pour que le texte soit enfin examiné.


Le Sénat inscrira-t-il bientôt à l’ordre du jour la proposition de loi « renforçant la lutte contre le système prostitutionnel » ? La question a fait le tour des médias cette semaine. Grâce à une femme : Rosen Hicher. Cette femme qui s’est prostituée pendant 22 ans, et milite aujourd’hui pour l’abolition de la prostitution, a bouclé le 12 octobre une longue marche de 800 kilomètres. Une marche à travers la France au cours de laquelle pendant plus d’un mois, auprès des élus et médias locaux, des citoyens rencontrés, elle a fait passer son message. Et elle continue de le porter par le biais d’une pétition en ligne, adressée aux sénateurs et sénatrices.

Faire reculer la prostitution en France, « cela passe par une vraie politique pour venir en aide aux personnes prostituées, pour protéger les victimes et pour offrir des possibilités de s’en sortir et de se reconstruire. Cela passe aussi par la condamnation des clients sans aucun scrupule, qui achètent des corps, et des âmes, comme des objets », écrit-elle. D’où son vœu de voir le Sénat examiner enfin en séance la proposition de loi.

Début juillet, la commission spéciale du Sénat, chargée d’examiner le texte avant son passage en séance, en a retiré le volet relatif à la responsabilisation des clients. Mais il ne s’agissait là que d’une étape, parmi d’autres, du parcours parlementaire de la proposition de loi, déjà adoptée en première lecture (avec son volet clients) par les députés en décembre 2013 (Voir : Les clients de prostituées marquent un point au Sénat).

Si la question du client concentre les crispations (et son rejet par la commission ne signifie pas son enterrement définitif), le texte comporte une série d’autres dispositions, visant à améliorer l’accompagnement des personnes prostituées et à faciliter leur sortie de la prostitution, ainsi qu’à renforcer la lutte contre la traite des êtres humains et le proxénétisme.

Depuis juillet, le texte n’a pas trouvé sa place à l’agenda du Sénat pour son examen en séance. Sera-t-il enterré ? C’est la crainte de Rosen Hicher mais aussi de nombreux élus. Le 11 octobre, 200 maires et élus municipaux de tous bords signaient une tribune dans le JDD pour appeler le Sénat à « adopter rapidement un texte équivalent, ou renforcé, à celui adopté à une large majorité par l’Assemblée nationale ». Début septembre, déjà, la nouvelle secrétaire d’Etat aux Droits des femmes Pascale Boistard affirmait sa volonté de voir la proposition de loi inscrite à l’agenda du Sénat. Un vœu qui reste pour l’heure sans réponse.

Voir notre dossier : Prostitution… vers l’abolition ?

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