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« Proxima », couper le cordon

par Valérie Ganne

Dans « Proxima », l’astronaute Eva Green suit un entraînement physique intense avant de décoller pour une mission d’un an. Mais pour elle, le plus difficile est de quitter sa fille.

Concilier vie professionnelle intense et vie personnelle ? La réalisatrice Alice Winocour a choisi de traiter le sujet par le grand bout de la lorgnette : maman est astronaute, elle va partir pour un voyage d’un an en fusée.

Ce point de vue décalé sur une profession rare et prestigieuse est la principale originalité de « Proxima » (du nom de la mission vers Mars) : une fiction française sur les astronautes est déjà un cas rare, mais l’héroïne est ici une femme confrontée à la séparation avec sa fille de 8 ans. Loin de chercher à cantonner Sarah (magnifiquement interprétée par Eva Green) dans son rôle de mère, « Proxima » souligne une difficulté qu’elle avait sous-estimée : laisser sa fille, et plus largement laisser la terre. En parallèle l’héroïne livre un intense combat contre elle-même pour suivre les entraînements à un rythme intense et surtout parvenir à accueillir sa souffrance de séparation.

L’aspect documentaire est sans doute la partie la plus réussie : le tournage a eu lieu à l’agence spatiale européenne à Cologne, à Star City en Russie jusqu’au Cosmodrome de Baïkonour au Kazakhstan, les préparatifs et travaux sur les corps des astronautes sont basés sur une documentation précise, la réalisatrice ayant travaillé à l’écriture avec l’aide de l’agence spatiale européenne. Le spectateur suit Sarah tout au long de son parcours jusqu’au jour du décollage, alternant avec le point de vue de sa fille, la petite Stella, qui glisse de la peur à la rancœur puis à l’admiration.

Vous l’aurez compris, ceci n’est pas un film d’aventure dans l’espace, plutôt un voyage intérieur avant le décollage. Les femmes représentent 10% des astronautes : le générique de fin de « Proxima » nous offre des photos d’astronautes féminines de tous les pays du monde, avec leurs enfants, qu’on découvre avec plaisir… On ne les connaissait pas si nombreuses.

« Proxima » d’Alice Winocour (France, 1h46), avec Eva Green, Matt Dillon, Zélie Boulant-Lemesle, Sandra Hüller. Produit par Dharamsala, distribué par Pathé, sortie le 27 novembre 2019.

Alice Winocour

« Proxima » est le troisième film de la réalisatrice. Le premier, « Augustine » (2012) évoquait l’hystérie féminine à travers le portrait d’une patiente du docteur Charcot qui reprenait sa liberté. Le deuxième, « Maryland » (2015), un thriller d’action, avait pour héros un soldat de retour d’Afghanistan victime de stress post traumatique. Alice Winocour a aussi participé au scénario du magnifique premier film de Deniz Gamze Ergüven, « Mustang » en 2014.

« Mon désir principal était de montrer une super-héroïne et une mère, dans le même corps. Le cinéma ne représente pas souvent ces deux états dans un même corps, comme si héroïne et mère étaient incompatibles. Les super-héroïnes sont toujours détachées des questions de maternité ou de féminité quotidienne. Une femme de la NASA m’a dit que son meilleur enseignement pour devenir astronaute avait été d’être mère ! Parce qu’une mère accomplit de multiples tâches en même temps. Une entraîneuse de l’Agence Spatiale Européenne m’a confié que les astronautes hommes sont très fiers de parler de leurs enfants alors que les astronautes femmes ont plutôt tendance à cacher qu’elles sont mères comme si elles craignaient que ça les décrédibilise. Il y a cette idée dominante, qui est une construction sociale, selon laquelle la responsabilité d’un enfant incombe plus à la mère. C’est la question féministe évoquée dans le film, montrer qu’une femme peut être à la fois une mère et une professionnelle de haut niveau. »

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