Accueil SagaPortrait Quand les femmes de chambre des palaces font évoluer le droit du travail

Quand les femmes de chambre des palaces font évoluer le droit du travail

par Arnaud Bihel

En Grèce, les femmes de ménage limogées par la rigueur ont pris la tête de la contestation contre l’austérité. En France, elles bataillent depuis des mois, en faisant grève ou en manifestant contre leur mode d’emploi via la sous-traitance qui leur impose des surcharges de travail, des conditions de travail éprouvantes et des salaires dérisoires. Elles veulent être employées directement par les palaces où elles exécutent leur charge. Déjà, dans certains groupes de luxe, elles ont en partie obtenu d’être rattachées directement aux hôtels où elles officient, infléchissant ainsi le droit du travail.

FemmesChambre

Article initialement publié sur Terriennes / TV5 Monde. Par Bénédicte Weiss, texte et photos ©

 

« Nettoyage ! Esclavage ! » et d’autres slogans ont été scandés pendant la manifestation pour démontrer les difficultés rencontrées par ces femmes dans leur métier. Dans la matinée du vendredi 6 juin 2014 en plein cœur de Paris, devant le palace cinq étoiles Park Hyatt Paris-Vendôme, un client discute avec un voiturier avant de sauter dans un véhicule. Tout à côté, sur le perron de cet immeuble-palace aux balcons herbagés, gardé par des portiers à cravates et vestes sombres, une centaine de femmes et quelques hommes arborant des drapeaux rouges des syndicats CGT (gauche proche du Parti communiste) et CNT (héritière de l’anarcho-syndicalisme) se rassemblent. Ils sont femmes de chambre, valets, agents de ménage, ou encore équipiers, au Park Hyatt Paris-Vendôme et dans d’autres grands hôtels parisiens.

Leur mot d’ordre se résume en une banderole blanche, tendue en tête de cortège : dire « Non à la sous-traitance dans l’hôtellerie ». Tous ces employés, pour la plupart des femmes immigrées, frottent, nettoient, briquent et font les lits dans de grands hôtels, mais sans en être les salariés. Ce sont des entreprises sous-traitantes qui les embauchent. Avec à la clé, selon les femmes de chambre rencontrées et les syndicats, des manquements réguliers au droit tandis que ce travail est pénible. « Quand les femmes de chambre prennent leur retraite elles sont toutes bousillées », soupire l’une d’elles.

Les lignes bougent…

Dès septembre 2013, en colère contre cette situation, les femmes de chambre et les valets du Park Hyatt Paris-Vendôme font grève pendant six jours. Ils demandent, entre autres, leur intégration au sein du personnel d’Hyatt. Et obtiennent un 13e mois, la suppression des clauses de mobilité et le passage à temps-plein de plusieurs personnes, mais pas le changement d’employeur. Ils dépendent alors de la société La Française de services (Voir : Le must-have automne-hiver : des contrats décents pour les femmes de chambre).

Trois mois plus tard, en janvier 2014, la sous-traitance du ménage passe à une nouvelle structure, Luxe et Traditions. Pourtant, selon Debora Follot, déléguée syndicale CGT et femme de chambre dans l’hôtel, la situation ne va pas en s’améliorant : « Tous les mois, il y a des soucis. Par exemple, les frais de transport ne sont pas remboursés ou les arrêts maladie, pas traités à temps. Les conditions de travail restent malgré tout les mêmes… »

Les mêmes, c’est-à-dire courir entre les chambres de grand standing, se mettre à genoux pour nettoyer le sol, la baignoire, faire le lit au carré, nettoyer des baies vitrées, briquer des robinets… Cela vite, efficacement, sans penser à ses articulations douloureuses, pour environ 1300 euros le mois primes comprises. « Ce n’est même pas la valeur d’une chambre chez nous », soupire la jeune femme. Pour dénoncer ces « soucis », Debora Follot et ses collègues ont déjà effectué deux jours de grève depuis le changement de sous-traitant. Contactée, la direction de Luxe et traditions ne souhaite pas communiquer sur le sujet.

Non à la sous-traitance, oui à l’intégration

Erreurs dans les fiches de paie, surcharge de travail, heures supplémentaires non payées, métier usant… Quel que soit l’hôtel dans lequel elles travaillent ou leur employeur, les femmes de chambres rencontrées font le même récit. Alors, rien d’étonnant qu’elles soient nombreuses à être venues ce 6 juin devant le Park Hyatt Paris-Vendôme. Avec leurs collègues masculins, pendant près de deux heures, elles marchent aux cris de « Nettoyage ! Esclavage ! » ou « Non, non, non ! A la sous-traitance ! »

Lire la suite sur le site Terriennes de TV5 Monde

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