Après le témoignage d’une femme violée par un homme placé sous obligation de quitter le territoire français (OQTF) sur BFMTV, il n’a fallu que quelques heures à l’extrême-droite pour récupérer cette affaire.

Le récit de Claire, 26 ans, a fait le tour des plateaux de télévision. Victime de viol, elle a témoigné sur le plateau de BFMTV le lundi 18 décembre, pour raconter son histoire. Son agresseur, qui avait fait une autre victime une heure plus tôt, a menacé de la tuer si elle n’obéissait pas. Un viol dans un hall d’immeuble parisien. Claire fait partie des 94 000 femmes qui sont victimes de viol ou de tentatives de viol chaque année en France.
Sur le plateau de BFMTV, elle indique que son agresseur est un homme d’origine centrafricaine, et sous le coup d’une OQTF, c’est-à-dire une Obligation de Quitter le Territoire Français. En clair, il est censé être expulsé par l’Etat français. « C’est important d’en parler, ce n’est pas notre faute. Si les femmes n’en parlent pas, ça va continuer », martèle la jeune femme, qui ajoute trouver « compliqué » de demander l’aide à une association et qui souhaite « faire bouger les choses d’un point de vue politique » pour que les OQTF soient appliquées. « Ce n’est pas normal, ce n’est pas un sujet qu’on doit laisser passer », a-t-elle ajouté.
Il n’aura fallu que quelques heures pour que les médias conservateurs, de BFMTV à CNews en passant par Le Figaro, s’emparent du sujet et déroulent des plateaux d’experts. Des experts des violences sexistes et sexuelles ? Non plutôt des auto-proclamés « experts » de l’immigration. Dans son témoignage, Claire dit espérer des réponses fortes de l’Etat, qui selon elle « n’a pas fait son travail », pour que ce qu’elle a vécu n’arrive pas à d’autres femmes. L’affaire prend donc des airs de bataille aux relents racistes et xénophobes. Les mêmes qui défendaient Polanski, Patrick Poivre d’Arvor ou Depardieu montent au créneau pour dénoncer un viol parce qu’il a été commis par un étranger sous OQTF. La machine de l’instrumentalisation est lancée.
Sur BFMTV, un « débat » face à Thaïs d’Escufon
En plein vote de la loi Immigration à l’Assemblée Nationale, l’affaire semble être une occasion inédite pour la droite et l’extrême-droite pour prouver la nécessité d’un contrôle plus strict de l’immigration. C’est ainsi que les plateaux télés commencent à inviter une personnalité issue de cette extrême-droite raciste et masculiniste, en la personne de Thaïs d’Escufon. Ex-porte parole du groupuscule Génération Identitaire, dissous en 2021, cette « influenceuse politique » agit désormais sur les réseaux sociaux, multipliant les contenus antiféministes et xénophobes. De ses conseils de séduction sur Internet, elle est désormais invitée sur le plateau de BFMTV, face Violaine De Filippis, porte-parole de l’association féministe Osez Le Féminisme. Féminisme et masculinisme sont ainsi présentées comme deux opinions qui se valent et peuvent être mises face à face.
« Le principal danger pour les femmes, ce sont les hommes immigrés, africains, noirs et arabes !« , affirme Thaïs d’Escufon sur le plateau de BFMTV, quelques heures plus tard, à la faveur d’une autre invitation. Pour rappel, en 2010, Eric Zemmour qui déclarait que « la plupart des délinquants sont arabes et noirs » avait été sanctionné par le Conseil Supérieur de l’Audiovisuel et condamné pour provocation à la haine raciale en 2011. En 2023, Thaïs va plus loin, n’est pas interrompue par les journalistes présents et sera sûrement réinvitée pour d’autres émissions. Elle a d’ailleurs affirmé sur Twitter : « Le PREMIER danger pour les femmes en France, c’est l’immigration », continuant à marteler sa pensée raciste.
Sur la Toile biensûr, c’est aussi un déferlement de haine. Le collectif Nemesis, un groupe de « féministes identitaires » ne met en avant que les cas de violences sexistes et sexuelles perpétrés par des hommes issus de l’immigration ou racisés. Ce groupe n’a eu de cesse de prendre certaines militantes féministes à parti en dénonçant leur « manque de compassion » pour la victime, et pour réaffirmer leurs idées racistes. Dénonciation bien sûr farfelue destinée à décrédibiliser les associations qui luttent contre les violences sexuelles. Les féministes ont d’ailleurs été nombreuses à apporter leur soutien à la victime. Comme Sophia Sept, activiste Femen, qui est de tous les combats pour les droits des femmes.
Une invitation d’Eric Zemmour
La récupération politique de la part des partis d’extrême-droite s’est illustrée par une vidéo postée sur les réseaux sociaux par le président du petit parti Reconquête, Eric Zemmour. Dans ces presque 3 minutes de vidéos, Zemmour discute avec Claire, insistant sur la nationalité de son violeur, disant qu’il « n’avait rien à faire sur le sol français », avant de réitérer : « Vous me disiez qu’il était déjà sous le coup d’une OQTF, c’est ça ? Il devait être expulsé, c’est ça ? C’est un clandestin qui devait être expulsé ? ». Pour Eric Zemmour, c’est clair : c’est la chose à combattre, les violences sexuelles passent en second plan, d’autant que Zemmour lui-même a été accusé d’agressions sexuelles par 8 femmes.
Dans cette vidéo, Claire affirme que « trois quarts » des femmes victimes de viol le sont « par ce type d’individus » : une statistique fausse, comme l’ont rappelé de nombreuses militantes féministes. Selon les chiffres de la délégation de l’Assemblée nationale aux droits des femmes et à l’égalité des chances entre les hommes et les femmes sur le viol, l’agresseur est un proche de la victime dans 9 cas sur 10. Et dans 45% des cas, l’agresseur est le conjoint ou l’ex-conjoint de la victime. « Les crimes sexuels dans l’espace public par des inconnus existent et il n’est pas question de le nier. Je suis de tout coeur avec Claire comme avec toutes les victimes de violences sexistes. Mais il est faux d’affirmer que la majorités des crimes sexuels sont de cette nature » a déclaré la militante féministe et autrice Rose Lamy.
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