Reculs pour les femmes politiques au Canada

par Arnaud Bihel

MaroisLa part de femmes élues au Parlement du Québec passe de 33 à 27%.

Les Premières ministres de Provinces, qui étaient 6 il y a un an, ne sont plus que 2.


 

Pauline Marois et son Parti Québécois ont subi une large défaite, lundi 7 avril, lors des élections législatives anticipées que la Première ministre avait provoquées. Ces élections signent la fin du mandat de celle qui était devenue la première femme à la tête du Québec, en 2012, mais également un recul général des femmes élues.

Seuls 34 sièges sur 125 circonscriptions ont été remportés par des femmes. Un net recul par rapport aux élections en 2012 où elles étaient 41 élues. « Passer de 33 % à 27 % n’est pas acceptable », dénonce la Fédération des Femmes du Québec (FFQ).

« Examen de conscience »

« Force est d’admettre qu’il ne suffit pas d’élire une première femme à titre de première ministre pour que l’égalité soit une réalité », note encore la fédération, en appelant les principaux partis à faire « un examen de conscience (…) sur leur incapacité à présenter un nombre égal de femmes et d’hommes ».

Pour Alexa Conradi, présidente de la FFQ, « l’heure est venue pour l’adoption d’une réforme du mode de scrutin à la faveur d’un système proportionnel mixte qui comporterait des mesures pour assurer la parité ».

Seul le petit parti Québec Solidaire, qui a obtenu 3 élus (un homme et deux femmes) avait instauré la parité des candidatures. Le grand vainqueur des élections, le Parti libéral du Québec du nouveau Premier ministre Philippe Couillard, est celui qui présentait la plus faible proportion de candidates : 28 %. Et seules 25% de ses élues sont des femmes.

« Une place dérisoire aux priorités féministes »

Des résultats qui conduisent la Fédération des Femmes du Québec à s’inquiéter pour la place des femmes en politique. Même si Philippe Couillard a promis d’approcher une « zone de parité » dans son gouvernement. Celui de Pauline Marois ne comptait qu’un tiers de femmes.

La FFQ voit tout de même une bonne nouvelle dans les résultats de ces élections, sur un point : la défaite du Parti québécois marque la mort de la « Charte des valeurs », un texte sur la laïcité à la française, qui entendait encadrer le port du voile. Ce point divisait la Province et les mouvement féministes. Pour la FFQ, la charte « ne représentait pas un projet féministe inclusif ».

Pour autant, « la plupart des partis n’ont donné qu’une place dérisoire aux priorités féministes dans leur campagne », déplore Alexa Conradi. « Le nouveau gouvernement a offert une réponse laconique aux groupes féministes qui lui demandaient de s’engager sur des thèmes comme la conciliation travail-famille, la précarité de l’emploi, l’éducation sexuelle et égalitaire à l’école ou encore l’environnement et le bien commun », relève la FFQ.

6 Premières ministres il y a un an, 2 aujourd’hui

Sale année pour les femmes politiques, et pas seulement au Québec. En effet, il y a un an, 6 des 13 gouvernements provinciaux et territoriaux, représentant 87% de la population du Canada, étaient dirigés par des femmes (Voir : Femmes au pouvoir au Canada : un moment « historique »). Mais aujourd’hui elles ne sont plus que 2 à diriger une Province.

La cause en est la défaite électorale pour Pauline Marois ainsi que pour Eva Aaariak au Nunavut. Tandis qu’en Alberta, Allison Redford a dû démissionner en cours de mandat, de même que Kathy Dunderdale en Terre-Neuve-et-Labrador. Toutes deux ont été mises en cause pour leurs méthodes et poussées vers la sortie par leurs propres partis.

Kathleen Wynne, Première ministre de l’Ontario, préfère ne voir là qu’une contingence historique. « Nous verrons de plus en plus de femmes [dans des rôles de premier plan] si nous encourageons les femmes à s’engager en politique », a-t-elle déclaré au lendemain de la défaite de Pauline Marois. Mais elle-même n’est pas sûre de rester encore longtemps à son poste. A la tête d’un gouvernement minoritaire, Kathleen Wynne risque sa tête à l’occasion du vote sur le budget le mois prochain.

 

 

Photo : Pauline Marois au Congrès du Parti Québécois, avril 2011. Par Parti Québécois (officiel) sur Flickr

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