Accueil International La remise en cause de l’avortement « préjudiciable » au gouvernement espagnol

La remise en cause de l’avortement « préjudiciable » au gouvernement espagnol

par vincimoz

NuncaMasLa volonté de restreindre le droit à l’IVG ne passe pas en Espagne. C’est ce que laissent entendre deux sondages. Tandis que les socialistes veulent inscrire le sujet au centre de la campagne des élections européennes.


Le projet de réforme visant à restreindre drastiquement le droit à l’avortement plomberait-il le gouvernement espagnol ? C’est en tout cas ce qu’indique le quotidien El Pais.

Le journal (qui, il est vrai, se situe dans l’opposition) a publié samedi 11 décembre un sondage, dans la perspective des élections , prévues en 2015, selon lequel le PSOE, le parti socialiste d’opposition, est crédité de 33,5% d’intention de votes, contre 32% pour le PP, le parti de droite au pouvoir.

86% pour le libre choix

Ces chiffres, les premiers à donner une telle avance au PSOE depuis qu’il a largement perdu les élections de 2011, « suggèrent que la réforme de l’avortement est stratégiquement plus préjudiciable que bénéfique » au gouvernement du Premier ministre Mariano Rajoy. Selon un autre sondage publié par El Pais, 78% des Espagnols interrogés considèrent que la réforme n’est « pas nécessaire », 86% que « toute femme enceinte doit avoir le droit de décider librement si elle souhaite ou non poursuivre sa grossesse ».

La réforme qui limite strictement le droit d’accès à l’IVG (il ne serait plus possible que s’il y a eu viol ou si la santé physique ou psychique de la mère est menacé), présentée en décembre en conseil des ministres, doit être examinée au printemps par le Parlement espagnol. Elle divise jusque dans les rangs du PP, dont plusieurs députés réclament le droit de ne pas suivre la ligne du parti lors du futur vote de la loi.

Un sujet au cœur de la campagne des européennes

Le 1er février est prévue à Madrid une grande manifestation contre le projet de loi. Des délégations françaises s’y joindront, dans la lignée de la mobilisation qui s’est opérée depuis plusieurs semaines déjà, en Espagne et en Europe (Voir : IVG en Espagne et en Europe : retour en arrière).

En France, la ministre des Droits des femmes a souligné dimanche 12 décembre sur France 3 que le droit à l’avortement, au titre des « libertés fondamentales », devra faire partie du débat des prochaines élections européennes, en dénonçant les pressions d’« un certain nombre de lobbies très conservateurs ».

Une référence au projet de réforme espagnol, mais aussi à la récente position du parlement européen, qui a rejeté à une courte majorité un projet de résolution qui appelait notamment à garantir des services d’IVG « légaux, sûrs et accessibles à toutes dans le cadre des systèmes de santé publics des États membres » (Voir : Revers pour les droits des femmes au Parlement européen).

Déjà le 8 janvier, le président du Parti socialiste européen appelait à la mobilisation « pour les droits des femmes, en Espagne et ailleurs en Europe », soulignant également qu’il devrait s’agir d’un thème central de la campagne des élections européennes de mai prochain.

 

 

 

Photo : A l’initiative d’Osez le Féminisme, 300 personnes se sont déjà prises en photo avec un cintre et/ou des aiguilles à tricoter portant l’inscription « Nunca màs » (« Plus jamais » en espagnol), « en référence à des méthodes utilisées dans les pays dans lesquels l’avortement est illégal (ou restreint) ou l’était, comme en France avant la loi Veil. » L’album photos est accessible sur Facebook

 

7 commentaires

taranis 14 janvier 2014 - 08:38

La pénalisation de l’avortement affecte surtout les femmes jeunes, pauvres qui sont en situation de vulnérabilité. Ce sont surtout elles qui subissent les conséquences d’avortement à haut risque, ce qui en fait une question d’injustice sociale et de discrimination économique, sociale, ethnique entre autres. Ce sont les droits les plus intimes et fondamentaux parmi les droits humains, car ils portent sur la prise de décisions informées concernant des aspects fondamentaux de la vie : son corps, sa sexualité, sa santé, ses relations, le fait de se marier ou non, et le fait d’avoir ou non des enfants. Les femmes et les adolescentes qui ont le contrôle sur leurs décisions concernant la sexualité et le nombre d’enfants souhaité, le moment de leurs naissances et l’écart entre celles-ci sont en meilleure santé. Elles sont plus à même de terminer leurs études, d’entrer sur le marché du travail mieux préparées et de mener une vie professionnelle et familiale avec de meilleurs moyens d’existence. La sexualité des jeunes demeure un sujet tabou dans de nombreux pays, ce qui constitue un frein majeur à la prise en compte de leurs besoins et au respect de leurs droits sexuels et reproductifs. Les besoins non satisfaits en contraception sont aujourd’hui deux fois plus importants chez les adolescentes sexuellement actives que chez les femmes mariées Les adolescentes sont particulièrement en situation de vulnérabilité. Elles sont victimes de diverses formes de discrimination et de violence, souvent sans possibilité égale de jouir des mêmes droits et libertés que les garçons. Une très grande majorité des gouvernements continue à s’opposer idéologiquement au droit à l’avortement et refuse de prendre en considération les problèmes de santé publique que posent les avortements clandestins. Cela illustre bien le fait que les questions de sexualité, et en particulier la libre maîtrise par les filles et les femmes de leur corps, demeure un enjeu politique fort.

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Peter Bu 15 janvier 2014 - 13:55

Sur le plan théorique, la question de l’avortement est très complexe – mais elle a été discutée et rediscutée de tous les points de vue possibles. Est-il encore utile de recommencer se débat ?… Sur le plan pratique, elle est simple: les femmes avortent pour diverses raisons, mais ne le font JAMAIS à la légère. La société doit les aider à avoir des enfants, mais si c’est le cas et malgré cela elles ont des raisons de persister dans leur décision, elles doivent pouvoir avorter dans des conditions sanitaires les moins risquées qui existent.

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Peter Bu 15 janvier 2014 - 14:05

Les femmes peuvent avoir des dizaines de raisons d’avorter, évidentes, moins acceptables, ou tout à fait inévitables. N’y en a-t-il pas, en plus, une qui dépasse les individus – et que la société devrait examiner? Toutes les espèces vivantes auto-régulent leur natalité. Si la nourriture disponible diminue, les naissances diminuent (ou les animaux s’entretuent…), si la mortalité augmente, une plus grande fécondité tente d’y répondre par une multiplication des naissances. Après les guerres, la fertilité humaine fait un bond… Les avortements volontaires ne feraient-ils pas partie des moyens inconscients que l’humanité utiliserait pour répondre, d’une part, à la réduction des décès d’enfants à la naissance et en bas âge et, d’autre part, à la menace représentée par «l’explosion démographique » ?

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taranis 15 janvier 2014 - 15:47

Ce qui se trame en Europe et dans le Monde oscille entre désinformation, discrimination et opposition des citoyens et citoyennes entre eux dans une société survalorisant la maternité. La crise mondiale, plus qu’économique devient moraliste, justifiant des positions caricaturales et réactionnaires. Même si la reconnaissance de cette égalité entre femmes et hommes est loin d’être réelle partout, les femmes ne sont pas mineures, elles pensent et agissent par elles-mêmes, elles sont libres. Leur accès à la contraception et à l’avortement fait partie de cette liberté. Toutes les grandes conférences internationales, de Rio en 1992 à Pékin en 1995, en passant par le Caire en 1994, s’accordent sur l’importance de l’accès aux services de planification familiale, mettant l’accent sur l’absolue nécessité de politiques publiques de santé sexuelle et reproductive. Il faut faire tout son possible pour préserver ces choix et ces droits à l’intention des générations futures.et œuvrer pour un monde où hommes, femmes et jeunes gens ont le contrôle de leur corps et donc de leur destinée. Un monde où ils sont libres de devenir parents ou non; libres de décider du nombre de leurs enfants et de l’espacement des naissances; libres d’avoir une vie sexuelle saine sans les conséquences d’une grossesse non désirée ni de maladies sexuellement transmissibles, y compris le VIH. Un monde où la distinction Homme/Femme, ou la sexualité, ne sont plus source d’inégalité ou de stigmatisation Face aux 80 millions de grossesses non souhaitées dont 50% se termineront par un avortement clandestin aux conséquences sanitaires dramatiques pour les femmes ; face aux 222 millions de femmes qui n’ont pas accès aux informations, services et produits de planification familiale, seuls une volonté politique réaffirmée et des apports financiers conséquents permettront à toutes et à tous d’exercer ces droits

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09 Aziza 17 janvier 2014 - 08:26

l’avortement reste un enjeu idéologique et politique sur le dos-ou plutôt le ventre- des femmes.
Les femmes ont droit au respect de leur corps et de leur psychisme. Mais le respect de ces droits ne devrait pas empêcher la recherche des moyens économiques pour que les femmes puissent mettre au monde les enfants qu’elles désirent; en effet, parmi les femmes pauvres et vulnérables que vous citez, taranis, il y en a qui n’avortent QUE pour raisons économiques, et qui se sentent déchirées de le faire.
L’IVG n’est pas une panacée, et ce n’est pas toujours le moyen de résoudre le problème de la pauvreté des femmes. De même, on ne parle pas assez du détournement des législations pro IVG par les hommes: sélections de foetus par le sexe, avortements pour raisons démographiques imposé&s par l’Etat(Chine)
Car le résultat est identique: les femmes ne peuvent décider par elles mêmes des enfants qu’elles souhaitent avoir.

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taranis 17 janvier 2014 - 12:25

La pauvreté a de multiples dimensions dont certes le manque de ressources économiques, mais aussi l’absence de droits de l’homme, la mauvaise santé et la privation de choix. Les causes de la mortalité ou de la mauvaise santé maternelles sont nombreuses et complexes, mais dans ces pays où les femmes ont la responsabilité de la totalité des revenus du foyer et de l’éducation de la famille, la mort et la maladie dues à l’avortement à risque ont un coût économique et social élevé. L’égalité d’accès à l’éducation pour les filles est primordial Le fait qu’elle ne puisse pas aller au bout de son potentiel d’apprentissage, ce qui est directement lié à la pauvreté, a un impact évident sur la capacité d’une femme à jouer pleinement son rôle dans la vie économique, sociale et politique de sa communauté. Une grossesse non désirée force souvent les jeunes femmes et filles qui y sont confrontées à choisir entre un avortement à risque, qui met leur vie et leur santé en danger, ou l’arrêt de leurs études pour mener une grossesse à terme Les inégalités des sexes, les normes culturelles, les pratiques religieuses et la pauvreté sont autant de facteurs limitant les opportunités pour les femmes et les filles de faire des choix quant à leur propre vie sexuelle et reproductive. Cela leur interdit la possibilité de dire “non” à un rapport sexuel, particulièrement si elles sont pauvres ou vivent dans des communautés marginalisées. Cela a des conséquences extrêmes pour de nombreuses femmes, surtout les plus pauvres d’entre elles. C’est L’opposition à la planification familiale qui mine les efforts pour réduire les grossesses non désirées et les avortements à risque. Il est extrêmement difficile de lutter contre les traditions culturelles dont l’inégalité entre les sexes constitue la valeur essentielle.

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Prune 20 février 2014 - 17:25

« Peter Bu »
Les femmes peuvent avoir des dizaines de raisons d’avorter, évidentes, moins acceptables,

Il n’y a pas de raison moins ou plus acceptable d’avorter, on a le droit de décider soi-même si l’on veut ou non des enfants. L’acceptation des uns et des autres n’est pas pertinente, elle n’entre pas dans l’équation. La seule acceptation qui vaille est celle de la seule et unique personne concernée par la grossesse, j’ai nommé la femme enceinte.

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