Accueil Politique & SociétéSanté Sages-femmes vs gynécologues : la bataille continue et c’est « ridicule »

Sages-femmes vs gynécologues : la bataille continue et c’est « ridicule »

par Marina Fabre
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Campagne « Six bonnes raisons de consulter une sage-femme »

Le syndicat national des gynécologues obstétriciens multiplie les attaques contre l’élargissement des compétences des sages-femmes. Ces dernières dénoncent un « corporatisme primaire ». 


 

Énième communiqué, énième charge du SYNGOF (Syndicat National des Gynécologues Obstétriciens de France) contre les sages-femmes. « C’est ridicule, ils ont une attitude honteuse », dénonce Elisabeth Tarraga, secrétaire générale de l’ONSSF (Organisation Nationale Syndicale des Sages-femmes) interrogée par Les Nouvelles NEWS. « Cela fait des années que le SYNGOF publie des communiqués sanglants à notre encontre, c’est discriminatoire et diffamatoire. »

Depuis plus de 3 semaines, les sages-femmes ne décolèrent pas. Car le décret de la ministre des Affaires sociales élargissant leurs compétences est régulièrement pris pour cible par le syndicat des gynécologues obstétriciens, qui a publié pas moins de 3 communiqués pour le dénoncer depuis sa parution le 5 juin.

Concrètement, les sages-femmes peuvent désormais pratiquer une IVG médicamenteuse et délivrer à leurs patientes, dans ce cadre, un arrêt travail de 4 jours – renouvelable une fois. Autre changement : la vaccination. Elles « peuvent prescrire et pratiquer les vaccinations de la femme et du nouveau-né et celles des personnes vivant dans leur entourage ». Des mesures qui s’inscrivent dans le sillage de celles prises en 2009 autorisant les sages-femmes à assurer le suivi gynécologique des femmes « en bonne santé tout au long de leur vie ».

Un « risque pour les patientes » 

Un élargissement de leurs compétences considéré comme les « prémices d’une médecine pleinement exercée par une profession qui ne l’a jamais apprise, avec les risques que cela comporte pour les patientes », dénonçait sur Facebook, le 8 juin, Elisabeth Paganelli, secrétaire générale du SYNGOF.

« C’est une discrimination pure et simple de notre profession mais aussi une attaque envers les femmes », réagit Elisabeth Tarraga. Une ‘attaque envers les femmes’ depuis qu’Elisabeth Paganelli s’est positionnée contre la délivrance d’un arrêt de travail pour les cas d’IVG médicamenteuse, suggérant de « choisir le jour de l’expulsion un jour férié avec un adulte, si possible le compagnon ou une amie, ou de poser un jour de congé ». Une polémique qui a fait grand bruit

Après un communiqué du 13 juin dénonçant « les risques qu’un tel décret fait peser sur les femmes en entretenant la confusion sur le suivi médical », après un démenti le 21 juin, le SYNGOF a à nouveau réagi mardi 28 juin pour dénoncer des « mesures gouvernementales qui nuisent à la surveillance des femmes », accusant le gouvernement de monter deux professions, en l’occurrence la leur et celle des sages-femmes, l’une contre l’autre. « Clairement ce n’est pas le gouvernement qui monte nos deux professions l’une contre l’autre, c’est le SYNGOF », estime de son côté Elisabeth Tarraga.

Une formation de 5 ans dont la première année commune aux filières médicales  

Dans la ligne de mire du SYNGOF, la « campagne publicitaire » lancée le 14 juin par le ministère des Affaires sociales qui met en lumière les compétences des sages-femmes. Une « tentative supplémentaire » de monter un mur entre les sages-femmes et les gynécologues, juge-t-il. « Ce n’est pas une campagne publicitaire mais d’information ! », s’insurge l’ONSSF : « Les femmes en France ne connaissent pas l’étendue de nos compétences. Elles attendent parfois des mois pour avoir un rendez-vous avec un gynécologue », explique Elisabeth Tarraga.

De fait, les compétences des sages-femmes sont multiples : frottis, pose de stérilet, examen des seins, rééducation périnéale, etc. Une condition pour les femmes qui viennent consulter : être en bonne santé. « Nous représentons une profession médicale, pas paramédicale ! Notre formation est de 5 ans, avec une première année commune aux filières médicales. Ce n’est pas honnête de dire que nous ne sommes pas formées ! »

Les sages-femmes dénoncent un « corporatisme primaire » 

Alors dans le fond, qu’est-ce qui dérange vraiment le SYNGOF ? En réalité, le syndicat met en avant les différences de compétences, de « niveau de responsabilité », de formation, la capacité à trouver « un traitement adéquat », etc. Rappelant que le cœur du métier des sages-femmes concerne la physiologie alors que « les problèmes pathologiques », c’est-à-dire l’étude des maladies, est l’apanage des médecins. 

« L’origine du problème vient surtout de peurs archaïques », considère la secrétaire générale du syndicat des sages-femmes (ONSS). « C’est la peur de l’autre qui prime, autant qu’un corporatisme primaire. Le SYNGOF n’accepte pas de réfléchir à la réalité du système. »

Pour cette sage-femme d’Auvergne vivant dans une zone « sans gynécologue », les sages-femmes peuvent en partie combler les déserts médicaux. « Nous ne sommes pas médecins mais dans de nombreuses régions rurales, il manque des gynécologues. Nous pouvons assurer les soins d’urgence et répondre aux attentes des patientes. » Pour elle la question centrale reste « l’intérêt des femmes, pas celui des médecins, quitte à mettre en colère une partie – non majoritaire – des gynécologues. »

 

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