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Salvador, Chili : pour le droit à l’avortement

par Arnaud Bihel

Amnesty International appelle à dépénaliser l’avortement au Salvador, où sa criminalisation est synonyme de mort et de prison. Au Chili, autre pays qui interdit l’IVG en toutes circonstances, la loi devrait bientôt évoluer.


 

Au printemps 2013, il avait fallu une vague de mobilisation internationale pour que la vie de ‘Beatriz’ prime sur le fœtus sans cerveau qu’elle portait. Mais si cette jeune femme du Salvador a eu de la chance, dans ce petit pays d’Amérique centrale « des centaines de femmes et de jeunes filles meurent parce qu’elles ont eu recours à des avortements clandestins. De plus, cette pratique étant érigée en crime, les femmes suspectées d’avoir avorté risquent de lourdes peines de prison ».

Dans un rapport publié jeudi 25 septembre, Amnesty International appelle le gouvernement du Salvador « à dépénaliser l’avortement en toutes circonstances. Il doit garantir l’accès à des services d’avortement sûrs et légaux au moins pour les femmes et les jeunes filles dont la grossesse met en danger la vie ou la santé, lorsque la grossesse est le résultat d’un viol ou lorsque le fœtus présente de graves malformations. »

« Une discrimination de plus grande ampleur envers les femmes et les jeunes filles du pays »

L’avortement est interdit en toutes circonstances au Salvador depuis une loi entrée en vigueur en 1998, qui « est l’illustration la plus flagrante de la discrimination envers les femmes et de l’inégalité liée au genre. Les forces conservatrices et patriarcales en présence, en particulier la hiérarchie de l’Église catholique, ont fortement pesé sur cette loi », souligne Amnesty International.

L’interdiction concerne même les enfants victimes de viol. L’ONG rapporte aussi « des cas où des femmes ayant subi une fausse couche ont été poursuivies et emprisonnées pendant des décennies ». Et poursuit : « Les lois anti-avortement du Salvador révèlent une discrimination de plus grande ampleur envers les femmes et les jeunes filles du pays. Les préjugés liés au genre affectent même les décisions de justice, puisque les juges remettent parfois en question la crédibilité des femmes. Cette attitude discriminatoire envers les femmes et les jeunes filles implique également qu’il est presque impossible d’avoir accès à une éducation sexuelle et à la contraception. »

Avancée au Chili avant la fin de l’année ?

Avec le Salvador, six autres pays d’Amérique latine interdisent totalement l’avortement : Haïti, le Honduras, le Nicaragua, la République dominicaine, le Surinam et le Chili.

Le Chili où la loi devrait enfin évoluer. En mai dernier, la présidente Michelle Bachelet confirmait sa volonté de rendre légal l’avortement thérapeutique – en cas de viol, de risque pour la santé de la mère ou de grave anomalie foetale. Plusieurs versions de propositions de loi ont été déposées au Parlement chilien. Reste à se déterminer sur le texte final, qui pourrait être examiné avant la fin de l’année, selon des sources parlementaires. Mais le débat s’annonce animé, entre ceux qui demandent que la loi aille vers une libéralisation totale de l’avortement, et les courants conservateurs dans ce pays très catholique qui militent pour le maintien de l’interdiction. Lors de son premier mandat, Michelle Bachelet n’avait pas osé légaliser l’IVG.

Plusieurs dizaines de milliers d’avortements clandestins sont pratiqués chaque année dans le pays. Et tandis que des Chiliennes riches « avortent dans des cliniques privées, ou se rendent pour cela à l’étranger », soulignait un collectif lors d’une précédente mobilisation voilà un an, « les femmes pauvres meurent en raison de conditions dangereuses et précaires. »

 

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